Les plantes aussi les manient
Les super-pouvoirs de l'odorat
TOUT LE DOSSIER
du magazine Sciences Ouest
Remplis par des milliers de citoyens il y a six ans, lors de la crise des Gilets Jaunes, ces manuscrits sont en passe d’être épluchés par des chercheurs.
Dans un livre à mi-chemin entre le carnet de bord et le documentaire, un chercheur dépeint le quotidien, les rencontres et les doutes de scientifiques partis étudier la mouette ivoire au Groenland.
Spécialiste de la physique des séismes, ce chercheur parisien a contribué à l’exposition Troisième Nature aux Champs Libres, à Rennes. Et en parallèle de ses recherches, il écrit de la poésie. Rencontre.
Alors que les inégalités de genre dans la recherche et le soin sont encore considérables, des scientifiques rennais cherchent à améliorer la prise en charge des femmes lors de chirurgies gynéco-obstétriques.
Lors de ses études de médecine, Krystel Nyangoh Timoh a été frappée par l’absence de littérature scientifique sur l’anatomie pelvienne féminine. « Certaines sources dataient des années 1950, ça m’a interpellée », se souvient cette chirurgienne gynéco-obstétricienne au CHU de Rennes. Aujourd’hui encore, une simple recherche sur PubMed, la principale base de données bibliographiques en médecine, suffit à mettre en évidence le fossé qui sépare la santé des femmes et celle des hommes. « Si vous tapez “anatomie du clitoris” vous avez 1 500 articles, 23 100 pour “anatomie du pénis” », relève-t-elle.
Une inégalité qui a des conséquences bien concrètes. En cas d’endométriose1, l’errance diagnostique s’étale en moyenne de 7 à 10 ans. « La douleur des femmes est banalisée, aux urgences, elles ont plus de risques de se voir prescrire des anxiolytiques que les hommes », illustre la chercheuse. Autre exemple : certaines maladies touchent différemment les femmes. Les symptômes sont décrits comme « atypiques » (la norme étant construite sur le corps masculin), ce qui peut entraîner des retards de prise en charge parfois mortels. Face à cela, c’est tout un rapport à la santé qu’il s’agit de repenser. « Moins de femmes sont instigatrices de projets de recherche et ça joue, avance la chirurgienne. La médecine a été pensée par et pour les hommes. »
Depuis qu’elle a rejoint, en 2018, l’équipe Medicis au LTSI2, à Rennes, la santé des femmes est devenue un axe de recherche du laboratoire. « En tant que chercheurs, on a une immense responsabilité dans le choix de nos sujets », note Pierre Jannin, directeur de recherche Inserm3 et responsable de cette équipe spécialisée dans l’amélioration de la prise en charge chirurgicale par une approche technologique. « Nous travaillons à partir d’analyse de données : on mesure, on comprend, et on développe des pistes de solution », précise-t-il. De la dextérité à la connaissance des procédures en passant par la gestion du stress, la réussite d’un acte chirurgical repose sur un large panel de compétences, toutes prises en compte par ces chercheurs.
En s’intéressant à la chirurgie gynéco-obstétrique, Medicis a notamment établi un référentiel de procédure pour l’hystérectomie4 et proposé des pistes pour limiter les dépressions après une césarienne d’urgence. L’équipe s’appuie également sur un dispositif permettant de simuler une opération de manière très réaliste. L’instrument est pourvu de capteurs mesurant la fréquence cardiaque, la fatigue musculaire ou encore la posture du chirurgien. Mais il est aussi utilisé pour former des internes, par exemple à l’exérèse de lésions d’endométriose. Le tout, toujours, dans l’optique d’améliorer la prise en charge. « Il ne faut pas se contenter de rattraper le retard, il faut le dépasser », sourit Pierre Jannin.
1. Une maladie caractérisée par la présence de tissu semblable à celui de la muqueuse de l’utérus hors de la cavité utérine et qui touche une femme sur dix.
2. Laboratoire traitement du signal et de l'image.
3. Institut national de la santé et de la recherche médicale.
4. Ablation de l’utérus.
Le premier inventaire des virus de la Seine est en cours, grâce à une nouvelle technique de séquençage. Ils constituent une part insoupçonnée de nos écosystèmes.
Alisa Langlais, doctorante en microbiologie environnementale à l’unité Ecobio de l’Université de Rennes, réalise depuis 2023 un grand inventaire des virus de la Seine, dans le cadre de sa thèse en partenariat avec le Siaap1 et dirigée par Achim Quaiser, maître de conférences. Elle prélève l’eau du fleuve, à l’entrée et à la sortie de stations d’épuration. « Après filtration, je réalise l’extraction de l’ADN et de l’ARN des virus, que je prépare pour le séquençage », explique-t-elle.
Les génomes ARN ou ADN sont fragmentés en de multiples morceaux, qui peuvent être déchiffrés avec précision par un séquenceur nouvelle génération2. « Le problème, c’est que toutes les séquences des différents virus se mélangent, poursuit-elle. Ensuite, il faut les réassembler : c’est comme un puzzle. » Un immense puzzle bioinformatique, dont la résolution nécessite une importante capacité de calcul. « Depuis mon ordinateur, je fais tourner mes analyses à distance sur de puissants serveurs », précise-t-elle.
Grâce à cette technique innovante, Alisa Langlais ouvre une porte sur l’univers nanoscopique de la Seine. « Ce qu’on trouve en majorité dans les écosystèmes aquatiques, ce sont des virus qui infectent des bactéries : les bactériophages », indique-t-elle. Les virus pathogènes pour l’humain ne représentent qu’une infime part. La doctorante examine aussi l’impact de l’agglomération parisienne sur la biodiversité virale. « Elle peut être affectée par les changements des communautés bactériennes, car les populations de virus dépendent de leurs hôtes », observe Céline Roose-Amsaleg, co-encadrante de la thèse, ingénieure de recherche CNRS en microbiologie environnementale. Grâce à un travail de modélisation, Alisa Langlais étudie la dynamique des virus : « Avec des collègues de l’Irmar3, nous essayons de modéliser ce que devient un virus dans la Seine, comment il se déplace, sédimente ou se dégrade. » Ce modèle pourrait ensuite être transposé à d’autres fleuves.
1. Syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération parisienne.
2. Sur la plateforme régionale EcogenO, à Rennes.
3. Institut de recherche mathématique de Rennes.