Quand les poules avaient (beaucoup) de dents

Dinosaures, une histoire mouvementée

N° 413 - Publié le 26 octobre 2023

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Hydrogène blanc : fausse alerte en Bretagne ?

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N° 413 - Publié le 26 octobre 2023
© MALP / ADOBE STOCK

Un nouvel « or blanc » fait couler beaucoup d’encre depuis quelques mois. Alors que certains sont à sa recherche dans les sols bretons, l’hydrogène pourrait donner du fil à retordre aux plus enthousiastes.

Depuis quelques années, des entreprises sondent les sols de plusieurs régions du monde à la recherche de potentiels gisements d’hydrogène natif, aussi qualifié de naturel ou de « blanc ». Géologue de formation, Christophe Rigollet explore quant à lui le plancher du Finistère Nord pour sa société de consulting, CVA Group, à la recherche de sources de gaz souterraines. L’objectif : trouver une alternative propre et peu coûteuse aux énergies polluantes. « Aujourd’hui, le prix de l’hydrogène naturel tourne autour d’un dollar par kilo, c’est-à-dire cinq à six fois moins cher que lorsqu’il est produit par électrolyse de l’eau », souligne-t-il.

Un gaz à l’état sauvage

 

Le dihydrogène (H2), communément appelé hydrogène, est un gaz principalement utilisé comme vecteur énergétique1. Il est jugé prometteur car il n'émet pas de CO2 lorsqu'il est utilisé, contrairement aux hydrocarbures. La plupart du temps, il est produit de manière industrielle, à partir d’énergies fossiles et selon des procédés très polluants (il est alors qualifié de « noir » ou « gris »). Environ 5 % de la production française émane d’une autre méthode, l’électrolyse de l’eau. L’hydrogène est dit « vert » quand l’électricité utilisée pour cette technique est issue de sources renouvelables, et « jaune » si elle provient de centrales nucléaires.

Mais ces méthodes sont coûteuses, d’où l’intérêt d’extraire l’hydrogène directement du sol. « Ce gaz peut se former naturellement dans les roches du sous-sol à partir d’eau, explique Philippe Boulvais, enseignant-chercheur au laboratoire Géosciences Rennes. L’eau peut réagir avec des roches riches en fer, comme les péridotites2, ce qui produit une réaction d’oxydation du fer au cours de laquelle H2O est réduit en H2. Autre option, elle est en contact avec du matériel radioactif, et dans ce cas il y a radiolyse3 grâce à l’uranium. » Actuellement, un seul gisement d’H2 naturel est exploité dans le monde, dans le sud du Mali, où la géologie particulière du terrain a permis la création naturelle d’une réserve de gaz sous terre. Depuis l’ouverture du puits, en 2011, les recherches se sont multipliées partout dans le monde pour tenter de déceler ce gaz qui attire les convoitises… D’autant que l’Agence internationale de l’énergie présente l’hydrogène décarboné comme l’un des éléments importants du mix énergétique du futur.

Du H2 dans le sol breton ?

 

Dans certains recoins du plancher rocheux breton, Christophe Rigollet a d’ailleurs relevé des taux d’hydrogène anormalement élevés. Il prévient tout de même : « Il faut faire la différence entre un indice de surface et un gisement en profondeur. Il y a encore de nombreuses étapes à franchir avant d’envisager un forage d’exploration. » De son côté, Philippe Boulvais affirme que « les connaissances actuelles sur la géologie de la région suffisent pour conclure qu’il n’y a pas de contexte favorable à la formation ou à l’existence d’un gisement, seule condition pour que l’exploitation soit rentable ». Le chercheur confirme qu’il y a bien du H2 naturel dans les sols, mais que « les quantités de péridotites ou de roches suffisam-ment radioactives pour la radiolyse y sont infimes ». Peut-être pas de quoi retourner ciel et terre.

Anna Sardin

1. Forme transformée d'énergie qui permet de la véhiculer et de la stocker, comme l'électricité ou l'essence.
2. Roches du manteau supérieur terrestre.
3. Dissociation de l’eau (H2O) par des rayonnements ionisants.

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De la Bretagne au Mexique, ils imaginent le futur

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N° 413 - Publié le 26 octobre 2023
© LOW-TECH LAB
Caroline Pultz, près du bac où les deux explorateurs ont produit 15 kg de spiruline en quatre mois.

