L’eau potable, un trésor en danger

Climat : notre santé en danger

N° 402 - Publié le 29 septembre 2022
MINTRA / ADOBE STOCK

La gestion des ressources en eau est complexifiée par le changement climatique, non sans risque pour la santé humaine.

Seulement 3,2 mm de pluie sont tombés en moyenne en Bretagne au cours du mois de juillet, un record de sécheresse. « C’est une situation qui risque de se répéter dans les années à venir », annonce Luc Aquilina, enseignant-chercheur en hydrogéochimie au laboratoire Géosciences1 à Rennes. Pour tenter d’anticiper l’évolution des précipitations, les scientifiques utilisent des modèles prévisionnels à l’aide de données fournies par Météo-France et le Giec2. « Le sud de la France va être amené à vivre des périodes estivales très intenses, avec des sécheresses marquées. Plus au nord, du côté du Royaume-Uni, il risque d’y avoir une augmentation des précipitations annuelles. » La Bretagne se trouvant entre ces deux zones, les prévisions y sont encore très incertaines. « Mais tout laisse penser à un renforcement des extrêmes, avec des hivers humides et des étés plus secs », note le chercheur. Une situation difficile à gérer, tant en termes de quantité que de qualité de l’eau.

Des restrictions d’usage

« Les stations de potabilisation, qui garantissent que l’eau du robinet est propre à la consommation, sont calibrées pour une certaine qualité d’eau brute, explique Pauline Rousseau-Gueutin, enseignante-chercheuse en hydrogéologie à l'EHESP3 de Rennes. Or les événements extrêmes entraînent des variations de qualité, potentiellement à l’origine de problèmes sanitaires. » Par exemple, les blooms4 de cyanobactéries5 pourraient être plus fréquents à l’avenir.   En effet, la chaleur est plus favorable à leur développement et les nutriments présents dans l’eau dont elles se nourrissent sont plus concentrés à cause des faibles débits. Face à ces problèmes sanitaires, les services d’eau potable ont plusieurs options : « Des restrictions d’usage peuvent être mises en place en cas de problème de qualité d’eau ou de manque. Quant aux coupures d’eau, elles sont rares en Métropole mais pas impossibles », alerte la chercheuse.

Question de santé mentale

Notre usage de l’eau n’est d’ailleurs pas que domestique. « L’accès à des points de baignade en eau douce ou en mer fait partie intégrante du bien-être et donc de la santé humaine. Or ils sont parfois fermés pour éviter les risques d’exposition notamment dus à des microalgues toxiques ou des micro-organismes pathogènes », note Pauline Rousseau-Gueutin. L’accès à la nourriture est aussi en jeu : « Le risque d’insécurité alimentaire lié à des sécheresses ou des inondations est réel. » L’augmentation du nombre d’événements extrêmes, des déplacements de population et des accidents pose enfin la question de la santé mentale : « Le chamboulement des paysages que l’on a toujours connus peut constituer un traumatisme pour des populations. » Pour endiguer tous ces risques, les deux chercheurs plaident pour un usage plus raisonné des sols et des ressources, ainsi que pour des politiques publiques de solidarité entre territoires dans la gestion des ressources en eau.

SALOMÉ REMAUD

1. À l’Osur (CNRS, Université de Rennes 1)
2. Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.
3. École des hautes études en santé publique.
4. Augmentation de la concentration de phytoplancton en milieu aquatique qui se manifeste généralement par une coloration de l'eau (rouge, brun-jaune ou vert).
5. Micro-organismes pouvant produire des toxines dangereuses pour la santé humaine et animale.

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