Le Pôle Bretagne culture scientifique se concentre sur les liens entre arts et sciences

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photo en noir et blanc de personnes en réunion, écrivant sur un cahier
© Sarah Blocksidge - Pixabay

12 septembre 2025
Réunis dans les locaux des Petits Débrouillards Grand Ouest à Rennes, les membres du Pôle Bretagne culture scientifique (PBCS) ont poursuivi la rédaction de leur future Charte commune et ont échangé sur des projets mêlant arts et sciences.

La matinée, des représentants de chaque structure du PBCS ont discuté d’un enjeu important : clarifier le fonctionnement du réseau et définir des critères transparents pour l’intégration de nouvelles structures. Cette rencontre a également permis de présenter les prochaines thématiques du magazine Sciences Ouest.

L’après-midi, les membres du PBCS ont pu échanger autours de différents projets mêlant arts et sciences. Pour s'inspirer des autres régions, des représentantes de l’Université de Montpellier ont été invitées en visioconférence et ont présenté leur stratégie en la matière. Elles ont notamment évoqué leur contribution à l'exposition Éprouver l'inconnu organisée par le MO.CO. (écosystème artistique montpelliérain) qui a su attirer un public élargi.

En Bretagne, Océanopolis a détaillé le projet Jeunes Reporters, qui mobilise chaque année entre 60 et 80 classes, soit près de 2 000 élèves. Les jeunes enquêtent sur une problématique scientifique aux côtés d’un chercheur, avant de proposer une restitution artistique. En parallèle, l’artiste David Wahl, associé à Océanopolis depuis 2018, présentera en avant-première son nouveau spectacle l’Homme-poisson dans l’auditorium de l'aquarium en octobre 2025. D’autres projets, comme les rencontres musicales autour des sons de l’océan menées avec la salle de spectacle brestoise La Carène, permet à Océanopolis de continuer d’explorer ces passerelles entre disciplines.

De son côté, l'Espace des sciences de Rennes a présenté La science sur les planches qui fêtera ses 20 ans en 2026. Lors de cet événement des classes de collégien·e·s d’Ille-et-Vilaine, accompagnées par une compagnie professionnelle, montent un projet artistique sur une thématique scientifique.

Au-delà des discussions administratives, l'ambition partagée qui ressort de cette rencontre du PBCS est de faire dialoguer sciences et société, en Bretagne, au plus près des territoires et des jeunes publics.

Cancer du sein : « Faire bouger les lignes »

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N° 432 - Publié le 25 septembre 2025
© GORODENKOFF / ADOBE STOCK
Le dépistage standard invite toutes les femmes de 50 à 74 ans à réaliser une mammographie tous les deux ans.

Meilleur dépistage, ciblage des personnes à risque, prise en charge personnalisée… pour diminuer le nombre de cancers du sein et améliorer les chances de survie, l’accompagnement doit évoluer.

Avec plus de 60 000 cas détectés chaque année en France, c’est le cancer le plus fréquent et le plus mortel pour les femmes. À l’occasion d’Octobre rose, Sciences Ouest revient sur le cancer du sein et l’importance d’une prise en charge précoce.

Triste record


Mais de quoi parle-t-on au juste ? Il n’existe en effet pas un mais différents types de cancers du sein. Certains touchent les canaux galactophores, qui conduisent le lait, et d’autres les lobules, les glandes qui le produisent. Mais ils diffèrent surtout selon les cellules impliquées. Un cancer est en effet toujours causé par la prolifération d’une ou plusieurs cellules déréglées. « Dans 70 à 80 % des cas, les cancers du sein sont hormono-dépendants, cela veut dire qu’il y a des récepteurs, le plus souvent aux œstrogènes, sur le noyau des cellules cancéreuses », explique Claudia Lefeuvre-Plesse, oncologue au Centre Eugène Marquis, à Rennes. L’hormone agit alors comme un facteur de croissance, incitant ces cellules déréglées à se multiplier.