Pour prouver que l’on peut vivre mieux avec moins, deux explorateurs ont vécu en autonomie pendant quatre mois dans le désert. Une web-série sur la conception de leur projet s’apprête à sortir.

Ils se sont fait les cobayes d’une expérience plutôt surprenante : passer quatre mois dans le désert mexicain, à l’intérieur d’un cocon textile de 14 mètres de long. De janvier à avril 2023, Corentin de Chatelperron et Caroline Pultz ont vécu dans un écosystème créé de toutes pièces à partir de technologies, de savoir-faire et d’espèces rigoureusement sélectionnés aux quatre coins du globe. Un projet qui s’inscrit dans la suite logique des aventures de Corentin, fondateur du Low-tech Lab. Depuis 2013, l’association, basée à Concarneau (Finistère), a pour mission de découvrir des low-tech1, de les tester, les documenter et de diffuser gratuitement leur mode d’emploi. Au milieu du désert, les deux compères ont expérimenté un mode de vie qu’ils qualifient volontiers de « futuriste, loin d’un retour en arrière ».

41 % de terres arides

 

Il leur a fallu un an pour concevoir la biosphère. Une année retracée dans une web-série qui sera diffusée sur le site d’Arte dès le 16 novembre. Le documentaire les suit dans leur travail avec des nutritionnistes, des spécialistes du sport et de la santé, des cultivateurs et des ingénieurs. Car il a fallu trouver comment se nourrir, rester en bonne santé, gérer les déchets ou encore obtenir de l’eau douce… le tout dans le désert. « On a choisi une zone aride car ces espaces représentent aujourd’hui 41 % des terres émergées et sont en augmentation. Et puis les contraintes nous rendent créatifs », sourit Caroline. Au total, la biosphère a intégré une vingtaine de low-tech, comme le des salinisateur artisanal, la culture de spiruline2 ou l’eau douce qui coule en circuit fermé depuis la douche jusqu’aux bacs où poussent des plantes en hydroponie3. « Une partie de notre urine était injectée dans l’eau : l’ammoniaque se transformait en nitrate, un nutriment pour les plantes », explique Corentin. Et comme dans tout écosystème, les relations entre espèces ont joué un rôle majeur. Les toilettes sèches étaient dégradées par des larves de mouches soldats noires qui servaient ensuite de repas aux grillons, lesquels ont terminé dans l’estomac des deux explorateurs.

Un autre futur

 

Parce que l’expérience a suivi un protocole scientifique, tout était noté, du millilitre d’eau donné à une plante à la moindre feuille récoltée. Des données qui permettent aujourd'hui d’évaluer l’efficacité de la biosphère. Caroline et Corentin sont revenus en bonne santé, plus que jamais motivés par l’idée de diffuser un imaginaire désirable autour d’un futur low-tech. « Le futur que l’on nous vend, celui où l’on vit dans des mondes virtuels et où l’on colonise d’autres planètes ne nous fait pas rêver. Nous sommes persuadés qu’il existe une autre manière d’envisager l’avenir », conclut Caroline.

Violette Vauloup

1. Outils, techniques ou savoir-faire durables, accessibles et utiles.
2. Une algue très riche d’un point de vue nutritif.
3. La culture de plante hors-sol où les nutriments ne sont pas apportés par la terre.

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Chasse à la baleine : des extinctions dès le Moyen Âge ?

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N° 413 - Publié le 26 octobre 2023
© NOAA US. NATIONAL MARINE FISHERIES SERVICE
a. Baleine franche de l'Atlantique Nord - b. Baleine grise.

 

Fortement décriée de nos jours, la chasse à la baleine aurait eu des conséquences irréversibles plus tôt qu'on ne le pensait. Les Basques furent parmi les premiers à la pratiquer dans un but commercial, au 11e siècle. Cette pratique s’industrialisa aux quatre coins du globe dès le 19e siècle, mais il se pourrait qu’elle ait causé la disparition de certaines espèces au Moyen Âge. C’est l’hypothèse avancée par le chercheur norvégien Youri van den Hurk1, dans une étude qui vient de paraître. Pas moins de 700 ossements de baleines de l’Europe atlantique ont été rassemblés sur une période tout aussi impressionnante, s’étendant de 3 500 avant notre ère jusqu’au 18e siècle.

