Submersion : des prés-salés protecteurs
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Une cartographie ultra précise des marais littoraux, réalisée à Dinard, montre leur importance pour lutter contre les vagues.
La tempête Xynthia de février 2010 a marqué les esprits. Cette submersion marine, couplée à l’élévation du niveau moyen des mers, a incité l’État à recenser les zones vulnérables et à réglementer les projets d'urbanisme dans ces zones1. « Les premières cartographies des risques littoraux se basaient sur les constructions, comme les digues ou les murs, explique Antoine Mury, doctorant en géographie à l’EPHE-PSL2, à Dinard. Nous savons aujourd’hui que l'atténuation de la hauteur des vagues est surtout due au couvert végétal, comme les prés-salés3, et aux obstacles, notamment les cordons coquilliers4. Quand ces écosystèmes sont dégradés, l’atténuation est moindre5. »
Imagerie à très haute résolution
Dans le cadre de sa thèse qui sera soutenue cette année6, Antoine Mury quantifie et cartographie de manière très précise les effets modérateurs de ces écosystèmes, appelés aussi "digues vertes". Il réunit des mesures de hauteur de vagues réalisées sur place, des données d’imagerie à très haute résolution spatiale (drone, satellite) et des modèles topographiques7. Cela lui permet de dresser des cartographies de cette atténuation en 2D, à partir d’algorithmes d’intelligence artificielle.
La hauteur des vagues
À l’ouest de la baie du Mont-Saint-Michel, le doctorant a relevé les hauteurs de vagues en divers points, grâce à 25 capteurs de pression8. « Nous recueillons environ 15 millions de données par appareil, lors de chaque campagne de mesures. » Ces données donnent une valeur d’atténuation de la vague en pourcentage, par mètre parcouru. L’atténuation moyenne de la hauteur des vagues par les prés-salés est ainsi de 0,3 % par mètre. Pour réaliser la carte, l’imagerie multispectrale par drones renseigne sur la nature du couvert littoral. L’originalité de cette approche est l’utilisation de nouvelles bandes optiques (visible et infrarouge). Chacune met en évidence des caractéristiques différentes du site, comme la végétation, sa densité ou encore la rugosité et la pente du terrain. Cette méthodologie de modélisation a une fiabilité très élevée.
« L’objectif final est d’intégrer les services rendus par la nature, en termes de protection contre la submersion et dans les futurs plans d’aménagements du littoral. Une meilleure connaissance du rôle des digues vertes permet de mieux les préserver, ou d’envisager leur restauration. On peut aussi imaginer la création de cordons coquilliers artificiels valorisant les rebuts
ostréicoles. »
Des simulations sont en cours, pour comprendre telle submersion ou anticiper des scénarios catastrophes. Parfois, une animation vaut mieux qu’un rapport de 200 pages !
1. Circulaire ministérielle du 7 avril 2010.
2. École pratique des hautes études (Université de Paris sciences et lettres), centre de géo-écologie du littoral.
3. Marais littoraux recouverts par les grandes marées. De nombreux végétaux
s’y développent.
4. Accumulations de matériaux calcaires.
5. Mury et al. 2020.
6. Encadrée par Antoine Collin, directeur de la station littorale, et Samuel Etienne.
7. Modèles qui renseignent sur le relief.
8. Un capteur relève la pression due à la hauteur de vagues, deux fois par seconde.
Antoine Mury
02 99 46 10 72,
antoine.mury@etu.ephe.psl.eu
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