Si la progression de la maladie est, dans la majorité des cas, liée aux œstrogènes naturellement sécrétés par l’organisme, ces derniers n’en sont pas à l’origine. « En France, une femme sur neuf développe un cancer du sein au cours de sa vie, c’est le plus fort taux d’incidence au monde », pointe la médecin. Un triste record, que les scientifiques peinent encore à expliquer. « On estime que 38 % sont liés au mode de vie, poursuit tout de même Claudia Lefeuvre-Plesse. L’alcool, le surpoids et la sédentarité sont par exemple des facteurs de risque. » Des hypothèses évoquent également le rôle des traitements hormonaux de la ménopause ou encore des perturbateurs endocriniens, qui altèrent le fonctionnement normal des hormones.

Dépistage personnalisé


Sans compter que certaines femmes héritent d’une vulnérabilité génétique face à la pathologie. C’est pour cibler ces personnes à risque augmenté que les professionnels cherchent aujourd’hui à faire évoluer la prévention et la prise en charge vers des dispositifs plus personnalisés. Actuellement, le dépistage standard invite toutes les femmes de 50 à 74 ans, tranche d’âge sur laquelle on diagnostique le plus de cancers du sein, à réaliser une mammographie tous les deux ans.

« Mais une grande étude clinique1 en cours pourrait faire bouger les lignes en démontrant l’importance de la prise en compte de trois éléments dans le dépistage — l’histoire familiale, la densité mammaire et le score polygénique2 — pour repérer les personnes à risque dans la population générale et leur proposer un accompagnement personnalisé », souligne Claudia Lefeuvre-Plesse, qui rappelle les signes à surveiller : une masse au niveau du sein et de l’aisselle, une déformation, une rougeur ou encore un écoulement mammaire. « Plus le diagnostic est précoce, plus les chances de guérison sont élevées », insiste-t-elle.

Violette Vauloup

1. Mypebs compare le dépistage standard en vigueur à une stratégie de dépistage personnalisée, chez 53 143 femmes volontaires et dans six pays. Les résultats sont attendus pour fin 2027.
2. Valeur dérivée de l’étude du génome utilisée pour prédire la probabilité qu'un individu développe une certaine maladie.

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« L’archéologie en mer d’Iroise, c’est du rodéo ! »

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N° 432 - Publié le 25 septembre 2025
© ERWAN AMICE / CNRS
En mer d'Iroise, le courant descend rarement sous les 2 nœuds.

En Bretagne, les plus anciens barrages de pêcherie datent de la Préhistoire. À plusieurs mètres sous l’eau, les étudier est un défi scientifique.

Ces longs murs de pierre sont parfois visibles à marée basse. Depuis la Préhistoire, les barrages de pêcherie ont été utilisés par les habitants du littoral pour capturer les poissons. « Ils étaient installés là où le courant était le plus fort à marée descendante, explique Iness Bernier, archéologue responsable du projet WAOW (Walls of weirs) au laboratoire LETG1, à Brest, jusqu’en août dernier. Les poissons se trouvaient alors piégés par ces murs qui peuvent atteindre 110 mètres. On les récupérait à leur base ou dans le pertuis  : un endroit où l’on enlevait les pierres pour y placer un filet. »

Avec 760 barrages connus, ce sont les vestiges archéologiques submergés les plus importants en Bretagne. Le projet WAOW vise à les étudier, les cartographier et les dater. « Si on les voit à marée basse, ils datent au plus tôt de l’Antiquité, car le niveau de la mer s’est élevé à la fin de la Préhistoire », indique Iness Bernier. Formée à la plongée lors de ses études à Nantes Université, elle se spécialise dans l’archéologie sous-marine. Les plus anciennes pêcheries se trouvent plusieurs mètres sous les plus basses mers. Certaines dateraient de la fin du Mésolithique ou du début du Néolithique.