Analyse des os

 

« J’ai ressorti pour l’étude une vertèbre de baleine que j’ai découverte il y a 15 ans sur le site de Guéthary, dans le pays basque », raconte Brice Ephrem, chercheur au Creeah2 à Rennes qui a contribué à l’étude. Lors de l’analyse des os, c’est la surprise : de nombreux spécimens de baleine franche et de baleine grise sont identifiés, deux espèces qu’on ne retrouve plus dans l’Est de l’Atlantique Nord. Il faut dire que du-rant l’époque médiévale, les Basques, les Normands, les Anglo-Saxons ou encore les Scandinaves chas-saient ces cétacés. « On peut donc penser que cela a eu un effet direct sur ces populations de baleines et a peut-être même provoqué leur disparition dans cette partie de l’Atlantique », estime l’archéologue, qui nuance : « Il ne faut cependant pas exclure les conditions climatiques et environnementales. » Reste à déterminer pourquoi ces espèces auraient été ciblées, peut-être pour leur abondance ou pour la facilité à les chasser.

Nolane Langlois

1. Post-doctorant à l’Université norvégienne des sciences et de la technologie.
2. Centre de recherche en archéologie, archéosciences, histoire.

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À Notre-Dame de Paris, les chercheurs à l’épreuve de la reconstruction

Grand angle

N° 413 - Publié le 26 octobre 2023
C2RMF / ALEXIS KOMENDA - CC BY-SA 4.0 / GODEFROYPARIS
Le 15 avril 2019, la première alerte incendie est donnée à 18h23. Le feu ne sera totalement éteint que le lendemain, peu avant 10h.

Près de cinq ans après l’incendie qui a ravagé Notre-Dame de Paris, la reconstruction progresse, tout comme la recherche sur les vestiges et la mémoire de la cathédrale. Mais comment ces deux chantiers hors normes s’articulent-ils ?

Le 15 avril 2019, Notre-Dame de Paris prend feu. Sous les yeux ahuris des Parisiens, les flammes dévorent la flèche. Le chef d’œuvre d’architecture conçu par Viollet-le-Duc se consume sur les écrans du monde entier. Un peu avant 20 h, la structure oscille dangereusement avant de s’effondrer. Quatre ans et demi plus tard, son ossature en bois s’apprête à poindre à nouveau dans le ciel de Paris.

En moins de cinq heures, le feu emporte avec lui l’intégralité de la charpente et de la toiture en plomb qui, en s’écroulant, détruisent une partie des voûtes. Au lendemain de l’incendie, une étrange scène se joue dans la cathédrale éventrée. Des scientifiques s’affairent près des monticules de débris de pierre, de charpente, de toiture et de vitraux qui ont envahi la croisée du transept. Ce ne sont pas des gravats à évacuer mais bien des vestiges, certains vieux de 800 ans, qu’il s’agit de trier et de préserver pour étude. Mais pour l’instant, l’heure est à l’urgence. En France et ailleurs, le chagrin a succédé à la sidération. Car Notre-Dame n’est pas une cathédrale comme les autres.

«Son exceptionnalité tient autant à sa position dans l’Histoire qu’au roman de Victor Hugo et à la façon dont la culture populaire s’en est emparée », analyse Sylvie Sagnes, anthropologue CNRS à Carcassonne, spécialiste des émotions qui gravitent autour de Notre-Dame. « Avec l’incendie, c’est l’histoire de chacun qui a été touchée. Quand les gens nous parlent de la cathédrale, ils évoquent souvent des souvenirs ; ils ont un lien intime avec elle », observe la chercheuse.

analyse scène notre dame
© C2RMF / ALEXIS KOMENDA - CC BY-SA 4.0 / GODEFROYPARIS
Numérotation et photographie des bois calcinés recueillis par les cordistes sur les extrados des voûtes et déposés sur le plancher provisoire au sommet de la cathédrale.


Entre drame et opportunité

 

Probablement débutée en 1163, la construction marque le début d’une révolution architecturale caractérisée par un changement d’échelle. « Notre-Dame a été un formidable laboratoire de l’architecture gothique », résume Pascal Prunet, architecte en chef des monuments historiques, en charge de la reconstruction. Traduction : un gigantesque terrain de jeu pour les scientifiques, qui, à la suite de l’incendie, a pris la forme d’un chantier de recherche rassemblant 200 chercheurs1, le tout coordonné par le CNRS et le ministère de la Culture.

« C’est un drame qui nous a apporté une opportunité énorme », résume Jean-Yves Hunot, archéologue au Creaah2, à Rennes. Sa consœur palynologue3, Chantal Leroyer, abonde : « D’un point de vue méthodologique c’est exceptionnel. » Au total, 10 000 morceaux de bois et 300 palettes de fragments de voûtes ont été extraits des décombres. « La masse de données est colossale et des dizaines de scientifiques travaillent sur les mêmes éléments, ce qui permet de comparer les résultats. » Sans compter que pour la première fois, des échafaudages tapissent les murs, « donc pour la première fois nous avons l’œil partout », s’émerveille Jean-Yves Hunot. Une chance, au milieu du drame, de percer les secrets de la Vieille Dame, dont on ignore encore beaucoup.

« Nous avons tout de suite compris l’intérêt du travail des chercheurs », assure Jonathan Truillet, directeur adjoint des opérations de Rebâtir Notre-Dame de Paris (RNDP), l’établissement public en charge de la reconstruction. RNDP a ainsi loué un immense centre de stockage des vestiges et soutenu financièrement certains projets, comme l’étude physico-chimique de pierres retrouvées après l’incendie pour trouver des carrières compatibles. « On a voulu créer une dynamique pour que le temps de la recherche se comprime, que les résultats ne nous arrivent pas dans dix ans », poursuit Jonathan Truillet. Mais la recherche n’a pas toujours des applications concrètes et immédiates. Magali Toriti, anthracologue4 et en-tomologiste5 au Creaah à Rennes, évalue par exemple l’état de santé de la charpente avant l’incendie en repérant des galeries d’insectes dans les poutres carbonisées. « Cela nous donne des indications sur les parties fragilisées par l’humidité », explique la chercheuse. Chantal Leroyer, elle, étudie les pollens pour reconstituer le paysage à l’époque de la construction. Des travaux indirectement reliés à ceux de Jean-Yves Hunot. « Connaître la climatologie du 12e et du 13e siècles nous aide à comprendre l’économie de l’époque. Si le climat est propice à l’agriculture, les recettes de l’Église - qui possède des terres - augmentent, ce qui est favorable à l’érection de cathédrales », chemine l’archéologue, qui cherche à reconstituer le scénario de la construction de la charpente, montée en plusieurs fois, avec des intervalles parfois distants de dizaines d’années. S’agit-il d’une réparation ? D’une pause pour raisons économiques ? Ou tout autre chose ?

toît notre dame
© C2RMF / ALEXIS KOMENDA - CC BY-SA 4.0 / GODEFROYPARIS
Emplacement de l’effondrement de la voûte de la coisée de la cathédrale, quelques semaines après l’incendie du 15 avril 2019.


Deux mondes parallèles

 

Ces questions ont beau éclairer d’un nouveau jour l’histoire de la cathédrale, elles ne sont pas essentielles à la reconstruction et illustrent les divergences entre recherche et maîtrise d’ouvrage. « Ce sont deux mondes parallèles, regrette Jean-Yves Hunot. Pour que nos travaux nourrissent la reconstruction, il aurait fallu qu’elle arrive plus tard. » Force est de constater que les différentes temporalités ont entravé la coopération. « J’ai rêvé d’un chantier synergique, mais hormis le travail avec le LRMH6, l’apport scientifique s’est limité à quelques conseils ponctuels. La restauration-reconstruction a été réalisée sans les chercheurs. Il a fallu presque deux ans pour que les projets de recherche soient lancés. Nous avions déjà enclenché la reconstruction, déplore Pascal Prunet, qui ignore s’il aurait pu en être autrement. Les blessures de cet édifice l’ont terriblement fragilisé en l’exposant à un contexte climatique qui menaçait sa conservation. On peut les comparer à une hémorragie qu’il était urgent de stopper. »

Violette Vauloup

1. Répartis en neuf groupes de travail : acoustique, bois et charpente, émotions et mobilisations, métal, numérique, structures, pierre, décor monumental, verre.
2. Centre de recherche en archéologie, archéosciences, histoire, dont les chercheurs sont mobilisés dans le cadre du projet ANR Casimodo.
3. Spécialiste de l’étude des pollens et des spores.
4. Spécialiste des charbons de bois.
5. Spécialiste des insectes.
6. Laboratoire de recherche des monuments historiques.

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Péplums : quand le cinéma éclaire l’histoire politique

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N° 413 - Publié le 26 octobre 2023
L'éruption du Vésuve par Pierre-Henri de Valenciennes (1813).

À Rennes, des chercheurs utilisent le cinéma pour déconstruire la fascination autour de la catastrophe qui a détruit Pompéi ou encore l’héroïsation des premiers chrétiens.

Un groupe d’étudiantes traverse la gare et se presse au cinéma. Quelques minutes plus tard, l’écran se couvre de décors antiques. Au loin, le Vésuve gronde. Nous sommes en 79, à Pompéi. À l’initiative d’Anne Gangloff, enseignante-chercheuse en histoire ancienne à l’Université Rennes 2, le cinéma Arvor projette Les derniers jours de Pompéi, un péplum franco-italien réalisé par Marcel L’Herbier en 1950, suivi d’un échange avec des historiens.

Malgré de beaux anachronismes et quelques fantaisies, le péplum de Marcel L’Herbier attise la curiosité des spectateurs. En sortie de salle, les questions ne manquent pas, autant sur le statut des esclaves que le déroulement des procès dans la société romaine ou encore à propos de l’éruption du Vésuve. L’occasion pour les chercheurs de revenir sur les erreurs et fidélités du film vis-à-vis de la réalité. « La lumière que les personnages voient à la fin du film peut être perçue comme une allusion à leur future conversion au christianisme, mais d’un point de vue scientifique c’est n’importe quoi : le nuage de cendres dégagé par l’éruption a obscurci le ciel pendant plusieurs jours », souligne par exemple Candice Greggi-Badel, chargée de cours en histoire ancienne à l’Université Rennes 2.

La fabrique des héros


« Dans le film, Pompéi est dépeinte comme la nouvelle Sodome, rongée par une aristocratie décadente et corrompue », analyse de son côté Anne Gangloff. Et ce n’est pas un choix anodin. Le péplum prend ainsi le contrepied de la propagande mussolinienne, qui fantasmait la Rome antique et s’en servait pour imposer un modèle d’identité basé sur l’ordre. « Les références à l’Empire romain étaient en effet une clé de voûte de l’idéologie fasciste », précise la chercheuse, qui profite de la projection pour aborder la question de la fabrique des héros au cinéma. Dans le film, c’est la figure des premiers chrétiens qui est la plus héroïsée. Là non plus, ce n’est pas un hasard puisque le film a été en partie financé par le Parti démocrate chrétien italien, lui-même résolument antifasciste. La boucle est bouclée.

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D’une découverte fortuite à un potentiel vaccin

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N° 413 - Publié le 26 octobre 2023
© CC BY-SA 4.0 - PIETER-PAUL G

Extrêmement résistant et presque toujours mortel, le virus de la peste porcine africaine (PPA) touche les porcs comme les sangliers. S’il a pour l’instant épargné le territoire français, « la menace est clairement forte », se méfie Olivier Bourry, responsable adjoint du Laboratoire national de référence sur la peste porcine africaine, à l’Anses1, à Ploufragan (Côtes-d’Armor). Car depuis quelques années, des foyers sont repérés à quelques kilomètres de nos frontières. Les élevages d’Europe de l’Ouest2 sont bien protégés contre le virus, beaucoup plus difficile à gérer dans la faune sauvage, où la solution pourrait prendre la forme d’un vaccin. Les équipes bretonnes de l’Anses viennent d’entrer dans la dernière phase de test3 d’un produit découvert de manière fortuite en 2019. « En préparant du virus inactivé de la PPA pour des outils de diagnostic, nous nous sommes rendu compte que l’on avait créé un potentiel vaccin », se souvient Olivier Bourry avant d’ajouter qu’à terme, « on pourrait vacciner les porcs dans les pays où le virus circule, mais aussi les sangliers via des appâts. »

Violette Vauloup

1. Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail.
2. Dans lesquels les porcs sont élevés en bâtiment et non en basse-cour.
3. Qui devrait durer jusqu’en 2024.

