À Notre-Dame de Paris, les chercheurs à l’épreuve de la reconstruction

Grand angle

N° 413 - Publié le 26 octobre 2023
C2RMF / ALEXIS KOMENDA - CC BY-SA 4.0 / GODEFROYPARIS
Le 15 avril 2019, la première alerte incendie est donnée à 18h23. Le feu ne sera totalement éteint que le lendemain, peu avant 10h.

Près de cinq ans après l’incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris, la reconstruction progresse, tout comme la recherche sur les vestiges et la mémoire de la cathédrale. Mais comment ces deux chantiers hors normes s’articulent-ils ?

Le 15 avril 2019, Notre-Dame de Paris prend feu. Sous les yeux ahuris des Parisiens, les flammes dévorent la flèche. Le chef d’œuvre d’architecture conçu par Viollet-le-Duc se consume sur les écrans du monde entier. Un peu avant 20 h, la structure oscille dangereusement avant de s’effondrer. Quatre ans et demi plus tard, son ossature en bois s’apprête à poindre à nouveau dans le ciel de Paris.

En moins de cinq heures, le feu emporte avec lui l’intégralité de la charpente et de la toiture en plomb qui, en s’écroulant, détruisent une partie des voûtes. Au lendemain de l’incendie, une étrange scène se joue dans la cathédrale éventrée. Des scientifiques s’affairent près des monticules de débris de pierre, de charpente, de toiture et de vitraux qui ont envahi la croisée du transept. Ce ne sont pas des gravats à évacuer mais bien des vestiges, certains vieux de 800 ans, qu’il s’agit de trier et de préserver pour étude. Mais pour l’instant, l’heure est à l’urgence. En France et ailleurs, le chagrin a succédé à la sidération. Car Notre-Dame n’est pas une cathédrale comme les autres.

«Son exceptionnalité tient autant à sa position dans l’Histoire qu’au roman de Victor Hugo et à la façon dont la culture populaire s’en est emparée », analyse Sylvie Sagnes, anthropologue CNRS à Carcassonne, spécialiste des émotions qui gravitent autour de Notre-Dame. « Avec l’incendie, c’est l’histoire de chacun qui a été touchée. Quand les gens nous parlent de la cathédrale, ils évoquent souvent des souvenirs ; ils ont un lien intime avec elle », observe la chercheuse.

analyse scène notre dame
© C2RMF / ALEXIS KOMENDA - CC BY-SA 4.0 / GODEFROYPARIS
Numérotation et photographie des bois calcinés recueillis par les cordistes sur les extrados des voûtes et déposés sur le plancher provisoire au sommet de la cathédrale.


Entre drame et opportunité

 

Probablement débutée en 1163, la construction marque le début d’une révolution architecturale caractérisée par un changement d’échelle. « Notre-Dame a été un formidable laboratoire de l’architecture gothique », résume Pascal Prunet, architecte en chef des monuments historiques, en charge de la reconstruction. Traduction : un gigantesque terrain de jeu pour les scientifiques, qui, à la suite de l’incendie, a pris la forme d’un chantier de recherche rassemblant 200 chercheurs1, le tout coordonné par le CNRS et le ministère de la Culture.

« C’est un drame qui nous a apporté une opportunité énorme », résume Jean-Yves Hunot, archéologue au Creaah2, à Rennes. Sa consœur palynologue3, Chantal Leroyer, abonde : « D’un point de vue méthodologique c’est exceptionnel. » Au total, 10 000 morceaux de bois et 300 palettes de fragments de voûtes ont été extraits des décombres. « La masse de données est colossale et des dizaines de scientifiques travaillent sur les mêmes éléments, ce qui permet de comparer les résultats. » Sans compter que pour la première fois, des échafaudages tapissent les murs, « donc pour la première fois nous avons l’œil partout », s’émerveille Jean-Yves Hunot. Une chance, au milieu du drame, de percer les secrets de la Vieille Dame, dont on ignore encore beaucoup.

