Construire différemment : moins de béton, plus de bois

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N° 433 - Publié le 28 novembre 2025
© FRANCK BOISSELIER
Alice Le Berder a testé la résistance du système en laboratoire, face à des forces simulant le vent.

Contraint d’évoluer pour se décarboner, le secteur du bâtiment repense ses méthodes constructives. Entre défis techniques et industriels, une doctorante rennaise a développé une technologie innovante pour faciliter l’utilisation du bois.

Une petite pièce métallique occupe l’esprit d’Alice Le Berder depuis bientôt trois ans. Elle est au centre de la thèse de cette doctorante en génie civil et urbain au LGCGM1 de l’Insa2 de Rennes et au Groupe Legendre3, spécialisé dans l’immobilier et la construction. Depuis mars 2023, la jeune chercheuse développe une technologie qui vise à faciliter l’intégration de façades à ossature bois aux constructions.

Étage par étage


Alors que la France s’est engagée à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 et que les exigences réglementaires augmentent, les méthodes constructives doivent en effet évoluer pour limiter les émissions de gaz à effet de serre. Et le choix des matériaux fait partie des principaux leviers activés pour décarboner la construction et réduire le recours au béton. À l’échelle mondiale, la fabrication de ciment, son liant de base, représente 7 % des émissions de CO2. « Pour les murs extérieurs, on peut remplacer le béton par des façades ossature bois, des quadrillages préfabriqués remplis d’isolant », note la doctorante.
Pour simplifier leur pose et gagner du temps, le Groupe Legendre souhaite l’intégrer au cycle du gros œuvre, c’est-à- dire poser ces façades étage par étage, et non à la toute fin du chantier. Ce qui implique de repenser le mode opératoire. « On pose la façade du premier niveau, puis on coule la dalle béton du niveau supérieur contre la tête de cette façade, et on peut ensuite poser la façade du deuxième niveau », schématise Alice Le Berder.

Comme un puzzle


La chercheuse travaille spécifiquement sur la connexion entre la dalle et les façades qui l’entourent. Ces dernières, non porteuses, doivent être fixées au support béton par un assemblage métallique créé sur mesure. « La géométrie de cette pièce a nécessité une phase de recherche conséquente, il fallait trouver comment maximiser la résistance de son ancrage dans le béton ». Tout en répondant à des contraintes industrielles : élaborer une pièce efficace, ni trop chère, ni trop compliquée à produire et installer. Un compromis trouvé après de multiples essais en laboratoire, où la résistance du système a été testée face à des forces simulant le vent. 
« Il y a quatre découpes dans la partie de la pièce noyée dans la dalle. Quand le béton coule dans ces ouvertures, il s’y imbrique comme deux pièces de puzzle », explique Alice Le Berder. Voilà donc le béton et le bois reliés. Le premier chantier utilisant cette technologie a débuté à l’automne, en région parisienne. « Je suis allée sur place pour expliquer comment poser la pièce, c’est tout nouveau pour les équipes, qui sont habituées au coulage de façades classiques en béton. Voir son travail prendre forme sur un chantier, c’est valorisant mais aussi stressant, c’est une grande responsabilité », confie-t-elle. Il semblerait que cette petite pièce en métal n’ait pas fini d’occuper l’esprit d’Alice Le Berder.

Violette Vauloup

1. Laboratoire de génie civil et génie mécanique.
2. Institut national des sciences appliquées.
3. Dans le cadre de la chaire ANR FREEINBTP.

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En Bretagne, le droit s'adapte au climat

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N° 433 - Publié le 28 novembre 2025
© CC BY-SA 4.0 / Henri Moreau
Le recul de la dune de Léhan à Treffiagat.

