À la pêche aux plastiques

Le grand bleu vu du ciel

N° 412 - Publié le 28 septembre 2023

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Ouvrir les données spatiales, le défi de l’accessibilité

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Moins polluer pour (encore) mieux protéger ?

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Le poulpe, un animal incroyable

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N° 412 - Publié le 28 septembre 2023
© EDMOND LAFOTO / PIXABAY
Les poulpes ont des sortes de petits miroirs sur la peau qui leur permettent de polariser la lumière et d'envoyer des signaux que les humains et les prédateurs ne perçoivent pas.

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Doté d’impressionnantes capacités cognitives et sensorielles, ce mollusque marin étonne et intrigue les scientifiques comme le grand public depuis la nuit des temps.

Elle ne marche pas. Pas plus qu’elle ne rampe, ne nage ou ne flotte. La pieuvre danse. Elle déploie son corps, déplie ses bras, sa chorégraphie naît là où la gravité s’évanouit. Une poésie aquatique célébrée chaque année le 8 octobre, à l’occasion de la journée internationale du poulpe. Car la pieuvre fascine. Les hommes la représentent au moins depuis l’Antiquité. Autant admirée que crainte, elle a longtemps fait figure de monstre, inspirant même Jules Verne et Victor Hugo.

Cerveaux pluriels


« Avec la plupart des autres animaux, on est plutôt dans un rapport de caresse ou de morsure. Le poulpe, lui, vous étreint », s’émerveille Ludovic Dickel, éthologue et spécialiste des céphalopodes au laboratoire Ethos1 à Rennes et à l’Université de Caen-Normandie, qui trouve l’origine de cette fascination dans sa ressemblance avec l’Homme. « Ses yeux sont semblables aux nôtres ; il a des paupières, une rétine et une cornée. » Pourtant, pourrait-on imaginer animal plus éloigné de nous ? Libéré du squelette, le poulpe se coule jusque dans les plus petites anfractuosités. Sans parler de ses huit bras équipés de centaines de ventouses à la force colossale qui lui permettent de se déplacer, de chasser, d’explorer… mais aussi de goûter par le toucher ! La pulpe de nos cinq doigts est moins sensible qu’une seule ventouse. Le poulpe doit donc gérer un gigantesque et constant flux d’informations. Pour cela, « il a un cerveau “chef d’orchestre” entre les yeux et des sortes de cerveaux intermédiaires au niveau des bras et à la base des ventouses », explique Ludovic Dickel. Ils serviraient à filtrer les informations pour ne pas submerger le cerveau principal tout en conférant une sorte d’autonomie aux bras dans la commande.

La pieuvre apprend et retient. Elle peut utiliser des outils, transportant par exemple « une demi-noix de coco qui lui sert d’abri comme un touriste sa caravane », compare l’éthologue. Elle a des comportements si proches des nôtres que nous sommes tentés de la qualifier d’intelligente. « Mais le poulpe n’est ni bête ni intelligent, il fonctionne simplement différemment », nuance Ludovic Dickel. Si différemment que nous sommes loin d’avoir percé ses secrets. « Il nous reste tout à apprendre sur son comportement, nous n’avons fait que lever le voile. » Les questions s’accumulent. Que se passe-t-il dans son cerveau lors d’une prise de décision ? Est-il capable de ressentir de la douleur ? A-t-il des émotions ?

Au large des côtes bretonnes


Les inconnues restent nombreuses. Comme la raison de la prolifération d’Octopus vulgaris au large des côtes bretonnes depuis une dizaine d’années. « Entre 2020 et 2021, le nombre de poulpes pêchés en Bretagne a été multiplié par 30, indique Martial Laurans, biologiste marin à l’Ifremer, à Plouzané, près de Brest. On a encore des difficultés à l’expliquer mais on sait qu’il a disparu dans la région après l’hiver très froid de 1962. On peut imaginer qu’il lui a fallu 50 ans pour recoloniser la zone. » Encore une preuve des fabuleuses capacités de cet animal, produit de millions d’années d’évolution, qui n’a pas fini de nous intriguer.

Violette Vauloup

1. Éthologie animale et humaine.

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Recherches à risques : des responsabilités partagées

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N° 412 - Publié le 28 septembre 2023
© EMMANUEL CORSO / ADOBE STOCK

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Certains travaux scientifiques présentent un risque de mésusage qui remet en cause leur légitimité et interroge sur la responsabilité des chercheurs.

