Leurs champs comptent beaucoup

Actualité

N° 383 - Publié le 14 octobre 2020
ALEXIS CHÉZIÈRE
En thèse à la Station biologique de Paimpont, Morgane Hervé a enquêté auprès des agriculteurs européens.

Magazine

4513 résultat(s) trouvé(s)

Une étude révèle les multiples valeurs données par des agriculteurs européens à leurs champs : richesse économique, écologique ou associée à un savoir-faire.

Pour l’agriculteur, le sol n’est pas uniquement une source de revenu. La préservation de la biodiversité, l’apprentissage de savoirs ou la satisfaction au travail sont des valeurs qui peuvent compter dans la gestion du sol. Un premier inventaire1 de ces valeurs a été réalisé auprès des agriculteurs par Morgane Hervé, doctorante en écologie à la Station biologique de Paimpont2. « Pour les décideurs politiques, la législation et la presse, la valeur d’un sol se réfère souvent à sa capacité de production agricole. Mais pour les agriculteurs, le sol est bien plus qu’un support de cultures ! »

Comment définir une valeur ? L’écologue s’est inspirée des travaux d’un philosophe américain. « Selon John Dewey, attribuer une valeur à quelque chose c’est d’abord décider qu’elle a de l’importance, puis définir la façon de la prendre en compte. » Elle a aussi utilisé une typologie de valeurs, née de recherches interdisciplinaires en économie, en sociologie et en écologie. En outre, son travail de terrain a consisté à rencontrer cinq groupes d’une dizaine d’agriculteurs en France, mais également en Allemagne, en Roumanie, en Espagne et en Suède. « À partir des discours sur leurs pratiques agricoles, nous avons déterminé les valeurs associées au sol. »

La réduction du labour

Résultat : toute une gamme de valeurs a été mise en évidence par la chercheuse. D’un individu à l’autre, les raisons et les moyens employés pour un même objectif sont différents. La réduction du labour3, par exemple, est liée à des motivations diverses : réaliser des économies de carburant, favoriser la biodiversité pour éviter l’érosion, ou se réapproprier le métier de paysan. De ces choix personnels, Morgane Hervé déduit des valeurs différentes associées au sol. Lorsque le gain économique est mis en avant, la valeur est d’abord instrumentale. Quand la biodiversité est évoquée, la valeur associée est écologique. Enfin, lorsque l’autonomie de l’agriculteur est recherchée, c’est la valeur du travail qui prime.

« Les valeurs ne sont pas figées, précise Morgane Hervé. Elles se construisent dans l’échange avec les autres et lors de l’apprentissage. »  À la suite d'une obligation légale, comme celle de couvrir son champ entre deux cultures, l’agriculteur doit par exemple adapter sa gestion.

L'échange est fondamental

Pour mettre en place une nouvelle pratique, il se documente et apprend en discutant avec d’autres acteurs du monde agricole. Et cet échange est fondamental ! « La façon de présenter une réglementation est susceptible de faire évoluer les valeurs attribuées au sol par les agriculteurs. »

Cet inventaire s’inscrit dans le cadre d’un projet de recherche européen4. En Europe, 40 % des terres sont à vocation agricole. Prendre en compte les valeurs que les agriculteurs donnent aux champs et aux prairies est
essentiel : ils sont des acteurs importants de la gestion de la biodiversité.

Marie HILARY

1. Publié dans la revue Sociologia ruralis, avril 2020.
2. Morgane Hervé est encadrée par Daniel Cluzeau, Michel Renault et Annegret Nicolai. Laboratoires Ecobio et Crem (CNRS et Université de Rennes 1).
3. Le labour consiste à retourner le sol avant de semer.
4. Biodiversa SoilMan : www.soilman.eu

Morgane Hervé, 02 99 61 81 70,
morgane.herve@univ-rennes1.fr

TOUTES LES ACTUALITÉS

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest