La sociologie dans l’œil des catastrophes

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N° 414 - Publié le 30 novembre 2023
@ DON HALASY
Après les attentats du 11 septembre 2001, à New York, de nombreux gestes d'entraide ont été observés.

Benoit Giry est sociologue et spécialiste des catastrophes. Maître de conférences à Sciences Po Rennes et chercheur au laboratoire Arènes, il est aussi l’auteur d’un livre¹ dans lequel il revient sur la manière dont la sociologie a progressivement fait des catastrophes un objet d’étude et sur ce que les désastres disent de nos sociétés.

Qu’entend-on par « catastrophe » en sociologie ?


Ce sont des moments de débordement des dispositifs sociaux classiquement utilisés pour organiser nos existences, qui sont entraînés par des morts et/ou des destructions. Souvent, on les appelle par leur « agent », c’est-à-dire leur déclencheur. On parle de l’ouragan Katrina ou de la catastrophe de Tchernobyl. Mais en réalité, ces événements ne sont des catastrophes que parce qu’ils rencontrent une communauté humaine et ses vulnérabilités, qui transforment le potentiel destructeur de l’agent en catastrophe effective ; un tremblement de terre dans un désert, ce n’est pas une catastrophe.

Dans votre livre, vous expliquez que les catastrophes ne créent pas d’inégalités mais en révèlent…


Au moment des catastrophes, des effets concrets des inégalités sociales sont rendus visibles par les taux de mortalité selon les groupes sociaux. Mais les catastrophes les accentuent aussi : aux États-Unis, des études ont montré que si vous êtes riche, vous arrivez à capter plus d’aides financières à la reconstruction.

Est-ce que la population touchée influence le traitement de la catastrophe ?


Il semblerait que lorsque quelque chose ne frappe qu’une population disqualifiée socialement, nous sommes moins prompts à la traiter comme une catastrophe. La tempête Xynthia a fait 45 morts et est considérée comme un désastre. Au cours des dix dernières années, 28 000 personnes sont mortes en Méditerranée, mais si l’on en juge par le traitement social des migrants empruntant cette route, ces souffrances sont considérées comme tolérables.

Contrairement à une idée reçue, vous expliquez que les gens paniquent rarement. Comment analyser cela ?


Il y a une sorte de lune de miel collective juste après le désastre qu’on explique mal. Mais cette espèce de suspension des normes sociales habituelles est suivie de ce que l’on appelle la « phase de lancer de parpaing ». C’est le moment où le conflit politique se réimmisce dans le consensus créé par la catastrophe. Ainsi, après le séisme de 1923 au Japon, 6 000 Coréens ont été massacrés car jugés responsables.

Pourquoi faut-il étudier les catastrophes ?


Deux cents millions d’individus sont frappés par une catastrophe chaque année2. En faisant l’hypothèse (irréaliste) que les individus ne sont touchés qu’une seule fois, au bout de quarante ans cela équivaut à la totalité de la population mondiale. Si l’on joue à ce petit jeu mathématique, nous sommes tous susceptibles d’être affectés un jour. Dès lors, la seule question qui vaille est la suivante : comment comptons-nous habiter ce siècle des catastrophes ? Pour cela, il faudrait savoir en quoi cela va consister en termes de vie collective, d’où le besoin impératif de travaux de sciences sociales.

VIIOLETTE VAULOUP

1. Sociologie des catastrophes, Éditions La Découverte (2023).
2. Frappés signifie blessés, tués ou sans domicile. Les chiffres proviennent du Centre de recherche sur l'épidémiologie des désastres de l’Université catholique de Louvain, en Belgique.

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Les oiseaux, victimes de la tempête Ciaran

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N° 414 - Publié le 30 novembre 2023
@ ROMAIN MORINIERE
Un océanite cul-blanc soigné à la station LPO de l'Île-Grande à la suite de la tempête Ciaran.

Très exposés aux vents violents qui ont touché la Bretagne le mois dernier, les oiseaux ont payé un lourd tribut.