La COP 30 qui vient de s’achever au Brésil a mis la justice sociale au cœur des débats. Un sujet qui trouve un écho particulier en Bretagne. Élus, juristes et habitants tentent de s’adapter à un territoire qui change rapidement afin de concilier sécurité, équité et attachement régional. Ici, le changement climatique n’est plus une perspective : il redessine déjà les côtes. Les falaises reculent, les dunes s’effondrent et certains quartiers sont directement menacés par la mer. Selon le haut conseil breton pour le climat, l’érosion côtière et les risques de submersion marine font partie des principaux dangers auxquels le littoral breton est exposé. « C’est même la région qui compte le plus grand nombre de communes concernées par le recul du trait de côte », précise Blanche Lormeteau, chargée de recherche CNRS et spécialiste en droit de l’environnement à l’Université de Rennes.

Plans de prévention


Début 2025, la commune de Tréffiagat (Finistère), a exproprié plusieurs propriétaires et détruit leurs maisons après la reconnaissance officielle du risque de submersion marine de leurs terrains. Une décision inédite qui interroge : comment le droit s’ajuste-t-il face à une mer qui avance ? La loi Climat et résilience adoptée en 2021 a doté certaines communes exposées de nouveaux outils. « On met en place un arsenal juridique à disposition des mairies pour prévenir les risques liés au dérèglement climatique », indique la chercheuse. Les plans de prévention des risques littoraux imposent des zones de retrait et interdisent certaines constructions. Ainsi à Saint-Briac, Plougonvelin ou Gâvres, les plans locaux d’urbanisme sont révisés pour anticiper la montée des eaux.

Jimmy Leyes

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Quelles nouvelles du VIH ?

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N° 433 - Publié le 27 novembre 2025
© CC BY-SA 2.0 / NIAID
Micrographie électronique à balayage colorisée de particules du virus VIH-1 (jaune) bourgeonnant et attachées à la surface des cellules lymphocytaires humaines Hut-78 (bleu).

Encore stigmatisé socialement, le sida est pourtant aujourd’hui largement traité et soigné.

Ce 1er décembre 2025 marque, comme chaque année, la journée mondiale de lutte contre le syndrome d’immunodéficience acquise (sida). En Bretagne, les soignants et les associations sont à pied d’œuvre pour l’occasion, notamment via la mise en place de campagnes de dépistage ciblées et d’actions de prévention. Mais où en est-on dans la détection du virus de l’immunodéficience humaine (VIH) qui, s’il n’est pas pris en charge à temps, peut progresser vers le tant redouté sida ?

« La problématique actuelle, c’est bien qu’il y a des gens qui vivent avec le VIH sans avoir été dépistés, explique le docteur Cédric Arvieux, infectiologue au CHU de Rennes et responsable médical de la coordination régionale en santé sexuelle (CoReSS). On estime qu’ils sont environ 10 0001 sur un total de 200 000 personnes touchées en France, dont un tiers environ d’hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes », même si le mode de transmission le plus fréquent reste un rapport hétérosexuel2.

Une petite proportion de la population qu’il s’agit d’aller chercher parmi les personnes les plus précaires et les plus éloignées du soin, sans pour autant les stigmatiser. En effet, pour influer sur la courbe épidémique, il est nécessaire «que le niveau de dépistage et de traitement soit très élevé. Or, si le nombre de personnes qui s’infectent diminue de quelques centaines par an, c’est un déclin très lent et 27 % des dépistages se font encore à un stade avancé de la maladie», détaille le praticien.

Traitements tolérables


De son côté, la recherche médicale travaille justement à simplifier les traitements et à en améliorer la tolérance par les patients, pour un jour peut-être pouvoir inactiver définitivement le virus responsable du sida. « L’image du VIH est encore assez négative aujourd’hui, appuie le médecin. L’annonce d’une séropositivité reste compliquée pour les personnes concernées, alors qu’avec un comprimé par jour, et bientôt moins, on peut complètement inactiver l’infection et bloquer définitivement la transmission.» 

Anna Sardin

1. Selon les derniers chiffres de Santé publique France, publiés en octobre 2025.
2. 53 % des cas en 2024.

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L’émancipation des Bretilliennes à la lumière des archives

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N° 433 - Publié le 27 novembre 2025
© ARCHIVES DÉPARTEMENTALES D'ILLE-ET-VILAINE
Une salle de coupe pour enseigner la couture aux élèves de l'école nationale d'agriculture de Rennes.


