Le Pôle Bretagne Culture Scientifique se concentre sur les liens entre arts et sciences
12 septembre 2025
Réunis dans les locaux des Petits Débrouillards Grand Ouest à Rennes, les membres du Pôle Bretagne Culture Scientifique (PBCS) ont poursuivi la rédaction de leur future Charte commune et ont échangé sur des projets mêlant arts et sciences.
La matinée, des représentants de chaque structure du PBCS ont discuté d’un enjeu important : clarifier le fonctionnement du réseau et définir des critères transparents pour l’intégration de nouvelles structures. Cette rencontre a également permis de présenter les prochaines thématiques du magazine Sciences Ouest.
L’après-midi, les membres du PBCS ont pu échanger autours de différents projets mêlant arts et sciences. Pour s'inspirer des autres régions, des représentantes de l’Université de Montpellier ont été invitées en visioconférence et ont présenté leur stratégie en la matière. Elles ont notamment évoqué leur contribution à l'exposition Éprouver l'inconnu organisée par le MO.CO. (écosystème artistique montpelliérain) qui a su attirer un public élargi.
En Bretagne, Océanopolis a détaillé le projet Jeunes Reporters, qui mobilise chaque année entre 60 et 80 classes, soit près de 2 000 élèves. Les jeunes enquêtent sur une problématique scientifique aux côtés d’un chercheur, avant de proposer une restitution artistique. En parallèle, l’artiste David Wahl, associé à Océanopolis depuis 2018, présentera en avant-première son nouveau spectacle l’Homme-poisson dans l’auditorium de l'aquarium en octobre 2025. D’autres projets, comme les rencontres musicales autour des sons de l’océan menées avec la salle de spectacle brestoise La Carène, permet à Océanopolis de continuer d’explorer ces passerelles entre disciplines.
De son côté, l'Espace des sciences de Rennes a présenté La science sur les planches qui fêtera ses 20 ans en 2026. Lors de cet événement des classes de collégien·e·s d’Ille-et-Vilaine, accompagnées par une compagnie professionnelle, montent un projet artistique sur une thématique scientifique.
Au-delà des discussions administratives, l'ambition partagée qui ressort de cette rencontre du PBCS est de faire dialoguer sciences et société, en Bretagne, au plus près des territoires et des jeunes publics.
Cancer du sein : « Faire bouger les lignes »
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Meilleur dépistage, ciblage des personnes à risque, prise en charge personnalisée… pour diminuer le nombre de cancers du sein et améliorer les chances de survie, l’accompagnement doit évoluer.
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« L’archéologie en mer d’Iroise, c’est du rodéo ! »
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En Bretagne, les plus anciens barrages de pêcherie datent de la Préhistoire. À plusieurs mètres sous l’eau, les étudier est un défi scientifique.
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Cryptographie : les algorithmes du futur
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À Rennes, des chercheurs testent la sécurité d’algorithmes face à des attaques utilisant la consommation de courant.
« Toute communication sur Internet utilise des algorithmes cryptographiques. Si un site est sécurisé quand son adresse commence par https avec un s, c'est parce qu'il y a de la cryptographie derrière », signale Damien Marion, enseignant-chercheur en informatique dans l’équipe Capsule1 de l’Irisa2, à Rennes. Même chose sur la majorité des messageries : WhatsApp, Signal, iMessage… toutes utilisent une méthode de chiffrement basée sur des algorithmes cryptographiques, qui rendent les données illisibles en cas d’interception.
« Leur sécurité repose sur la connaissance d’une clé secrète », explique le chercheur. Mais les variations de consommation de courant lors de l’exécution de l’algorithme laissent une trace utilisable par un tiers pour retrouver les valeurs de la clé. C’est précisément ce qui occupe l’équipe de recherche qui évalue la résistance des algorithmes cryptographiques à des attaques par canaux auxiliaires, exploitant des failles liées à l’exécution des procédures. « Face à cela, on peut notamment ajouter dans le code de l’algorithme des variables qui ne servent qu’à faire du bruit pour masquer la clé secrète et sa consommation de courant », note Damien Marion.
Post-quantique
Une méthode qui pourrait toutefois vite devenir obsolète. « D’ici 20 à 30 ans, un ordinateur quantique pourra trouver les clés secrètes sans passer par les canaux auxiliaires. » Pour anticiper ce genre de situation, des cryptographes du monde entier, dont certains au sein de Capsule, travaillent à l’élaboration de nouveaux algorithmes. « La cryptographie repose toujours sur un problème mathématique difficile. Aujourd'hui, les algorithmes sont en grande partie basés sur la factorisation de grands nombres », raconte le chercheur. Ceux qui se développent désormais utilisent les réseaux euclidiens, un problème qui résisterait à la capacité de calcul d’ordinateurs ultras puissants dans un monde post-quantique.
1. Cryptographie appliquée et sécurité des implémentations.
2. Institut de recherche en informatique et systèmes aléatoires.
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Grossesse et tramadol : danger !
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Du 15 au 17 octobre se tiendront à Rennes les 54e Journées de la Société française de médecine périnatale, dédiées à cette période clé qui court de la grossesse aux premiers jours. Il y sera notamment question de l’exposition aux substances chimiques, des complications obstétricales chez les victimes d’excision mais aussi d’addiction au tramadol, un antalgique au fort potentiel addictif, chez les femmes enceintes. Le médicament peut être prescrit mais si « une dépendance est déjà installée chez la mère, cela peut nécessiter un sevrage du nourrisson à la naissance », explique Corinne Chanal, sage-femme au CHU de Montpellier et présidente du Gega1, qui participera au congrès. D’où la nécessité d’accompagner les futures mères dépendantes, y compris lorsqu’elles souhaitent stopper leur consommation. Un sevrage trop brutal peut en effet entraîner fausse couche ou accouchement prématuré. « Si on en parle aujourd’hui, c’est aussi pour que les professionnels de santé s’adressent plus directement à leurs patientes car beaucoup de femmes n’en parlent pas », conclut la sage-femme.
1. Groupe d’étude grossesse et addiction.
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À Dougga, les pierres parlent
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En Tunisie, les vestiges d’un site antique révèlent la coexistence d’activités a priori incompatibles. Une étude cherche à comprendre comment elles ont pu se superposer et s’adapter les unes aux autres.
À la périphérie de la ville antique de Dougga, en Tunisie, un projet archéologique atypique tente de démêler l’histoire mouvementée d’un site étonnamment complexe. Sur une surface restreinte de 2,5 hectares, des vestiges montrent que l’endroit a, au fil des siècles, été utilisé pour des exploitations très différentes : une nécropole, l’extraction de pierres à grande échelle et la construction d’un cirque romain.
Comprendre les usages
« Normalement, ces activités n’ont rien à faire ensemble, déclare Yvan Maligorne, maître de conférences en histoire ancienne à l’UBO1 et responsable de l’étude. Un cimetière est habituellement un lieu solennel alors qu’une carrière de pierre est au contraire un espace agité et bruyant. » L’équipe de chercheurs franco-tunisienne a donc pour ambition de comprendre la manière dont ces usages ont pu se superposer dans le temps comme dans l’espace. Cette coexistence, rare et peu documentée, constitue l’originalité majeure du projet.
Les premières campagnes de terrain ont eu lieu en mai et novembre 2024. Des géologues ont analysé 98 échantillons de pierres calcaires de l’Éocène inférieur (entre -56 et -49 millions d’années) prélevés sur le site antique. Ils ont ainsi identifié onze types de roches utilisés dans la construction de Dougga. En parallèle, les archéologues ont relevé minutieusement les traces d’extraction de blocs visibles autour du cirque et ont pu établir des cartes permettant de croiser leurs observations avec les données géologiques. L’analyse des tombes romaines présentes sur la zone apporte également des repères chronologiques utiles pour dater certaines phases d’exploitation. « La nécropole s’est installée sur une partie de la carrière, ce qui a forcément mis fin à l’extraction de pierres », affirme Yvan Maligorne.