Début novembre, la tempête Ciaran a balayé la Bretagne. Avec des rafales dépassant les 150 km/h dans de nombreux endroits, les oiseaux n’ont pas été épargnés. La semaine du 1er novembre, la Station LPO1 de l’Île-Grande, à Pleumeur-Bodou dans les Côtes-d’Armor, a enregistré plus de 100 appels. « D’habitude, on tourne autour de 40, on a vraiment senti un effet tempête », souligne Romain Morinière, le directeur du site.

Au total, vingt-trois animaux ont été accueillis au centre de soin de la station, certains très affaiblis, d’autres victimes de fractures. Parmi eux, une majorité d’océanites, de petits oiseaux pélagiques2 particulièrement vulnérables face à la fureur des éléments. Car quand vient la tempête, tous nos amis à plumes ne peuvent pas s’abriter. À terre, certaines espèces se cachent parfois dans des cavités ou des nichoirs mais pour les oiseaux marins, l’épreuve est plus rude. « Ils ne se rendent sur le continent que pour nicher, explique Romain Morinière. Pendant les tempêtes ils sont obligés de faire face au vent ou tentent de se poser sur les vagues, ce qui les épuise. » Dans un communiqué, la LPO estime que pour un oiseau récupéré, dix sont morts sans être trouvés. Après le passage de Ciaran, de nombreux cadavres de cormorans, mouettes et goélands ont été découverts empêtrés dans des arbres déracinés, et des oiseaux de haute mer ont été projetés à l’intérieur des terres, où ils sont incapables de se nourrir.

Un parcours de soin


Lorsque les animaux sont signalés, la LPO peut les prendre en charge grâce à des bénévoles et des cliniques vétérinaires partenaires. Certaines vies sont ainsi sauvées. Après un parcours de soin très suivi, l’objectif est de relâcher l’animal dans la nature. « Nous sommes un hôpital pour la faune sauvage », résume Romain Morinière, qui exhorte aujourd’hui chacun à faire diagnostiquer un arbre avant une coupe préventive : « Avec tous ceux qui sont déjà tombés, beaucoup d’habitats pour les oiseaux et les insectes ont été détruits, ce serait dommage de supprimer inutilement ceux qui résistent. »

VIIOLETTE VAULOUP

1. Ligue pour la protection des oiseaux
2. Qui vient en haute mer

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Le Covid-19 infecte aussi les testicules

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N° 414 - Publié le 30 novembre 2023
@ PRODUCTION PERIG / ADOBE STOCK

C’est bien connu, le virus du Covid-19 infecte les poumons, mais aussi les reins, les intestins… et même les testicules ! En octobre, l’équipe Urgent de l’Irset1, à Rennes, a publié les résultats d'un travail amorcé en 2020, lorsqu’une étude chinoise met en évidence la présence du SARS-CoV-2 dans du sperme. « Dans le même temps on observait que le taux de testostérone diminuait chez les patients infectés. Nous savions aussi que les récepteurs du virus étaient très présents dans cet organe », se souvient Nathalie Dejucq-Rainsford, qui dirige l’équipe. Grâce à une culture de testicule humain, ces spécialistes de l’appareil uro-génital montrent que le virus se réplique dans plusieurs cellules testiculaires, sans toutefois altérer le fonctionnement de l’organe. La baisse du taux de testostérone serait plutôt à attribuer à l’inflammation globale causée par la maladie. De plus, l’infection du testicule finit par s’éteindre toute seule. L’étude de l’Irset est donc rassurante et permet « d’écarter l’idée que le testicule serait un réservoir du virus », souligne la biologiste.

VIIOLETTE VAULOUP

1. Institut de recherche en santé, environnement et travail.

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Le smartphone : un outil essentiel pour les enfants placés ?

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N° 414 - Publié le 30 novembre 2023
@ DIMA BERLIN / ADOBE STOCK

Les applications intégrées dans nos téléphones ont bouleversé les manières de communiquer et offrent aujourd’hui aux familles séparées la possibilité de garder contact.

En France, plus de la moitié des enfants âgés de 7 à 14 ans possèdent un téléphone portable, dont l’utilisation suscite parfois l’inquiétude des adultes. Une loi a même été adoptée cette année pour obliger les réseaux sociaux à refuser l’inscription à leurs services des mineurs de moins de 15 ans, en l’absence d’accord parental. Mais en changeant de focale, les smartphones s’avèrent utiles pour d’autres usages, comme le maintien du lien familial, notamment dans le cadre des mesures de placement de mineurs. « Dans ces situations, les parents sont disqualifiés par la collectivité mais l’enfant a le choix d'entretenir la relation », explique Émilie Potin, maîtresse de conférences en sociologie à l’Université Rennes 2 et spécialisée dans la protection de l’enfance.