Le plan d'une école avec des classes distinctes pour garçons et filles, des coupures de presse rapportant la première élection d'une femme ou encore des documents médicaux prouvant l'internement de jeunes lesbiennes... Ces documents font partie des 80 archives, dont de nombreuses pièces originales, exhumées des collections pour l'exposition "Elles : leurs droits, notre histoire", qui retrace l'histoire de l'émancipation des Bretiliennes aux 19e et 20e siècles. Initiée en juillet 2024, sa construction s'est faite autour de thématiques choisies et au prix d'une sélection drastique. "Nous avons constitué un comité scientifique très large avec des collègues qui travaillent dans tous les services des archives, de l'accueil à la conservation préventive, retrace Lydie Porée, archiviste et commissaire de l'exposition. Nous avons décidé de ne pas uniquement parler des figures célèbres, mais des conséquences concrètes de l'absence de droits des femmes sur la société." Située dans le bâtiment des archives départementales, à Rennes, l'exposition est gratuite et visible jusqu'au 8 mars 2026.

Anna Sardin

1. De la citoyenneté à l'éducation en passant par le travail ou encore le quotidien.

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Les festivals, « laboratoires à ciel ouvert »

Grand angle

N° 433 - Publié le 27 novembre 2025
© RAPHAËL ROTH / ÉLODIE LE GALL
Avec leur unité de temps et de lieu, les festivals forment de petites sociétés.

Quoi de mieux qu’un festival pour étudier le rapport à la culture, ses inégalités d’accès et même quelques phénomènes de société ? Chaque année, début décembre, des chercheurs se rendent aux Rencontres Trans Musicales de Rennes pour scruter leurs publics.

Il y a la navette qui file sur la voie express, les voitures mal garées en bord de route, les groupes d’amis qui se retrouvent, les billets qu’on cherche partout, l’excitation qui monte et l’écho de la musique qui laisse présager ce qui se trame derrière les contrôles de sécurité. À chaque festival, les mêmes scènes se jouent et se rejouent. Celles des derniers instants de « l’avant». Puisque passé les portes, c’est un autre monde qui s’installe pour quelques jours : «Un temps hors du temps, marqué par une unité de lieu et de programmation», note Raphaël Roth, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’Inseac1 du Cnam2, à Guingamp. 
D’Avignon à Cannes en passant par les Francofolies de La Rochelle ou les Vieilles Charrues (Carhaix), ses collègues et lui sillonnent la France pour étudier les publics de festivals. Depuis 2008, ils se rendent aux Rencontres Trans Musicales de Rennes, dont la 47e édition se tient cette année du 3 au 7 décembre.

Travailler la curiosité


« Chaque événement a un public un peu différent », souligne Camille Royon, docteure en sciences de l’information et de la communication et coordonnatrice des actions de proximité aux Trans. «Chez nous, il se caractérise surtout par le fait que les gens achètent leur billet les yeux fermés, sans connaître les artistes.»

Une singularité liée à l’ADN de l’événement, reconnu pour sa programmation axée sur la découverte de talents émergents. « Notre objectif est de valoriser la découverte pour tout le monde car on est conscients que cette curiosité n’est pas innée, elle se travaille», poursuit-elle. Cela passe notamment par des dispositifs d’éducation artistique et culturelle (EAC)3 qui visent par exemple à faire se rencontrer tout au long de l’année des élèves et des artistes.

Observer scientifiquement la démocratisation culturelle à travers les festivals est d’ailleurs devenu le principal sujet de recherche de Raphaël Roth et ses collègues. « Les inégalités d’accès à la culture sont avant tout des inégalités sociales. L’EAC, c’est la possibilité de les réduire, d’où l’intérêt de l’étudier », résume le chercheur.

Aux Trans, chercheurs et organisateurs travaillent ensemble sur l’étude des publics. Camille Royon coordonne cette enquête depuis dix ans, après une thèse Cifre4 entre l’Inseac et les Trans, pour laquelle elle s’est justement intéressée aux publics. Chaque année, elle envoie un questionnaire d’environ 80 questions aux festivaliers. Certaines servent à décrire les répondants (âge, situation professionnelle, niveau d’études…), «mais l’idée est d’aller au-delà, on ajoute des items sur des points que l’on veut approfondir comme les manières de se déplacer ou le rapport à la culture», souligne la docteure en sciences de l’information et de la communication.