« Nous avons tout de suite compris l’intérêt du travail des chercheurs », assure Jonathan Truillet, directeur adjoint des opérations de Rebâtir Notre-Dame de Paris (RNDP), l’établissement public en charge de la reconstruction. RNDP a ainsi loué un immense centre de stockage des vestiges et soutenu financièrement certains projets, comme l’étude physico-chimique de pierres retrouvées après l’incendie pour trouver des carrières compatibles. « On a voulu créer une dynamique pour que le temps de la recherche se comprime, que les résultats ne nous arrivent pas dans dix ans », poursuit Jonathan Truillet. Mais la recherche n’a pas toujours des applications concrètes et immédiates. Magali Toriti, anthracologue4 et en-tomologiste5 au Creaah à Rennes, évalue par exemple l’état de santé de la charpente avant l’incendie en repérant des galeries d’insectes dans les poutres carbonisées. « Cela nous donne des indications sur les parties fragilisées par l’humidité », explique la chercheuse. Chantal Leroyer, elle, étudie les pollens pour reconstituer le paysage à l’époque de la construction. Des travaux indirectement reliés à ceux de Jean-Yves Hunot. « Connaître la climatologie du 12e et du 13e siècles nous aide à comprendre l’économie de l’époque. Si le climat est propice à l’agriculture, les recettes de l’Église - qui possède des terres - augmentent, ce qui est favorable à l’érection de cathédrales », chemine l’archéologue, qui cherche à reconstituer le scénario de la construction de la charpente, montée en plusieurs fois, avec des intervalles parfois distants de dizaines d’années. S’agit-il d’une réparation ? D’une pause pour raisons économiques ? Ou tout autre chose ?

toît notre dame
© C2RMF / ALEXIS KOMENDA - CC BY-SA 4.0 / GODEFROYPARIS
Emplacement de l’effondrement de la voûte de la coisée de la cathédrale, quelques semaines après l’incendie du 15 avril 2019.


Deux mondes parallèles

 

Ces questions ont beau éclairer d’un nouveau jour l’histoire de la cathédrale, elles ne sont pas essentielles à la reconstruction et illustrent les divergences entre recherche et maîtrise d’ouvrage. « Ce sont deux mondes parallèles, regrette Jean-Yves Hunot. Pour que nos travaux nourrissent la reconstruction, il aurait fallu qu’elle arrive plus tard. » Force est de constater que les différentes temporalités ont entravé la coopération. « J’ai rêvé d’un chantier synergique, mais hormis le travail avec le LRMH6, l’apport scientifique s’est limité à quelques conseils ponctuels. La restauration-reconstruction a été réalisée sans les chercheurs. Il a fallu presque deux ans pour que les projets de recherche soient lancés. Nous avions déjà enclenché la reconstruction, déplore Pascal Prunet, qui ignore s’il aurait pu en être autrement. Les blessures de cet édifice l’ont terriblement fragilisé en l’exposant à un contexte climatique qui menaçait sa conservation. On peut les comparer à une hémorragie qu’il était urgent de stopper. »

Violette Vauloup

1. Répartis en neuf groupes de travail : acoustique, bois et charpente, émotions et mobilisations, métal, numérique, structures, pierre, décor monumental, verre.
2. Centre de recherche en archéologie, archéosciences, histoire, dont les chercheurs sont mobilisés dans le cadre du projet ANR Casimodo.
3. Spécialiste de l’étude des pollens et des spores.
4. Spécialiste des charbons de bois.
5. Spécialiste des insectes.
6. Laboratoire de recherche des monuments historiques.

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Péplums : quand le cinéma éclaire l’histoire politique

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N° 413 - Publié le 26 octobre 2023
L'éruption du Vésuve par Pierre-Henri de Valenciennes (1813).

À Rennes, des chercheurs utilisent le cinéma pour déconstruire la fascination autour de la catastrophe qui a détruit Pompéi ou encore l’héroïsation des premiers chrétiens.

Un groupe d’étudiantes traverse la gare et se presse au cinéma. Quelques minutes plus tard, l’écran se couvre de décors antiques. Au loin, le Vésuve gronde. Nous sommes en 79, à Pompéi. À l’initiative d’Anne Gangloff, enseignante-chercheuse en histoire ancienne à l’Université Rennes 2, le cinéma Arvor projette Les derniers jours de Pompéi, un péplum franco-italien réalisé par Marcel L’Herbier en 1950, suivi d’un échange avec des historiens.