Échanger sur le quotidien


À travers la coordination d’un programme de recherche1, la sociologue a constaté la mobilisation de cet outil en complément de mesures plus classiques : « Avec les droits de visites traditionnels, les liens sont en suspens entre les rencontres, tandis que les échanges réguliers par téléphone ouvrent la possibilité de nourrir la relation différemment », remarque-t-elle. Mêmes avantages pour garder contact entre membres d’une fratrie séparée. « Cela permet d’échanger sur le quotidien, les plus grands pouvant par exemple vérifier ce qu’il se passe à l’école pour leurs frères et sœurs », poursuit la co-autrice de l’ouvrage Le smartphone des enfants placés2.

Surveiller les usages


Lors de mesures de placement, ce sont les parents qui se voient attribués des droits de visites, d’hébergement et de correspondance. Avec le smartphone, le mineur peut lui-même faire valoir un droit de communication, même s’il est encore peu encadré. « Le juge statue rarement sur cette correspondance numérique, sauf dans des cas d’interdiction de lien sur des faits graves comme des actes incestueux », reconnaît Émilie Potin. L’enfant gère donc ses échanges en choisissant ses interlocuteurs et le moyen de communication, tout en gardant la possibilité de bloquer la personne se trouvant de l’autre côté de l’écran. Cependant, « le smartphone et ses usages juvéniles suscitent chez les adultes de nombreuses inquiétudes, remarque la sociologue. Cet instrument modifie la gestion des relations dans le placement en écartant les professionnels et en donnant plus d’autonomie aux mineurs. Reste donc à repenser les manières d’accompagner pour ne pas sur-responsabiliser les plus jeunes et intégrer ces outils en faveur d’un réseau de liens solides et durables », suggère-t-elle.

NOLANE LANGLOIS

1. Soutenu par l’Observatoire national de la protection de l’enfance et la Mission de recherche droit et justice, il s’est achevé en 2018.
2. Publié aux Éditions Érès (2020).

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Des images trompeuses sur les paquets de couches

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N° 414 - Publié le 30 novembre 2023
@ CANDY1812 / ADOBE STOCK

Comment bien coucher les bébés pour limiter au maximum les risques de mort subite du nourrisson¹ (MSN) ?

En tout cas, pas comme le dépeignent une grande partie des images sur les paquets de couches vendus en Europe. Dans une étude publiée fin octobre dans The Journal of Pediatrics, une équipe internationale de chercheurs montre qu’un nombre très élevé de visuels est non conforme aux recommandations de couchage. 45 % des paquets avec une image d’enfant endormi le représentent en position ventrale ou latérale, alors que « depuis les années 1990, ce type de pratique a été identifié comme facteur de risque majeur du syndrome de mort inattendue du nourrisson », explique Sophie de Visme, co-autrice de l’étude et ingénieure en analyse de données épidémiologiques à l’Inserm2, à Nantes. Le couchage dans un environnement mou (avec un oreiller, par exemple) ou dans un lit partagé (parents, autre enfant) est également fortement déconseillé.

Toujours sur le dos


« Il y a une idée selon laquelle il existerait une “mode” dans les recommandations de couchage, ce qui n’est pas le cas, indique par ailleurs la chercheuse. Ces images non conformes entretiennent le flou autour des bonnes pratiques. »
Elle rappelle que la MSN, qui provoque entre 250 et 350 décès par an, est la première cause de mortalité infantile évitable en France. Puisqu’il est démontré que « les images ont une influence sur les comportements des parents », les scientifiques ont lancé une pétition à destination des législateurs pour que les bébés soient tous représentés couchés en conformité avec les recommandations internationales.

ANNA SARDIN

1. Mort inattendue d’un nourrisson de moins d’un an alors qu’il est en bonne santé, et qui demeure inexpliquée après enquête.
2. Institut national de la santé et de la recherche médicale.