Ces travaux ont d’ores et déjà permis de revoir certaines hypothèses. La construction du cirque, par exemple, n’a pas stoppé l’extraction de roches, mais elle a profondément modifié son fonctionnement. Les voies d’évacuation traditionnelles ont été bloquées par la structure du bâtiment, forçant les artisans de l’époque à emprunter une nouvelle rampe au nord du territoire. Cette adaptation illustre parfaitement la manière dont les différentes activités ont dû s’accommoder les unes aux autres.
Traces d’outils
Prochaine étape : l’étude comparative des blocs ayant servi à la construction des monuments antiques. Les chercheurs espèrent y retrouver des traces d’outils similaires à celles observées dans les carrières, ce qui leur permettrait d’affiner la compréhension de la chronologie de l’utilisation du site. « À terme, nous espérons pouvoir déterminer la provenance des pierres de tous les monuments de Dougga datant de l’Antiquité et étendre nos méthodes à d’autres villes tunisiennes », s’enthousiasme le scientifique.
1. Université de Bretagne Occidentale.
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Des tramways plus lents mais plus écologiques
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Dans quelle mesure les usagers de tramway sont-ils prêts à passer plus de temps dans les transports ? C’est la question que se sont posée cinq chercheurs en économie écologique et en biologie de la conservation dans une étude publiée ce mois-ci. « Les transports en commun à faible émission de carbone comme le tramway font partie des principaux leviers des politiques d’atténuation du changement climatique », note Anne-Charlotte Vaissière, chercheuse CNRS en économie au laboratoire Ecobio1, à Rennes, et co-autrice de l’étude. Mais entre artificialisation des sols et fragmentation du paysage, ces infrastructures ont des conséquences bien concrètes sur la biodiversité, isolant par exemple géographiquement et donc génétiquement certaines populations animales et végétales.
Acceptabilité sociale
Il est pourtant possible de limiter ces effets en conservant un environnement boisé autour des lignes. Problème ? Pour des raisons de sécurité, le tramway doit alors ralentir. « On voulait étudier l’acceptabilité sociale de ce genre de projets, voir dans quelle mesure il est possible de concilier allongement des trajets et intégration écologique et paysagère », explique la chercheuse. En étudiant les mille réponses à un questionnaire proposant divers scénarios, les scientifiques montrent que même les usagers qui ont le moins de temps acceptent une augmentation moyenne de 15 % de la durée de leur trajet si cela permet de conserver un paysage plus boisé, une faune plus diversifiée et abondante ainsi que l'accès à un espace naturel. « Les gens ne raisonnent pas uniquement en termes de rapidité, il ne faut pas avoir peur d’être ambitieux dans les décisions d’aménagement », conclut l’économiste.
1. Ecosystèmes, biodiversité, évolution.
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Ils datent des minéraux grâce à la lumière
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Pour estimer la date d’enfouissement de minéraux parfois vieux de plusieurs centaines de milliers d’années, des scientifiques utilisent une technique basée sur la lumière. Une méthode aux applications variées, de l’archéologie à la géographie.
Au sous-sol du bâtiment n° 15 du campus de Beaulieu, à Rennes, s’empilent des échantillons de terre soigneusement abrités de la lumière. Certains n’y ont pas été exposés depuis des centaines de milliers d’années. C’est d’ailleurs pour estimer leur date d’enfouissement qu’ils ont été acheminés ici, au Centre rennais de datation par luminescence, géré par Guillaume Guérin, chercheur en archéologie préhistorique au laboratoire Géosciences Rennes.