Le tout, complété par des observations faites sur place ou encore des entretiens collectifs avec des festivaliers. « Cette approche scientifique est précieuse parce qu’elle permet de passer d’un ressenti à des faits prouvés », explique Camille Royon. C’est ainsi qu’après le Covid, ces études ont par exemple mis en évidence une diminution du nombre de jeunes dans les festivals et ouvert des questionnements sur les manières de s’adresser à eux. La méthode scientifique est donc utilisée par les organisateurs, pour mieux connaître leurs publics, leurs évolutions et leurs comportements.


© RAPHAËL ROTH / ÉLODIE LE GALL
Les chercheurs ont demandé aux festivaliers de retracer leur parcours sur le site.
 

Démarche inductive


Mais l’événement est aussi un lieu d’innovation pour les chercheurs. «Il y a quelques années, on a demandé à des festivaliers de retracer leurs trajets sur le Parc Expo5 avec des pelotes de laine, sur un plan, pour comprendre la manière dont ils se sont approprié les lieux», illustre Raphaël Roth. Et c’est aussi l’occasion de former les étudiants à la recherche. « La notion de terrain nous motive. En tant que scientifique, il faut vivre le festival, se laisser porter jusqu’à ce que notre regard soit attiré par des saillances, on parle de démarche inductive», explique le chercheur, qui souligne la difficulté à mener un travail d’ethnographie sur sa propre société : «On ne peut pas s’en extraire, nous sommes entourés de gens qui nous ressemblent, se mettre dans la position de l’enquêteur demande une certaine disposition mentale, pas toujours facile à atteindre».

Expérience sensible


Et si les festivals intéressent les chercheurs, c’est aussi parce qu’avec leur unité de temps et de lieu, ce sont de véritables petites sociétés. Du vendredi 10h au lendemain 8h, lorsque les Trans proposent des événements sans discontinuer, «on recrée une vie quotidienne : il faut manger, se reposer, aller aux toilettes… tout en profitant de l’offre culturelle», analyse Camille Royon. Ce qui en fait «un laboratoire à ciel ouvert, on voit le monde social en condensé dans toute sa diversité», observe Raphaël Roth, qui a déjà étudié la place des écrans ou encore l’empreinte carbone des transports auprès des festivaliers et affirme qu’il est possible de «dresser des parallèles entre les pratiques en festival et dans le reste de la société».
D’ailleurs, l’expérience festivalière est loin de se résumer à une rencontre artistique. « C’est quelque chose de très sensible, qui fait appel aux émotions et aux souvenirs. Que choisit-on de convoquer quand on raconte un festival ?, interroge Camille Royon. C’est généralement lié à la jeunesse, à un moment entre amis, à une fois où l’on est tombé amoureux…» Une dimension affective souvent ancrée par des «prothèses comme les photos, les vidéos ou les produits dérivés, qui renvoient systématiquement à l’expérience marquante», développe Raphaël Roth, pour qui la culture est aussi sociale qu’intime : «Dans tous les cas, elle nous construit».

Violette Vauloup

1. Institut national supérieur de l’éducation artistique et culturelle.
2. Conservatoire national des arts et métiers.
3. Politique visant la participation de tous les jeunes à la vie artistique et culturelle par l’acquisition de connaissances, un rapport direct aux œuvres, la rencontre avec des professionnels et une pratique artistique ou culturelle.
4. Les conventions industrielles de formation par la recherche sont des thèses en entreprise encadrées par un laboratoire public.
5. L’un des sites du festival.

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IA et santé, des avancées majeures en Bretagne

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N° 433 - Publié le 27 novembre 2025
© F. OBE / UNIVERSITE DE RENNES
Salle de commande de l’IRM installée sur la plateforme NeurInfo à Rennes.