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Le retour des poissons dans la Sélune

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N° 414 - Publié le 30 novembre 2023
© OBSERVATOIRE PHOTOGRAPHIQUE DES PAYSAGES DE LA SÉLUNE - UNIVERSITE PARIS NANTERRE ET SMBS

 

Bonne nouvelle, les poissons migrateurs remontent de nouveau la Sélune depuis le démantèlement de deux barrages, le dernier ayant été retiré fin 2022. Une équipe d’une soixantaine de scientifiques, notamment bretons, étudie depuis 2012 via le programme Sélune la restauration de ce fleuve normand. « On retrouve déjà l’anguille européenne et des frayères1 de lamproies dans différents secteurs en amont des anciens barrages, ainsi que de jeunes saumons atlantiques. C’est la preuve que les poissons arrivent à recoloniser ces milieux et à se reproduire », remarque Laura Soissons, ingénieure de recherche à l’Inrae2 à Rennes et coordinatrice du projet. L’état du fleuve s’est également amélioré après la disparition des lacs de retenue. « L’eau à l’aval des barrages s’est rafraichie de deux degrés et s’est enrichie en oxygène. De nombreux invertébrés sensibles aux polluants, comme les éphémères et les plécoptères, sont également de retour », indique la chercheuse. Le suivi de la restauration du fleuve doit se prolonger au moins jusqu’en 2027, en gardant en tête l’effet d’autres facteurs comme le changement climatique.

NOLANE LANGLOIS

1. Lieux où se reproduisent les poissons.
2. Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement.

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Offrir une seconde vie aux navires

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N° 414 - Publié le 30 novembre 2023
@ SVED OLIVER / ADOBE STOCK

 

Chaque année, plus de deux cents navires sous pavillon européen arrivent en fin de vie et sont pour la plupart démantelés en Asie. Le projet CargoMorphose, incubé à l'Enstartup de l’Ensta1 Bretagne en partenariat avec le pôle Mer Bretagne Atlantique, leur donne une seconde vie. L'objectif est de recycler les navires marchands pour le secteur du bâtiment et des travaux publics. Une fois dépollués, les réservoirs vidangés, les batteries écartées, les bateaux sont démontés et les pièces en acier réutilisées presque à l'état brut. « Nous ne souhaitons pas remplacer le béton ou le métal existant, mais ajouter une offre de matériaux au domaine du BTP », détaille Jacques Spiegelstein, le porteur du projet CargoMorphose. Il ambitionne la création d'une nouvelle filière industrielle de recyclage. Les pièces ne sont-elles pas trop abîmées par la mer ? « Elles subissent les forces de la compression, de la torsion... qui sont largement supérieures aux forces appliquées dans le BTP », répond Jacques Spiegelstein.

MAUD CADORET

1. École nationale supérieure de techniques avancées.

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Climat : effets en cascade aux pôles

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N° 414 - Publié le 30 novembre 2023
© © JAN JOHAN TER POORTEN

 

Les larves du bivalve1 polaire Hiatella arctica, proie de nombreux animaux, survivent mal face au réchauffement climatique. C’est ce qu’a démontré une équipe internationale impliquant des scientifiques du Lemar2 à Brest. En milieu polaire, la ponte des invertébrés est bien souvent synchronisée avec le développement du phytoplancton, source de nourriture larvaire. Le problème, c’est que le réchauffement climatique entraîne une fonte accélérée de la calotte glaciaire, et donc un apport majoré d’eau douce au sein des eaux côtières polaires. Cette modification des eaux marines perturbe la période de croissance du plancton, et provoque un décalage entre ponte larvaire et développement planctonique. L’étude a permis d’établir que les larves de Hiatella arctica les plus proches de ces nouveaux apports en eau présentent une croissance plus faible que la normale. Or, le déclin de ce bivalve engendrerait des effets en cascade, aux conséquences dévastatrices pour les chaînes alimentaires polaires.

CHARLES PAILLET

1. Mollusque à coquille composée de deux valves (huître, moule, palourde…).
2. Laboratoire des sciences de l’environnement marin.

