C’était l’heure du bombardement

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octobre 2014
© Hervé Paitier / Inrap

Au centre-ville de Rennes, les archéologues fouillent un quartier médiéval détruit en 1944.

À deux pas du Parlement de Bretagne, en bord de Vilaine, des recherches archéologiques démarrent place Saint-Germain à Rennes. Jusqu’en janvier, une fouille de l’Inrap(1) précède les travaux du métro. Ouvert au public lors des Journées du patrimoine, ce chantier a attiré la foule (4600 visiteurs en deux jours).

Le premier décapage a révélé l’empreinte du quartier bombardé dans la nuit du 8 au 9 juin 1944, puis rasé après la guerre. Près de l’église, les archéologues ont retrouvé les restes d’une maison, évacuée en urgence, effondrée sur tous ses objets : vaisselle, luminaires, outils. « Cet ensemble est très émouvant, souligne Laurent Beuchet, le responsable de la fouille. Les occupants ont tout perdu. Un pot contenait des dizaines de pièces de monnaie. C’était le fond de caisse d’un artisan, probablement un cordonnier. Ce réveil (photo) et deux montres à gousset se sont arrêtés à l’heure du bombardement, juste avant deux heures du matin. »

Les archéologues dressent le plan du quartier, avec ses venelles, ses boutiques, ses pièces à vivre, ses couloirs, ses escaliers, ses caves et ses arrière-cours. Le sol brûlé d’une autre maison, avec ses piliers pour entraver les chevaux, était l’atelier d’un maréchal-ferrant. Sous le carrelage en terre cuite du 17e siècle, des poutres en bois apparaissent, datant peut-être du Moyen Âge. « C’est la première fois que nous fouillons un quartier médiéval(2) à Rennes. Nous devrions aussi trouver les remparts. » L’histoire de l’urbanisme du quartier, fortifié dans les années 1440, troué par une porte de la ville puis densifié au 19e siècle, sera alors connue. Les archéologues chercheront des installations antiques sur la rive. L’étude des alluvions racontera l’histoire du cours du fleuve. Plus profond dans le sol, le pollen donnera des indications sur le climat du bassin rennais, depuis 5000 ans.

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