Malgré de beaux anachronismes et quelques fantaisies, le péplum de Marcel L’Herbier attise la curiosité des spectateurs. En sortie de salle, les questions ne manquent pas, autant sur le statut des esclaves que le déroulement des procès dans la société romaine ou encore à propos de l’éruption du Vésuve. L’occasion pour les chercheurs de revenir sur les erreurs et fidélités du film vis-à-vis de la réalité. « La lumière que les personnages voient à la fin du film peut être perçue comme une allusion à leur future conversion au christianisme, mais d’un point de vue scientifique c’est n’importe quoi : le nuage de cendres dégagé par l’éruption a obscurci le ciel pendant plusieurs jours », souligne par exemple Candice Greggi-Badel, chargée de cours en histoire ancienne à l’Université Rennes 2.

La fabrique des héros


« Dans le film, Pompéi est dépeinte comme la nouvelle Sodome, rongée par une aristocratie décadente et corrompue », analyse de son côté Anne Gangloff. Et ce n’est pas un choix anodin. Le péplum prend ainsi le contrepied de la propagande mussolinienne, qui fantasmait la Rome antique et s’en servait pour imposer un modèle d’identité basé sur l’ordre. « Les références à l’Empire romain étaient en effet une clé de voûte de l’idéologie fasciste », précise la chercheuse, qui profite de la projection pour aborder la question de la fabrique des héros au cinéma. Dans le film, c’est la figure des premiers chrétiens qui est la plus héroïsée. Là non plus, ce n’est pas un hasard puisque le film a été en partie financé par le Parti démocrate chrétien italien, lui-même résolument antifasciste. La boucle est bouclée.

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D’une découverte fortuite à un potentiel vaccin

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N° 413 - Publié le 26 octobre 2023
© CC BY-SA 4.0 - PIETER-PAUL G

Extrêmement résistant et presque toujours mortel, le virus de la peste porcine africaine (PPA) touche les porcs comme les sangliers. S’il a pour l’instant épargné le territoire français, « la menace est clairement forte », se méfie Olivier Bourry, responsable adjoint du Laboratoire national de référence sur la peste porcine africaine, à l’Anses1, à Ploufragan (Côtes-d’Armor). Car depuis quelques années, des foyers sont repérés à quelques kilomètres de nos frontières. Les élevages d’Europe de l’Ouest2 sont bien protégés contre le virus, beaucoup plus difficile à gérer dans la faune sauvage, où la solution pourrait prendre la forme d’un vaccin. Les équipes bretonnes de l’Anses viennent d’entrer dans la dernière phase de test3 d’un produit découvert de manière fortuite en 2019. « En préparant du virus inactivé de la PPA pour des outils de diagnostic, nous nous sommes rendu compte que l’on avait créé un potentiel vaccin », se souvient Olivier Bourry avant d’ajouter qu’à terme, « on pourrait vacciner les porcs dans les pays où le virus circule, mais aussi les sangliers via des appâts. »

Violette Vauloup

1. Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail.
2. Dans lesquels les porcs sont élevés en bâtiment et non en basse-cour.
3. Qui devrait durer jusqu’en 2024.

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La renaissance des sols calcinés

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N° 413 - Publié le 26 octobre 2023
© JOSE DURFORT
La funaire hygrométrique est l'une des premières plantes à pousser sur les sols brûlés.

 

Plus d’un an s’est écoulé depuis les incendies de l’été 2022 et la nature commence à reprendre ses droits. De la forêt de Brocéliande aux monts d’Arrée, un étrange tapis rouge recouvre par endroits les sols calcinés. Il s’agit d’une mousse particulièrement adaptée aux sols cendreux chargés en éléments nutritifs : la funaire hygrométrique. « Après avoir donné naissance à de nouvelles pousses, elle passe du vert au brun-orangé », explique José Durfort, botaniste et spécialiste des mousses, qui a repéré les premières funaires seulement deux mois après les incendies. « Elle s’est installée grâce à des spores enfouies dans le sol ou charriées par le vent. Cette mousse fait partie de ces espèces pionnières, qui s’installent sur les terrains nus », poursuit le scientifique. À mesure que les sols se repeuplent, elle est toutefois amenée à disparaître. Elle a joué son rôle en recolonisant les sols, « et en mourant elle apporte un peu de matière organique au sol appauvri par l’incendie, préparant ainsi le terrain à d’autres plantes. » Formidable illustration de la résilience de la nature.