Une datation par la lumière


Trois sites ont été retenus pour la première année du projet : deux au large du Conquet et un à Quiberon. Les pêcheries sont d’abord cartographiées par le sondeur multifaisceau du bateau de l’Ensta2 Bretagne, La Mélité. « Il scanne l’intégralité de la structure en 3D. Cela permet de cibler notre intervention en plongée, explique Iness Bernier. Pour le site de Quiberon, nous avons utilisé la même méthode avec le drone de surface Otter, un petit catamaran. » En raison des conditions en mer, le sondage3 des vestiges avec l’équipe de plongeurs de l’IUEM4 n’a pu être réalisé que sur l’un des sites finistériens. « L’archéologie sous-marine en mer d’Iroise, c’est du rodéo ! Le courant est rarement en dessous de 2 nœuds (4 km/h). C’est beaucoup quand on est à palmes », raconte-t-elle. L’une des missions est de prélever des pierres pour estimer l’âge de la pêcherie. La datation sera l’objet de la thèse d’Arthur Jumaucourt à Géosciences Rennes, avec une méthode par luminescence stimulée optiquement. Habituelle pour les sédiments, son utilisation est plus novatrice sur les roches. « Elle permet de savoir précisément depuis combien de temps la pierre n’a pas vu la lumière du jour, et donc de dater la construction de la pêcherie », explique le doctorant.

Cette année, d’autres barrages devraient être étudiés sur l’île de Sein et dans les petits fonds de Fouesnant. L’objectif est de comprendre l’installation littorale des anciennes populations. Au large du Conquet, l’exploration des pêcheries s’inscrit dans un ensemble archéologique plus grand. Car l’île de Béniguet, où est mené depuis 2021 un chantier avec les étudiants de l’Université de Bretagne Occidentale, n’est qu’à quelques pas.

Élodie Papin

1. Littoral, environnement, télédétection, géomatique.
2. École nationale supérieure de techniques avancées.
3. Un sondage archéologique est une exploration partielle, destinée à évaluer le potentiel archéologique d’un site avant d’éventuelles fouilles plus étendues.
4. Institut universitaire européen de la mer.

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Cryptographie : les algorithmes du futur

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N° 432 - Publié le 25 septembre 2025
© DAMIEN MARION
Damien Marion et son équipe simulent des attaques d'algorithmes pour tester leur sécurité.

À Rennes, des chercheurs testent la sécurité d’algorithmes face à des attaques utilisant la consommation de courant.

« Toute communication sur Internet utilise des algorithmes cryptographiques. Si un site est sécurisé quand son adresse commence par https avec un s, c'est parce qu'il y a de la cryptographie derrière », signale Damien Marion, enseignant-chercheur en informatique dans l’équipe Capsule1 de l’Irisa2, à Rennes. Même chose sur la majorité des messageries : WhatsApp, Signal, iMessage… toutes utilisent une méthode de chiffrement basée sur des algorithmes cryptographiques, qui rendent les données illisibles en cas d’interception.

« Leur sécurité repose sur la connaissance d’une clé secrète », explique le chercheur. Mais les variations de consommation de courant lors de l’exécution de l’algorithme laissent une trace utilisable par un tiers pour retrouver les valeurs de la clé. C’est précisément ce qui occupe l’équipe de recherche qui évalue la résistance des algorithmes cryptographiques à des attaques par canaux auxiliaires, exploitant des failles liées à l’exécution des procédures. « Face à cela, on peut notamment ajouter dans le code de l’algorithme des variables qui ne servent qu’à faire du bruit pour masquer la clé secrète et sa consommation de courant », note Damien Marion.

Post-quantique


Une méthode qui pourrait toutefois vite devenir obsolète. « D’ici 20 à 30 ans, un ordinateur quantique pourra trouver les clés secrètes sans passer par les canaux auxiliaires. » Pour anticiper ce genre de situation, des cryptographes du monde entier, dont certains au sein de Capsule, travaillent à l’élaboration de nouveaux algorithmes. « La cryptographie repose toujours sur un problème mathématique difficile. Aujourd'hui, les algorithmes sont en grande partie basés sur la factorisation de grands nombres », raconte le chercheur. Ceux qui se développent désormais utilisent les réseaux euclidiens, un problème qui résisterait à la capacité de calcul d’ordinateurs ultras puissants dans un monde post-quantique.

Violette Vauloup

1. Cryptographie appliquée et sécurité des implémentations.
2. Institut de recherche en informatique et systèmes aléatoires.

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Grossesse et tramadol : danger !

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N° 432 - Publié le 25 septembre 2025
© CC BY-SA 4.0 / ANDY MABBETT

Du 15 au 17 octobre se tiendront à Rennes les 54e Journées de la Société française de médecine périnatale, dédiées à cette période clé qui court de la grossesse aux premiers jours. Il y sera notamment question de l’exposition aux substances chimiques, des complications obstétricales chez les victimes d’excision mais aussi d’addiction au tramadol, un antalgique au fort potentiel addictif, chez les femmes enceintes. Le médicament peut être prescrit mais si « une dépendance est déjà installée chez la mère, cela peut nécessiter un sevrage du nourrisson à la naissance », explique Corinne Chanal, sage-femme au CHU de Montpellier et présidente du Gega1, qui participera au congrès. D’où la nécessité d’accompagner les futures mères dépendantes, y compris lorsqu’elles souhaitent stopper leur consommation. Un sevrage trop brutal peut en effet entraîner fausse couche ou accouchement prématuré. « Si on en parle aujourd’hui, c’est aussi pour que les professionnels de santé s’adressent plus directement à leurs patientes car beaucoup de femmes n’en parlent pas », conclut la sage-femme.

Violette Vauloup

1. Groupe d’étude grossesse et addiction.

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À Dougga, les pierres parlent

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N° 432 - Publié le 25 septembre 2025
© YVAN MALIGORNE
Zone d’extraction de pierres de taille au sommet d’un affleurement, à proximité de Dougga.

En Tunisie, les vestiges d’un site antique révèlent la coexistence d’activités a priori incompatibles. Une étude cherche à comprendre comment elles ont pu se superposer et s’adapter les unes aux autres.

À la périphérie de la ville antique de Dougga, en Tunisie, un projet archéologique atypique tente de démêler l’histoire mouvementée d’un site étonnamment complexe. Sur une surface restreinte de 2,5 hectares, des vestiges montrent que l’endroit a, au fil des siècles, été utilisé pour des exploitations très différentes : une nécropole, l’extraction de pierres à grande échelle et la construction d’un cirque romain.

Comprendre les usages


« Normalement, ces activités n’ont rien à faire ensemble, déclare Yvan Maligorne, maître de conférences en histoire ancienne à l’UBO1 et responsable de l’étude. Un cimetière est habituellement un lieu solennel alors qu’une carrière de pierre est au contraire un espace agité et bruyant. » L’équipe de chercheurs franco-tunisienne a donc pour ambition de comprendre la manière dont ces usages ont pu se superposer dans le temps comme dans l’espace. Cette coexistence, rare et peu documentée, constitue l’originalité majeure du projet.

Les premières campagnes de terrain ont eu lieu en mai et novembre 2024. Des géologues ont analysé 98 échantillons de pierres calcaires de l’Éocène inférieur (entre -56 et -49 millions d’années) prélevés sur le site antique. Ils ont ainsi identifié onze types de roches utilisés dans la construction de Dougga. En parallèle, les archéologues ont relevé minutieusement les traces d’extraction de blocs visibles autour du cirque et ont pu établir des cartes permettant de croiser leurs observations avec les données géologiques. L’analyse des tombes romaines présentes sur la zone apporte également des repères chronologiques utiles pour dater certaines phases d’exploitation. « La nécropole s’est installée sur une partie de la carrière, ce qui a forcément mis fin à l’extraction de pierres », affirme Yvan Maligorne.