 

Fin novembre, enseignants, chercheurs et praticiens médicaux se sont réunis à l’Université de Rennes afin de partager leurs réflexions, leurs expériences et leurs préoccupations quant à l’utilisation de l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé. À Rennes, les équipes du CHU et du laboratoire Empenn ont mis au point un algorithme capable de détecter automatiquement les lésions de la moelle épinière sur des IRM de patients atteints de sclérose en plaques. Testé auprès de plusieurs cliniciens, il améliore nettement la précision du diagnostic selon une étude parue en octobre 2025 dans European Radiology. À Brest, le Latim1 mise sur l’apprentissage automatique pour optimiser la chirurgie assistée par ordinateur. Autre exemple : le LTSI2 et le CHU de Rennes utilisent l’IA pour ajuster les doses d’héparine3 en réanimation avec des modèles prédictifs aussi fiables que l’expertise humaine.

Jimmy Leyes

1. Laboratoire de traitement de l’information médicale.
2. Laboratoire traitement du signal et de l’image.
3. Médicament anticoagulant.

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Mémoires de paysages

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N° 433 - Publié le 27 novembre 2025
© THOMAS LOUAPRE / DIVERGENCE

En s’intéressant au passé, l’archéologie permet parfois de mieux comprendre le présent. C'est ce qu'illustre une exposition nantaise en retraçant l'évolution du panorama local depuis la Préhistoire.

Le Chronographe, musée d’archéologie de Nantes Métropole, dévoile sa nouvelle exposition temporaire, « Ceci n’est pas qu’un paysage ! », visible jusqu’au 22 septembre 2026. Conçue en partenariat avec l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), l’exposition propose un voyage à travers le temps et raconte comment les peuplements successifs, du Paléolithique au Moyen Âge, ont façonné le paysage nantais.

Aménagement du territoire


Souvent perçue comme une science tournée vers ce qui fut, l’archéologie peut toutefois entrer en résonance avec des enjeux contemporains. « L’archéologie est une science pratiquée à des échelles temporelles et géographiques très larges, souligne Annabelle Dufournet, archéologue à Nantes Métropole ayant participé à la conception de l’exposition. Cela permet, à une époque d’immédiateté et de rapidité, de replacer des phénomènes et des questions dans un temps long. »

Dans le domaine de l’aménagement du territoire, cette approche se révèle particulièrement éclairante. « Nous héritons de paysages profondément transformés par les générations d’humains qui nous ont précédées, explique Isabelle Catteddu, archéologue à l’Inrap et référente d’une partie de l’exposition. L’archéologie nous renseigne sur la façon dont ces lieux que nous habitons ont été façonnés, et pourquoi. » Car depuis les premières installations humaines, chaque choix d’implantation a laissé son empreinte.


© LE CHRONOGRAPHE
Une nasse du 19e siècle et une anguille pêchée au lac de Grand Lieu (Musée d'histoire naturelle de Nantes).
 

Histoire d’un lieu


L’exposition met ainsi en lumière ces interactions entre l’humain et son environnement, en documentant la manière dont les sociétés anciennes ont exploité les ressources naturelles et comment les écosystèmes du pays nantais y ont répondu. Cette relation complexe entre activité humaine et transformation du milieu trouve une illustration probante dans le cas du plateau du Cellier, à l’est de Nantes. C’est sur cette zone que des vestiges archéologiques de fermes datant du 3e siècle avant notre ère ont été découverts. Or, « l’analyse de pollens anciens indique que le lieu était recouvert de forêts avant le 4e siècle avant J.-C., puis de céréales durant les siècles suivants », relate Annabelle Dufournet. L’endroit a donc été largement défriché, entre le 4e et le 3e siècle avant J.-C., pour construire des fermes et exploiter les zones alentours. « Et les méthodes agricoles anciennes ont des conséquences sur le développement de la végétation qui peuvent perdurer plusieurs siècles après leur mise en place », ajoute Isabelle Catteddu. Le paysage et la flore actuels sont donc hérités de cette histoire. Une parfaite démonstration du fait que l’archéologie, loin de se limiter à l’étude du passé, éclaire également notre compréhension du patrimoine environnemental d’aujourd’hui.

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