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La renaissance des sols calcinés

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N° 413 - Publié le 26 octobre 2023
© JOSE DURFORT
La funaire hygrométrique est l'une des premières plantes à pousser sur les sols brûlés.

 

Plus d’un an s’est écoulé depuis les incendies de l’été 2022 et la nature commence à reprendre ses droits. De la forêt de Brocéliande aux monts d’Arrée, un étrange tapis rouge recouvre par endroits les sols calcinés. Il s’agit d’une mousse particulièrement adaptée aux sols cendreux chargés en éléments nutritifs : la funaire hygrométrique. « Après avoir donné naissance à de nouvelles pousses, elle passe du vert au brun-orangé », explique José Durfort, botaniste et spécialiste des mousses, qui a repéré les premières funaires seulement deux mois après les incendies. « Elle s’est installée grâce à des spores enfouies dans le sol ou charriées par le vent. Cette mousse fait partie de ces espèces pionnières, qui s’installent sur les terrains nus », poursuit le scientifique. À mesure que les sols se repeuplent, elle est toutefois amenée à disparaître. Elle a joué son rôle en recolonisant les sols, « et en mourant elle apporte un peu de matière organique au sol appauvri par l’incendie, préparant ainsi le terrain à d’autres plantes. » Formidable illustration de la résilience de la nature.

Violette Vauloup

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Une carte dynamique qui indique les zones planctoniques

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N° 413 - Publié le 26 octobre 2023
© CHRISTIAN SARDET / TARA OCEANS / PLANKTON CHRONICLES / CNRS IMAGES

 

Dans l’océan, le plancton est un puits de carbone essentiel encore peu connu et mal compris. L’étude des gènes appartenant aux différentes espèces qui le composent permet de prédire la quantité de carbone que chacune peut emprisonner. Mais ce n’est pas tout ! Leur diversité génétique est également visible grâce à la couleur de l’eau, observable depuis le ciel. « Partant de ce constat, nous développons à travers le projet Plankt’Eco1 une intelligence artificielle capable de combiner les données génomiques2 récupérées par des expéditions Tara à des observations satellitaires », raconte Damien Eveillard, chercheur au laboratoire des sciences numériques de Nantes. Le but ? Créer une carte dynamique montrant les zones planctoniques d’intérêt pour le climat, à destination des décideurs politiques. « Nous travaillons également avec des collègues spécialisés en droit car il va falloir repenser la législation pour protéger ces aires marines qui sont mouvantes », souligne le chercheur.

Nolane Langlois

1. Programme de recherche piloté par Tara Océan, débuté en 2023.
2. Issues de l’analyse des échantillons de plancton, elles regroupent un nombre colossal de séquences ADN.

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Et si la Révolution avait éclaté 80 ans plus tôt ?

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N° 413 - Publié le 26 octobre 2023
© Studio Sebert pour Artcurial
Antoine Watteau (1684-1721), La revanche des paysans

1709. Cela fait plusieurs années que la France est en guerre contre les principales puissances européennes. Les défaites s’enchaînent mais dans la nuit du 5 au 6 janvier, c’est une attaque d’un autre genre qui surprend les Français. Une vague de froid s’abat sur le pays. « Elle n’est ni inédite ni totalement exceptionnelle mais des phases de gel et de dégel se succèdent pendant deux mois, ruinant les récoltes », souligne Gauthier Aubert, professeur d’histoire moderne à l’Université Rennes 2 et auteur d’un livre récemment publié sur l’année 17091. « Les gens ont peur d’avoir faim, on recense 200 révoltes2 dont une menace de prendre la Bastille et des bruits de régicide se répandent », poursuit le chercheur. La même année, l’État frôle la banqueroute et Louis XIV disperse l’Abbaye de Port-Royal3, où l’on cultive un esprit un peu trop critique aux yeux du Roi. « La situation est presque pire qu’en 1789 », avance Gauthier Aubert. Finalement, le Royaume tangue mais tient bon, la Révolution n’éclatera que 80 ans plus tard.

Violette Vauloup

1. 1709. L’année où la Révolution n’a pas éclaté, Calype Editions, 2023.
2. C’est le plus grand nombre de révoltes entre 1661 et 1788.
3. L’abbaye est fermée et les religieuses dispersées dans toute la France.

gauthier.aubert [chez] univ-rennes2.fr (gauthier[dot]aubert[at]univ-rennes2[dot]fr)

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