Ces travaux ont d’ores et déjà permis de revoir certaines hypothèses. La construction du cirque, par exemple, n’a pas stoppé l’extraction de roches, mais elle a profondément modifié son fonctionnement. Les voies d’évacuation traditionnelles ont été bloquées par la structure du bâtiment, forçant les artisans de l’époque à emprunter une nouvelle rampe au nord du territoire. Cette adaptation illustre parfaitement la manière dont les différentes activités ont dû s’accommoder les unes aux autres.

Traces d’outils 


Prochaine étape : l’étude comparative des blocs ayant servi à la construction des monuments antiques. Les chercheurs espèrent y retrouver des traces d’outils similaires à celles observées dans les carrières, ce qui leur permettrait d’affiner la compréhension de la chronologie de l’utilisation du site. « À terme, nous espérons pouvoir déterminer la provenance des pierres de tous les monuments de Dougga datant de l’Antiquité et étendre nos méthodes à d’autres villes tunisiennes », s’enthousiasme le scientifique.

Jimmy Leyes

1. Université de Bretagne Occidentale.

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Des tramways plus lents mais plus écologiques

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N° 432 - Publié le 25 septembre 2025
© CC BY-SA 4.0 / IDRIS 2000

Dans quelle mesure les usagers de tramway sont-ils prêts à passer plus de temps dans les transports ? C’est la question que se sont posée cinq chercheurs en économie écologique et en biologie de la conservation dans une étude publiée ce mois-ci. « Les transports en commun à faible émission de carbone comme le tramway font partie des principaux leviers des politiques d’atténuation du changement climatique », note Anne-Charlotte Vaissière, chercheuse CNRS en économie au laboratoire Ecobio1, à Rennes, et co-autrice de l’étude. Mais entre artificialisation des sols et fragmentation du paysage, ces infrastructures ont des conséquences bien concrètes sur la biodiversité, isolant par exemple géographiquement et donc génétiquement certaines populations animales et végétales. 

Acceptabilité sociale


Il est pourtant possible de limiter ces effets en conservant un environnement boisé autour des lignes. Problème ? Pour des raisons de sécurité, le tramway doit alors ralentir. « On voulait étudier l’acceptabilité sociale de ce genre de projets, voir dans quelle mesure il est possible de concilier allongement des trajets et intégration écologique et paysagère », explique la chercheuse. En étudiant les mille réponses à un questionnaire proposant divers scénarios, les scientifiques montrent que même les usagers qui ont le moins de temps acceptent une augmentation moyenne de 15 % de la durée de leur trajet si cela permet de conserver un paysage plus boisé, une faune plus diversifiée et abondante ainsi que l'accès à un espace naturel. « Les gens ne raisonnent pas uniquement en termes de rapidité, il ne faut pas avoir peur d’être ambitieux dans les décisions d’aménagement », conclut l’économiste.

Violette Vauloup

1. Ecosystèmes, biodiversité, évolution.

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Ils datent des minéraux grâce à la lumière

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N° 432 - Publié le 25 septembre 2025
© HUGUES MALSERVET
Les grains de quartz et de feldspath sont placés dans une machine qui mesure la luminescence.

Pour estimer la date d’enfouissement de minéraux parfois vieux de plusieurs centaines de milliers d’années, des scientifiques utilisent une technique basée sur la lumière. Une méthode aux applications variées, de l’archéologie à la géographie.

Au sous-sol du bâtiment n° 15 du campus de Beaulieu, à Rennes, s’empilent des échantillons de terre soigneusement abrités de la lumière. Certains n’y ont pas été exposés depuis des centaines de milliers d’années. C’est d’ailleurs pour estimer leur date d’enfouissement qu’ils ont été acheminés ici, au Centre rennais de datation par luminescence, géré par Guillaume Guérin, chercheur en archéologie préhistorique au laboratoire Géosciences Rennes.

