Du poisson pour nos greffes

L'innovation naît en mer

N° 370 - Publié le 6 mars 2019
Yves Gladu
L’élasticité de la peau du poisson, ici du saumon d’élevage, intéresse les chercheurs.

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Des protéines de poisson transformées permettent de réaliser des greffes humaines de tissus ou d’os.

La peau du poisson peut servir pour la greffe de tissus et d’os chez l’Homme. L’idée peut paraître étonnante ! Le collagène de cette peau, autrement dit les protéines qui lui donnent son élasticité, intéresse les chercheurs. « C’est une alternative intéressante aux collagènes de porc et de bœuf utilisés actuellement. Certains patients, pour plusieurs raisons, sont réticents à les recevoir », explique Fabienne Guérard, directrice-adjointe du laboratoire des sciences de l’environnement marin(1) à Plouzané, partenaire du projet Blue Human(2).

Un procédé breveté

Ce projet européen a pour objectif de valoriser les sous-produits et les résidus marins par le développement de biomatériaux pour le génie tissulaire. Il fait suite à des recherches menées avec l’entreprise de biotechnologies marines quimpéroise Yslab. « Nous avions breveté un procédé pour extraire et conserver des fragments peu dégradés de collagène de saumon, rappelle Fabienne Guérard. Avec Blue Human, nous passons à l’étape suivante : augmenter sa résistance. »

La chercheuse utilise des enzymes capables de créer de nouvelles liaisons entre les protéines du collagène pour densifier son maillage. « Il faut veiller à ce qu’il conserve des propriétés mécaniques et une structure poreuse optimales, pour recevoir les cellules du greffon. » Des molécules “activatrices” sont ajoutées pour créer un environnement favorable au développement de ces cellules. Claire Hellio, chercheuse en biotechnologies marines au Lemar, étudie ces molécules qui stimulent la régénération des cellules du greffon.

La régénération des tissus

Avec ses collègues(3), elle tente d’isoler, dans des algues et des plantes du bord de mer, des fractions enrichies en molécules intéressantes. « Elles doivent favoriser la minéralisation des os, la régénération des tissus ou avoir des propriétés antimicrobiennes pour éviter les rejets de greffe, précise-t-elle. Et ne pas être toxiques pour l’organisme ! » Cette recherche exclut l’utilisation de solvants toxiques. Les techniques en cours de développement doivent consommer peu d’énergie et être facilement transposables à l’échelle industrielle. « Autant de défis qui font de “Blue Human” une aventure passionnante », concluent les chercheuses.

Julie Danet

(1) Le Lemar (UBO, CNRS, Ifremer, IRD) est un laboratoire de l’Institut universitaire européen de la mer (IUEM).
(2) Lancé début 2018, Blue Human (Blue biotechnology as a road for innovation on Human’s health aiming smart growth in Atlantic area) est un projet européen d’une durée de trois ans. Il rassemble seize partenaires publics et privés en France, en Espagne, au Portugal, en Irlande et au Royaume-Uni. http://blue human.cetmar.org.
(3) Gwénaelle Le Blay, Valérie Stiger et Maryline Fauchon.

Fabienne Guérard
tél. 02 98 49 87 98
fabienne.guerard@univ-brest.fr

Claire Hellio
tél. 02 98 49 86 82
claire.hellio@univ-brest.fr

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