Au début des années 2010, deux publications démontrent qu’en modifiant cinq gènes du virus de la grippe aviaire H5N1, il est possible de le rendre plus contagieux par voie respiratoire. Ces travaux soulèvent alors un vif débat dans la communauté scientifique. « Le bénéfice attendu valait-il la peine de prendre le risque de construire un virus qui, en échappant à la surveillance de ses inventeurs, pourrait entraîner de graves problèmes de santé publique ? », s’interroge Patrice Binder, chercheur associé à la Fondation pour la recherche stratégique et membre du Conseil national consultatif pour la biosécurité (CNCB).

Détournées à des fins illégitimes


L’épineuse question des recherches à risques fera l’objet de deux conférences au 18e congrès de la Société française de microbiologie, du 4 au 6 octobre à Rennes, auquel participe ce spécialiste des questions de sûreté biologique. « Certains travaux pourraient être détournés à des fins illégitimes, pour des actions de terrorisme ou de développement d’armes prohibées », explique Patrice Binder. On pense notamment à la crise de l’Amerithrax, aux États-Unis, où en 2001, des enveloppes contaminées au bacille du charbon1 avaient été adressées à cinq médias et deux sénateurs, faisant cinq morts.

« Les recherches susceptibles d’être détournées à des fins malveillantes présentent toutes des risques. La question est de savoir s’ils sont acceptables », poursuit le chercheur, pour qui il est nécessaire d’accompagner les scientifiques. En 2021, l’Institut Pasteur a ainsi mis en place un comité chargé de donner un avis sur la légitimité de projets ou de programmes de recherche qui présenteraient des risques s’ils venaient à être détournés. Mais au-delà, c’est aussi la question de la publication qui se pose. Un rapport du CNCB de 2019 souligne à cet égard que « des résultats particulièrement sensibles (…) pourraient légitimement être interdits de publication ou tout au moins publiés avec précaution ».

Réflexion sur l’usage


Mais alors, y a-t-il des choses qu’il ne vaut mieux pas trouver ? La question fait sourire Patrice Binder, qui reste nuancé : « On peut adapter la manière dont on communique : faut-il publier ? Ne l’adresser qu’à certaines personnes ? » Entre éditeurs et scientifiques, les responsabilités sont partagées. « Bien des chercheurs tendent à penser qu’ils ne peuvent pas être tenus pour responsables de l’usage de leurs travaux, poursuit le spécialiste. On ne peut pas leur incriminer un usage malveillant de ces derniers mais cela n’exclut pas, en amont, une réflexion sur l’usage qui pourrait être fait de la science. » Aujourd’hui, l’enjeu majeur est d’améliorer la prise de conscience des scientifiques sur les risques potentiellement associés à leurs découvertes. « Il est nécessaire d’intégrer ce sujet à la formation des futurs chercheurs », insiste Patrice Binder.

Violette Vauloup

1. Bactérie à l’origine de la maladie du charbon ou anthrax en anglais.

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Agriculture : « Il faut changer de système »

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N° 412 - Publié le 28 septembre 2023
© SEBASTIEN BOINOT

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À Rennes, des chercheurs veulent proposer un modèle de paysage agricole qui permettrait d’allier rendement et protection de la biodiversité.

« On peut envisager les champs autrement que sous un angle productiviste », souligne Sébastien Boinot. C’est ce que s’efforce de faire l’équipe du projet Mult-Agrim1, que coordonne ce chercheur en agroécologie au laboratoire Ecobio2, à Rennes. Depuis juin, des scientifiques étudient des parcelles cultivées sous une multitude d’angles pour mieux comprendre les effets du paysage sur les fonctions des champs.

Car ces derniers ont plusieurs fonctions : agronomique (rendement), écologique (liée à l’activité des pollinisateurs ou à la fertilité des sols), environnementale (en jouant notamment un rôle sur la pollution des cours d’eau et l’érosion), ou encore socio-économique (revenu et santé des agriculteurs par exemple). Peu d’études considèrent cet ensemble de variables. Pourtant, pour Sébastien Boinot, « c’est la seule manière de comprendre quels types de paysages permettent aux champs d’assurer un maximum de fonctions ». Par exemple, le modèle chimique intensif, très performant sur le rendement, est catastrophique d’un point de vue écologique et environnemental. « Nous n’avons plus le choix, la biodiversité est en train de s’écrouler et les sols sont de moins en moins fertiles, il faut changer de système », poursuit le chercheur, qui veut montrer que production agricole et préservation de la biodiversité ne sont pas incompatibles. Pour cela, les scientifiques analysent des données récoltées sur 40 parcelles au sud de Rennes, étudiées selon deux variables : la densité de haies et la surface en agriculture biologique autour du champ.