Quartz et feldspath


« La datation par luminescence stimulée optiquement (OSL) permet de mesurer le temps qui s’est écoulé depuis la dernière exposition à la lumière ou la chaleur des deux minéraux les plus abondants sur Terre : le quartz et le feldspath », précise-t-il. Imaginée au milieu du 20e siècle, la méthode se développe surtout depuis les années 2000, révolutionnant l’étude de sites anciens. Son principe physique est lié au comportement des grains de feldspath et de quartz, des cristaux incluant naturellement quelques impuretés. « Sous l’effet de la radioactivité du sol1, ces dernières agissent comme des pièges à électrons », note Guillaume Guérin.

Mais en cas d’exposition à la lumière ou la chaleur, ces particules se libèrent, émettant un signal lumineux invisible à l’œil nu : la luminescence. La datation OSL consiste à mesurer son intensité, qui reflète la quantité d’électrons stockée, en projetant une lumière sur les minéraux, ce qui provoque la libération des électrons. « Mais tous les grains ne se remplissent pas à la même vitesse, plus le sol est radioactif, plus les pièges à électrons se chargent vite », explique le chercheur. Il faut donc mesurer la radioactivité ambiante de l’échantillon. C’est le ratio entre la quantité d’électrons stockée et la vitesse à laquelle elle s’est accumulée qui permet d’estimer la date d’enfouissement du sédiment.

Grande portée chronologique


Du prélèvement sur le terrain aux manipulations en laboratoire, toutes les étapes du processus ont lieu dans l’obscurité ou sous une lumière orangée, la seule qui n’active pas la libération des électrons. « On échantillonne de nuit ou sous une bâche », indique Hugues Malservet, ingénieur en datation OSL à Géosciences Rennes. « Et comme il y a du quartz et du feldspath partout, ça fonctionne pour tous les territoires. »

Avec sa portée chronologique bien plus grande que le carbone 14, la datation OSL trouve également des applications dans des contextes variés2. « En géomorphologie, observer les mouvements de sédiments permet de reconstituer l’évolution du paysage. Et en archéologie, elle sert surtout à dater les couches de sol qui contiennent des vestiges », illustre Guillaume Guérin, qui travaille actuellement sur un projet de datation de mégalithes, dont la base, enfouie dans le sol, n’a pas vu le jour depuis des millénaires…

Violette Vauloup

1. La radioactivité est d’abord un phénomène naturel, le sol renferme des atomes radioactifs.
2. La datation OSL a une portée de plusieurs centaines de milliers d’années. La datation au carbone 14 ne permet, elle, de remonter qu’à environ 40 000 ans.

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De moins en moins de langoustines

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N° 432 - Publié le 25 septembre 2025
© IFREMER / DAMIEN DELAUNAY
Traîneau avec un système de caméra piloté depuis le PC scientifique du navire.

 

En huit ans, le stock de langoustines du golfe de Gascogne a presque été divisé par trois. « Nous sommes passés de 4,2 milliards d’individus en 2016 à 1,5 en 2024 », indique Damien Delaunay, ingénieur halieute à l’Ifremer de Nantes et responsable scientifique de la campagne Langolf-TV. Depuis 2014, tous les ans, des scientifiques se rendent en mer pour estimer l’abondance du crustacé sans captures, grâce à une caméra sous-marine. À partir de vidéos, ils recensent le nombre de terriers et peuvent ainsi en déduire la quantité d’individus. Des informations qui nourrissent les travaux de chercheurs actuellement réunis au Ciem1 pour analyser les données de la campagne 2025 et établir des préconisations sur les quotas de pêche 2026, qui seront discutées en décembre à la Commission européenne. Et « même si elles sont en général bien suivies, cela n’empêche pas les populations de diminuer », constate Damien Delaunay. Plusieurs hypothèses sont sur la table, dont de potentiels effets du dérèglement climatique sur le cycle de vie et l’habitat de l’espèce.