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Dans les coulisses de l’exposition « La mer c'est classe ! »

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N° 414 - Publié le 30 novembre 2023
@ CLASMER
Les classes de mer ont vu le jour en 1964 sur le littoral breton.

Jusqu’au 14 décembre, une exposition brestoise revient sur l’histoire et les bienfaits des séjours pédagogiques en bord de mer, nés dans le Finistère il y a près de 60 ans.

Difficile de croire, quand on voit ces enfants en bottes sur la plage, qu’ils sont à l’école. C’est pourtant le principe des classes de mer, initiées en 1964 par Jacques Kerhoas, enseignant finistérien. Depuis, des milliers d’enfants de toute la France ont découvert, le temps de quelques semaines, le littoral breton, ses paysages, sa biodiversité et ses légendes. De 2017 à 2022, ces classes de mer ont fait l’objet d’un projet de recherche intitulé Clasmer et piloté par Emmanuelle Peyvel, maître de conférences agrégée de géographie à l’UBO1. L’exposition « La mer c'est classe ! », installée à la salle des Abords à Brest, revient sur les conclusions de cette étude qui s’est déclinée en trois axes.

La parole des enfants


« La première étape a été de rassembler des archives des classes de mer pour reconstituer leur histoire », commence la chercheuse. Photos, reportages télévisés, lettres, documents administratifs des centres d’accueil… Un corpus riche rassemblé pour l’étude, puis confié à quatre étudiantes du master Patrimoine et musée de l’UBO à Quimper pour être mis en valeur dans l’exposition.

Le deuxième axe était consacré aux classes de mer d’aujourd’hui, en mettant en valeur les expériences des enfants. « Leur parole est importante, ils sont les premiers concernés », rappelle Emmanuelle Peyvel avant d’ajouter que « les enfants reconnaissent apprendre différemment » lors de ces séjours. Au-delà des savoirs académiques, ils acquièrent en effet des compétences techniques comme la navigation ou la pêche à pied, tout en expérimentant l’autonomie et le vivre ensemble.

Des séjours plus courts


L’équipe scientifique de Clasmer a également mené des entretiens auprès des professeurs, des directeurs de centres et des professionnels du tourisme pour mieux comprendre l’évolution économique et politique de ces classes de mer. Premier constat : en soixante ans, leur nombre et leur durée ont diminué. « Nous sommes passés de classes transplantées de trois semaines à des séjours de sept jours maximum », note la géographe. Et les enfants viennent de moins loin. Aujourd'hui, 40 % d'entre eux viennent de la Bretagne et des alentours. « Depuis les années 1960, les coûts liés au transport ou à l’hébergement ont augmenté ; les professeurs doivent se battre pour obtenir des financements… et les réglementations concernant la sécurité sont devenues plus strictes », relève Emmanuelle Peyvel. L’apprentissage de compétences nautiques a également laissé place à un nouveau panel de thématiques, allant jusqu’au teambuilding2 de classes. Une chose n’a cependant pas changé : la découverte de l’environnement et du grand air ! Cet axe principal est d’ailleurs la trame de l’exposition présentée au grand public jusqu’au 14 décembre.

Sensibiliser les professeurs


« L’idée était de créer une exposition itinérante à travers la Bretagne », explique Julien Fuchs, commissaire scientifique de l’événement. Pour cela, trois étudiantes du master Design en transition de l'EESAB3 de Brest ont collaboré avec les chercheurs de Clasmer. Elles ont conçu des modules en matériaux recyclés, sans plastique, ainsi que dix-huit panneaux explicatifs au texte imprimé avec de l’encre végétale. Ce mobilier repliable, en plus d'être écologique, rappelle l'esprit authentique des classes de mer.
« Le public qui découvre l’exposition est assez nostalgique, témoigne Julien Fuchs au lendemain du vernissage qui a eu lieu début novembre à Brest. Il faut continuer de sensibiliser les professeurs au sujet de ces séjours ». Car, comme le disait Jacques Kerhoas, « que la mer soit ou non son destin, l’enfant ne peut ignorer ce qui fait l’essentiel de sa planète ».

SOPHIE PODEVIN

1. Université de Bretagne Occidentale.
2. Activités pour favoriser la cohésion d’équipe.
3. École européenne supérieure d'art de Bretagne.

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