Comme sur des roulettes

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novembre 2013
Fonzi, de l'association Handi'chiens, m'apporte beaucoup d'autonomie et de sécurité. Par exemple, il décroche le téléphone, court chercher du renfort si nécessaire... Et dans la rue, on m'aborde plus facilement !
© Klervi L'HOSTIS

Tétraplégique incomplète, Morgane Bunel trace sa route avec brio dans le monde des laboratoires.

« J’étudie le Border Collie, le chien du film Babe ! » commence Morgane Bunel. Dynamique et enjouée, cette thésarde travaille sur les rétinopathies. Au sein de l’équipe Génétique du chien, à l’IGDR(1), elle cherche le gène responsable de ces maladies génétiques en comparant l’ADN d’animaux sains et malades. « On suppose que cette connaissance pourra être transférée aux rétinopathies humaines car elles sont très similaires(2). »

Règle n° 1 : anticiper !

Pourtant, il n’y a pas de chien dans le laboratoire..., excepté celui de Morgane, un Golden Retriever qui arpente les couloirs depuis près d’un an. Morgane est tétraplégique incomplète(3) et se déplace en fauteuil. Mais au laboratoire, tout le monde, elle comprise, a oublié son handicap(4). « On m’appelle Schumacher ! Avec les collègues, on rigole de tout, c’est agréable de pouvoir s’épanouir au travail ! » Pour mener à bien son parcours professionnel, la doctorante a franchi toutes les portes avec patience et détermination. « Le maître mot, c’est l’anticipation ! », affirme-t-elle. Afin d’intégrer une école, Morgane doit s’y prendre un an à l’avance. Les bâtiments sont parfois accessibles, rarement adaptés. En plus d’une réorganisation du quotidien, il faut donc effectuer des travaux selon les besoins. Et avant cela, convaincre l’administration, obtenir les financements, lancer les appels d’offres, discuter avec les maîtres d’œuvre, en vue d’installer une rampe, rendre une porte automatique, ou refaire les toilettes... « Ma mère m’aide beaucoup. Elle balaie devant mes roues pour que je puisse avancer comme elle dit ! » Ainsi, Morgane a enchaîné les années d’études : Bac S, IUT d’Analyses biologiques et biochimiques à Quimper, Insa(5) à Toulouse. « Trouver un stage est plus compliqué. Il suffit que l’ascenseur soit trop étroit et l’établissement ne peut pas m’accueillir. J’ai aussi été confrontée à l’incompréhension. »

Une aide efficace

En 2009 et 2011, Morgane avait déjà réalisé deux stages d’études, au côté de Catherine André, la responsable de l’équipe. « En 2012, j’ai tout de suite accepté qu’elle s’engage dans une thèse, confie Catherine André. Question organisation, la mère de Morgane nous a guidés et les équipes ont suivi : l’IGDR, l’Université de Rennes 1, le CNRS, l’École doctorale... » Le lendemain de la première réunion, le marquage au sol des places de parking réservées aux personnes handicapées était refait. Et en quelques mois, l’université a automatisé une porte d’entrée du bâtiment, remplacé toutes les portes de l’étage

et aménagé une salle pour Morgane : « C’est ma salle de repos où j’effectue ma séance de kiné quotidienne. Elle sert aussi de refuge aux personnes handicapées en cas d’incendie. » Même Fonzi, le chien, a obtenu son autorisation sans encombre. « Tout a été géré avec rapidité et efficacité. Sacrée expérience humaine ! », conclut Catherine André.

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Klervi L’Hostis

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