Quartz et feldspath
« La datation par luminescence stimulée optiquement (OSL) permet de mesurer le temps qui s’est écoulé depuis la dernière exposition à la lumière ou la chaleur des deux minéraux les plus abondants sur Terre : le quartz et le feldspath », précise-t-il. Imaginée au milieu du 20e siècle, la méthode se développe surtout depuis les années 2000, révolutionnant l’étude de sites anciens. Son principe physique est lié au comportement des grains de feldspath et de quartz, des cristaux incluant naturellement quelques impuretés. « Sous l’effet de la radioactivité du sol1, ces dernières agissent comme des pièges à électrons », note Guillaume Guérin.
Mais en cas d’exposition à la lumière ou la chaleur, ces particules se libèrent, émettant un signal lumineux invisible à l’œil nu : la luminescence. La datation OSL consiste à mesurer son intensité, qui reflète la quantité d’électrons stockée, en projetant une lumière sur les minéraux, ce qui provoque la libération des électrons. « Mais tous les grains ne se remplissent pas à la même vitesse, plus le sol est radioactif, plus les pièges à électrons se chargent vite », explique le chercheur. Il faut donc mesurer la radioactivité ambiante de l’échantillon. C’est le ratio entre la quantité d’électrons stockée et la vitesse à laquelle elle s’est accumulée qui permet d’estimer la date d’enfouissement du sédiment.
Grande portée chronologique
Du prélèvement sur le terrain aux manipulations en laboratoire, toutes les étapes du processus ont lieu dans l’obscurité ou sous une lumière orangée, la seule qui n’active pas la libération des électrons. « On échantillonne de nuit ou sous une bâche », indique Hugues Malservet, ingénieur en datation OSL à Géosciences Rennes. « Et comme il y a du quartz et du feldspath partout, ça fonctionne pour tous les territoires. »
Avec sa portée chronologique bien plus grande que le carbone 14, la datation OSL trouve également des applications dans des contextes variés2. « En géomorphologie, observer les mouvements de sédiments permet de reconstituer l’évolution du paysage. Et en archéologie, elle sert surtout à dater les couches de sol qui contiennent des vestiges », illustre Guillaume Guérin, qui travaille actuellement sur un projet de datation de mégalithes, dont la base, enfouie dans le sol, n’a pas vu le jour depuis des millénaires…
1. La radioactivité est d’abord un phénomène naturel, le sol renferme des atomes radioactifs.
2. La datation OSL a une portée de plusieurs centaines de milliers d’années. La datation au carbone 14 ne permet, elle, de remonter qu’à environ 40 000 ans.
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De moins en moins de langoustines
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En huit ans, le stock de langoustines du golfe de Gascogne a presque été divisé par trois. « Nous sommes passés de 4,2 milliards d’individus en 2016 à 1,5 en 2024 », indique Damien Delaunay, ingénieur halieute à l’Ifremer de Nantes et responsable scientifique de la campagne Langolf-TV. Depuis 2014, tous les ans, des scientifiques se rendent en mer pour estimer l’abondance du crustacé sans captures, grâce à une caméra sous-marine. À partir de vidéos, ils recensent le nombre de terriers et peuvent ainsi en déduire la quantité d’individus. Des informations qui nourrissent les travaux de chercheurs actuellement réunis au Ciem1 pour analyser les données de la campagne 2025 et établir des préconisations sur les quotas de pêche 2026, qui seront discutées en décembre à la Commission européenne. Et « même si elles sont en général bien suivies, cela n’empêche pas les populations de diminuer », constate Damien Delaunay. Plusieurs hypothèses sont sur la table, dont de potentiels effets du dérèglement climatique sur le cycle de vie et l’habitat de l’espèce.
1. Conseil international pour l’exploration de la mer, organisme qui coordonne la recherche sur les ressources et l’environnement marins dans l’Atlantique nord-est.
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