Violette Vauloup

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Une carte dynamique qui indique les zones planctoniques

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N° 413 - Publié le 26 octobre 2023
© CHRISTIAN SARDET / TARA OCEANS / PLANKTON CHRONICLES / CNRS IMAGES

 

Dans l’océan, le plancton est un puits de carbone essentiel encore peu connu et mal compris. L’étude des gènes appartenant aux différentes espèces qui le composent permet de prédire la quantité de carbone que chacune peut emprisonner. Mais ce n’est pas tout ! Leur diversité génétique est également visible grâce à la couleur de l’eau, observable depuis le ciel. « Partant de ce constat, nous développons à travers le projet Plankt’Eco1 une intelligence artificielle capable de combiner les données génomiques2 récupérées par des expéditions Tara à des observations satellitaires », raconte Damien Eveillard, chercheur au laboratoire des sciences numériques de Nantes. Le but ? Créer une carte dynamique montrant les zones planctoniques d’intérêt pour le climat, à destination des décideurs politiques. « Nous travaillons également avec des collègues spécialisés en droit car il va falloir repenser la législation pour protéger ces aires marines qui sont mouvantes », souligne le chercheur.

Nolane Langlois

1. Programme de recherche piloté par Tara Océan, débuté en 2023.
2. Issues de l’analyse des échantillons de plancton, elles regroupent un nombre colossal de séquences ADN.

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Et si la Révolution avait éclaté 80 ans plus tôt ?

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N° 413 - Publié le 26 octobre 2023
© Studio Sebert pour Artcurial
Antoine Watteau (1684-1721), La revanche des paysans

1709. Cela fait plusieurs années que la France est en guerre contre les principales puissances européennes. Les défaites s’enchaînent mais dans la nuit du 5 au 6 janvier, c’est une attaque d’un autre genre qui surprend les Français. Une vague de froid s’abat sur le pays. « Elle n’est ni inédite ni totalement exceptionnelle mais des phases de gel et de dégel se succèdent pendant deux mois, ruinant les récoltes », souligne Gauthier Aubert, professeur d’histoire moderne à l’Université Rennes 2 et auteur d’un livre récemment publié sur l’année 17091. « Les gens ont peur d’avoir faim, on recense 200 révoltes2 dont une menace de prendre la Bastille et des bruits de régicide se répandent », poursuit le chercheur. La même année, l’État frôle la banqueroute et Louis XIV disperse l’Abbaye de Port-Royal3, où l’on cultive un esprit un peu trop critique aux yeux du Roi. « La situation est presque pire qu’en 1789 », avance Gauthier Aubert. Finalement, le Royaume tangue mais tient bon, la Révolution n’éclatera que 80 ans plus tard.

Violette Vauloup

1. 1709. L’année où la Révolution n’a pas éclaté, Calype Editions, 2023.
2. C’est le plus grand nombre de révoltes entre 1661 et 1788.
3. L’abbaye est fermée et les religieuses dispersées dans toute la France.

gauthier.aubert [chez] univ-rennes2.fr (gauthier[dot]aubert[at]univ-rennes2[dot]fr)

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Surprendre le brame du cerf, « un jeu de patience »

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N° 413 - Publié le 26 octobre 2023
© VIOLETTE VAULOUP
Chaque année, le Cner organise des sorties pour tenter d'entendre le brame du cerf.

Dans la forêt de Paimpont, au début de l’automne, on peut entendre le cri du cerf en rut. Immersion au milieu des bruits de la nuit avec le Cercle naturaliste des étudiants rennais.

C’est une douce soirée d’octobre qui se profile dans la forêt de Paimpont. Au bord de l’étang du Pas du Houx, le silence semble total. Mais si l’on tend l’oreille, la forêt bruisse de partout. Un canard plonge. Une branche grince. Le vent agite les feuilles. Un moteur se rapproche. Cinq jeunes filles descendent d’une voiture pleine à craquer. Dans le coffre, des jumelles s’entassent entre les sacs à dos. Pauline y attrape le trépied d’une longue vue. L’étudiante en écologie de 20 ans organise ce soir la dernière sortie « brame du cerf » de l’année, rendez-vous très suivi du Cercle naturaliste des étudiants rennais (Cner).