Violette Vauloup

1. Conseil international pour l’exploration de la mer, organisme qui coordonne la recherche sur les ressources et l’environnement marins dans l’Atlantique nord-est.

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Des Baléares à la Bretagne, le puffin en danger

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N° 432 - Publié le 25 septembre 2025
© BRETAGNE VIVANTE
Il reste environ 25 000 Puffins des Baléares dans le monde.

Depuis deux ans, de juin à octobre, l’association Bretagne Vivante recense et observe en mer le Puffin des Baléares, l’oiseau marin le plus menacé d’Europe, dont le déclin fait craindre la disparition.

Entre 70 et 80 cm d’envergure, deux fois plus petit qu’un goéland, plumage marron sur le dessus des ailes et blanc délavé sur le ventre. Pas de doute, il s’agit bien d’un Puffin des Baléares. Tous les ans, à partir du mois de mai, cet oiseau quitte l’archipel qui lui a donné son nom, en Méditerranée, où il se reproduit et élève ses petits. Un tiers des puffins migre alors au large des îles des Glénan, au sud du Finistère.

Danger critique d’extinction


Pour la deuxième année consécutive, de juin à octobre, les équipes de Bretagne Vivante, en charge de la gestion de la Réserve naturelle nationale de Saint-Nicolas des Glénan, sortent en mer environ deux fois par mois pour les étudier. « À chaque sortie, on suit quatre transects, des lignes virtuelles le long desquelles on dénombre toutes les espèces que l’on voit : les puffins, les cormorans, les dauphins, et aussi les bateaux croisés, explique Marie Mondielli, chargée d'études pour l’association. Cela nous donne une idée de l’utilisation de la zone et de la manière dont les Puffins des Baléares s’y intègrent, mais ça nous permet surtout de les recenser et de cartographier les secteurs clés pour leur conservation. »

Un dispositif qui prend place dans le cadre d’un plan national d’actions lancé en 2021 pour protéger cette espèce en danger critique d’extinction, considérée comme l’oiseau marin le plus menacé d’Europe. « Il reste environ 25 000 individus, dont 3 000 couples nicheurs dans le monde, et la tendance est au déclin », souligne Marie Mondielli. Les scientifiques estiment que les effectifs diminuent de 14 % par an.

Des radeaux dérangés 


« Le Puffin des Baléares pourrait disparaître d’ici soixante ans, poursuit la chargée d'études. La plupart des oiseaux marins voient leur population diminuer, or le cumul du déclin d’espèces ayant un rôle similaire dans l’écosystème va perturber l’équilibre de la biodiversité. »

De la pêche accidentelle à la prédation dans les colonies de reproduction, les causes du déclin sont multiples. Le puffin ne pose patte à terre qu’aux Baléares. Le reste du temps, il se repose en groupe à la surface de l’eau, formant ce que l’on appelle des radeaux. « Mais à cause du dérangement répété de ces radeaux par des bateaux de plaisance qui ne les voient pas, certains oiseaux meurent d’épuisement1 », souligne Marie Mondielli, qui maraude en mer une partie de l’année pour étudier ces perturbations, tout en travaillant à la sensibilisation des plaisanciers.

« On essaie de récolter un maximum d’informations parce qu’on ne connaît pas tellement les habitudes et la répartition de cette espèce ici », résume Marie Mondielli. Le suivi en mer se poursuivra l’année prochaine, et l’analyse comparée des données devrait permettre de contribuer à l’amélioration des connaissances sur l’espèce et sa zone fonctionnelle au large des Glénan. Un pas de plus pour sa protection.

Violette Vauloup

1. Lorsque l'on repère un radeau, le bon geste à adopter est de ralentir, rester à plus de 300 mètres et changer de cap pour contourner les oiseaux et éviter qu’ils ne s'envolent.

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