Des poissons 100 % végétaliens

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septembre 2016
Inra
À Sizun dans le Finistère, les chercheurs élèvent la 4e génération de truites végétaliennes.

Des rations alimentaires sans huiles ni farines de poissons sont en cours de tests pour la filière piscicole.

Dans la nature, les poissons mangent essentiellement d’autres poissons agrémentés de quelques insectes et végétaux. Dans les élevages, ils sont nourris notamment avec des huiles et des farines de poissons. Même si ces dernières années la part de ces aliments à base de poissons a été réduite à 15 ou 20 %(1) dans la ration alimentaire, elle pose encore problème, compte tenu du volume que représentent les élevages piscicoles : ces derniers sont aujourd’hui à l’origine de plus de 50 % des poissons consommés dans le monde. La disponibilité de la ressource en poissons à transformer en huiles et farines va très vite poser problème. Sans compter les conséquences de ces prélèvements pour leurs prédateurs naturels.

Depuis quelques années, l’objectif de la filière piscicole est de réduire la part de poissons dans la ration alimentaire des élevages. Des tests sont menés en ce sens depuis huit ans à la pisciculture de l’Inra à Sizun (Finistère), dans le cadre du programme Agreenfish, labellisé par le pôle de compétitivité des produits aquatiques, Aquimer(2).

Blé, maïs, colza et lupin

Des aliments végétaux, à base de gluten de blé, de maïs, de colza et de lupin remplacent les huiles et farines de poissons. L’objectif est de proposer à la filière piscicole une alimentation à base de matière première renouvelable au moins européenne, sinon locale.

Déjà quatre générations

Et ça marche ! La substitution a d’abord été progressive et, de génération de truites en génération (tous les deux ans), une sélection des poissons qui s’adaptent le mieux à ce nouveau régime alimentaire a été opérée. Les poissons qui s’accommodent le mieux de cette alimentation plus végétale sont reproduits. Après quatre générations, l’équipe de la pisciculture constate que les 15000 truites sélectionnées se portent très bien et que leur adaptation alimentaire se transmet génétiquement.

Enfin, très bien à un détail près : la teneur moindre en oméga-3 de ces nouveaux aliments. Aussi, il apparaît nécessaire d’apporter aux poissons des oméga-3 en fin de croissance. « Réintroduire un peu d’huile de poissons pendant quelques mois permet de restaurer totalement le profil des animaux en acides gras », témoigne Laurent Labbé, directeur de la pisciculture expérimentale Inra de Sizun.

Bientôt un nouveau menu

Mais les chercheurs veulent aller plus loin et remplacer complètement ces huiles de poissons. Une équipe de l’Inra de Saint-Pée-sur-Nivelle (Pyrénées-Atlantiques) élabore actuellement la formulation de cette supplémentation dans le cadre du programme Ninaqua, piloté par la coopérative Le Gouessant, basée à Lamballe (Côtes-d’Armor) et financé par un Fonds unique interministériel. L’idée est d’ajouter des microalgues, des farines d’insectes et des levures à la portion alimentaire végétale de base. L’équipe de la pisciculture expérimentale de Sizun administrera ce nouveau régime alimentaire à ses truites végétariennes de 5e génération, dans un an et demi. D’ici là, comme le rappelle Laurent Labbé, « les poissons représentent déjà les protéines animales au plus bas coût environnemental avec 700 à 800 g d’aliments pour produire 1 kg de truites portion, contre 6 à 7 kg d’aliments pour produire 1 kg de bœuf. » Mais ces différences n’ont rien à voir avec la composition du régime alimentaire. Elles tiennent au fait que le poisson n’a pas à dépenser d’énergie pour maintenir sa température ni pour se porter !

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Michèle Le Goff

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