Traduire les ultrasons


Chaque année, de mi-septembre à mi-octobre, l’association propose de passer la soirée dans la forêt pour entendre le fameux cri de l’animal en rut. C’est aussi l’occasion d’observer les oiseaux, chauves-souris et autres petits mammifères. « Parfois, on peut même voir des cerfs de l’autre côté de la rive », prévient Pauline en pointant la berge du doigt. Mais pour l’instant, il n’y a que les oiseaux qui se montrent. Jumelles aux yeux, les cinq étudiantes tentent de les reconnaître.
À mesure que la nuit tombe, les chauves-souris se font de plus en plus nombreuses. Pauline sort de son sac un boîtier qui émet de petits bruits. « Il capte les ultrasons des chauves-souris autour de nous et les traduit en sons que nous pouvons entendre », explique la jeune femme sous le regard impressionné du reste du groupe, qui ne tarde pas à s’assoir sur le bord du chemin. La nuit est désormais tombée. Les chouettes hululent et on entend le tic-tac d’une montre. « Ils sont timides ce soir », souffle Pauline. L’oreille attentive, le groupe parle peu, de peur de manquer le brame tant attendu. « C’est un jeu de patience », confie l’étudiante.

Rot, beuglement ou rugissement ?


Au début de l’automne, pendant la période de reproduction, les mâles quittent leur harde pour féconder des femelles. « Le brame leur permet de signaler leur présence – ce cri-là s’apparente à un rot – et à dissuader les autres mâles d’approcher. Il peut durer plusieurs secondes, on dirait un mélange de beuglement et rugissement », chuchote Pauline.
Dans le silence, chaque bruit devient assourdissant. Le groupe sursaute quand un ragondin plonge dans l’étang. Pauline braque une torche sur l’animal, bientôt rejoint par un de ses compères. « Ils sont mignons mais ravagent complètement les berges. Ils ont été importés d’Amérique au 19e siècle et sont devenus invasifs ». La nuit est calme. Un peu trop. Le cerf se fait désirer. Le groupe prend la route, direction un autre coin de la forêt, quelques kilomètres plus loin, près d’une grande plaine où certaines nuits, le brame résonne. Mais le cerf ne viendra pas ce soir. « Malheureusement, c’est un peu une question de chance aussi », sourit Pauline.

Violette Vauloup

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Un marathon numérique en faveur des océans

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N° 413 - Publié le 26 octobre 2023

 

Du 17 au 19 novembre, des volontaires tenteront de répondre aux enjeux cruciaux liés aux océans, à l'occasion du Ocean Hackathon – contraction de hack et marathon – à Brest. Porté par le Campus mondial de la mer1, ce concours d’innovation numérique vise à encourager le développement de solutions novatrices qui contribueront à la préservation des océans. L’événement, initié en 2016 à Brest, est désormais d'envergure internationale : cette année, 89 défis seront proposés au total dans le monde, dont huit dans la cité du Ponant.

Exploitation de données marines


Permettre la visualisation de données collectées à la voile, modéliser la dispersion de polluants, réduire les collisions entre navires et cétacés grâce à la cartographie… Ces défis sont proposés par diverses structures, telles que des « entreprises, agences de l’État, ou encore collectivités », détaille Jérémie Bazin, responsable du Campus mondial de la mer au Technopôle Brest-Iroise. « Ces structures ont identifié des problématiques en lien avec la préservation de l’environnement marin, et souhaitent y répondre via l’exploitation de données marines », poursuit l’organisateur. Le temps d’un week-end, le Campus mondial de la mer met ainsi des données maritimes à disposition de passionnés de la mer, scientifiques, informaticiens, juristes ou encore étudiants. Leur but : contribuer à un avenir plus durable des océans à travers cet appel à l’innovation.

Charles Paillet

1. Réseau d’acteurs spécialistes des sciences et technologies marines.

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N° 413 - Publié le 26 octobre 2023

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