Un retour prochain sur la Lune ?

Retour sur la Lune

N° 423 - Publié le 30 octobre 2024
© ESA / P. CARRIL
Représentation d'artiste d'une station lunaire.

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Depuis la mission Apollo 17 en 1972, personne n’y a plus mis les pieds. Pourtant, ces derniers temps, beaucoup travaillent à y retourner. Renvoyer des humains sur la Lune, d’accord, mais comment et surtout pourquoi ?

Cela fait plusieurs années que l’idée d’envoyer des missions habitées sur la Lune fait son chemin parmi les acteurs du spatial. Mais dans quel but ? « L’Espace habité1 est un excellent reflet des dynamiques géopolitiques en cours », explique Paul Wohrer, chercheur spécialiste des questions spatiales à l'Institut français des relations internationales, à Paris.

Un enjeu de coopération


« Dans les années 1960, la course à la Lune était l’illustration de l’affrontement des deux grandes puissances de la Guerre froide qu’étaient les États-Unis et l’URSS. » Mais le programme Artemis, lancé en 2017 sous l’administration Trump, poursuit cette fois « un enjeu de coopération au sein de l’industrie spatiale américaine ainsi qu’avec les pays alliés, en particulier l’Europe, le Japon et la Corée ».

Et il y a un nouveau grand rival : la Chine. « La compétition sino-américaine s’est beaucoup intensifiée ces dernières années, souligne l’expert. Avec un programme spatial chinois ambitieux et le lancement de sa propre station spatiale, Tiangong2. S’il n’y a pas de calendrier précis, ils avancent vite et bien et ont rattrapé un immense retard. » Au-delà du prestige que conférerait un tel retour, il y a également un enjeu d’exploitation des ressources, sans oublier l’espoir que certains nourrissent déjà : faire de la Lune une étape vers Mars.

D'autres défis techniques


Si ce nouveau voyage ne se fait pas en un tour de main, c’est aussi parce que les objectifs sont bien différents. « On saurait retourner sur la Lune comme dans les années 1960, on a une meilleure technologie et une grande partie du savoir-faire. Il faudrait quand-même le temps de reconstruire des lanceurs3, indique Sylvain Pernon, ingénieur spatial et enseignant-chercheur à l’Université de Rennes. Cette fois, l’idée est d’établir une présence permanente autour de la Lune, avec une station (Gateway) en orbite, ainsi qu’une présence a minima régulière sur le sol lunaire. Cela nécessite un lourd équipement et du ravitaillement, donc des coûts et de nouveaux problèmes. » D’abord d’ordre technique, notamment parce que la Lune n’est pas protégée du rayonnement cosmique par une atmosphère, mais aussi juridique. « Des règles ont été mises en place du côté Artemis et du côté chinois. Elles devraient correspondre au cadre dicté par les grands traités spatiaux, sans qu’il soit aujourd’hui possible de vérifier si elles permettront une cohabitation sur la Lune », analyse Paul Wohrer.

Pour Sylvain Pernon, « 2030 est une échéance plausible pour l’atterrissage de plusieurs personnes sur la Lune, pour quelques jours, dans le meilleur des cas ». La station lunaire reste donc un objectif lointain, d’autant plus que le programme Artemis a pris du retard. L’atterrisseur lunaire n’est pas encore prêt, ni même les combinaisons adaptées ou les systèmes de survie sur place. « Il ne sert à rien d’envoyer du matériel inutilisable sur la Lune, ce serait encombrant et cher, précise le scientifique. Les choses doivent être faites directement de la meilleure manière possible. » 

ANNA SARDIN

1. Missions spatiales incluant des êtres humains.
2. Équivalent de la Station spatiale internationale (ISS).
3. Terme technique pour désigner une fusée.

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