Haies en péril


Le travail est loin d’être terminé mais des résultats émergent déjà. « On remarque notamment que si les haies améliorent la conservation de la biodiversité dans les champs conventionnels, c’est bien dans les champs bio qu’elles permettent d’augmenter la multifonctionnalité », indique Sébastien Boinot. Intéressant, lorsque l’on sait que 70 % des haies ont disparu des bocages français depuis 1950 selon les comptes du ministère de l’Agriculture, et que la destruction s’accélère depuis quelques années.

Violette Vauloup

1. Le projet, financé par l’Office français de la biodiversité (OFB), rassemble des chercheurs des unités de recherche rennaises Ecobio (CNRS, Université de Rennes) et Bagap (Inrae).
2. Écosystèmes, biodiversité, évolution.

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Dans les eaux du Morbihan, des déserts d’oursins

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N° 412 - Publié le 28 septembre 2023
© OLIVIER DUGORNAY / IFREMER
Champ d'algues laminaires dans le courant à Ouessant (Finistère).

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De nombreuses menaces pèsent sur les espèces peuplant les mers et les océans.Dans les eaux bretonnes, des bandes d’oursins déciment les forêts d’algues installées depuis bien longtemps, mettant en péril ces écosystèmes.

Au large des côtes morbihannaises, l’océan cache dans certains recoins un désastre invisible depuis la surface. Les algues laminaires qui tapissent le fond ont par endroit complètement disparu sous la pression de broutage d’une espèce d’oursin¹ qui nettoie les roches sur son passage, laissant à la place des forêts sous-marines de véritables déserts, vides de biodiversité. « Les plongeurs aguerris témoignent d’un changement d’ampleur sur de nombreux récifs situés entre Belle-Ile-en-Mer, Quiberon et la presqu’île de Rhuys », indique Martin Marzloff, chercheur en écologie marine à l’Ifremer, à Plouzané (Finistère).

Un phénomène d’ampleur


Avant de travailler en Bretagne, il a étudié la même chose dans d’autres eaux du globe. « Des déserts similaires se sont formés au large de la Tasmanie, du Canada et en mer Méditerranée. C’est toujours le même mécanisme : la prolifération d’oursins décime les champs d’algues, parfois sur plusieurs dizaines d’hectares. » Et l’ampleur du phénomène a de quoi inquiéter. « Les laminaires se comportent comme une forêt, explique le scientifique, qui tient à rappeler le rôle essentiel de ces algues dans les fonds marins du sud de la Bretagne. Elles atténuent les courants, créant un environnement stable et favorable à la biodiversité, elles régulent l’acidité de l’eau et sa température. Dans les déserts d’oursins, ce microclimat disparaît, ce qui entraîne un appauvrissement considérable des communautés d’espèces vivant dans les fonds. » On connaît encore mal les causes de la prolifération de cet oursin présent le long des côtes atlantiques, du Maroc à la Scandinavie. Nulle part ailleurs elle ne provoque de telles conséquences. Plusieurs pistes sont avancées par le chercheur : « Le développement des activités portuaires et littorales, la pêche des prédateurs de cette espèce, la migration d’animaux marins vers les pôles en raison du réchauffement des océans, peut-être même les désagréments venant de la construction d’un parc éolien… Il y a des perturbations locales, et bien sûr des perturbations globales ».

Changement climatique


Avec le projet Trident qu’il mène à l’Ifremer, Martin Marzloff compte cartographier les différents fonds marins et caractériser la faune et la flore qu’ils hébergent. « L’objectif est notamment de prédire les changements que subiront les profondeurs, comme ces grandes zones qui se désertifient, et d’en comprendre les causes. » De la même manière que sur la terre ferme, on tente d’anticiper comment le changement climatique affectera les forêts, ce qu’il adviendra d’une essence d’arbre et comment telle ou telle population d’oiseau pourra s’en accommoder. Mais cela peut également servir à envisager des solutions. Sur la côte canadienne, c’est la chasse des loutres pour leur fourrure qui a accéléré la formation de déserts d’oursins. Réintroduites, elles ont pu reprendre leur rôle de prédateur et réguler la population envahissante. Dans le Morbihan, c’est toujours à l’étude : « Il faut encore quelques années et des travaux de recherche dédiés pour comprendre, si ce phénomène persiste, comment l’inverser », tempère le chercheur.

Anna Sardin

1. Psammechinus miliaris.

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Géosciences, un laboratoire qui vit avec son temps

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N° 412 - Publié le 28 septembre 2023
CYRIL FRESILLON / PEPSEA / CNRS IMAGES
Dispositif pour étudier des nanoplastiques dans une interface eau salée-eau douce, à Géosciences Rennes.

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Cette année, Géosciences fête trente années écoulées depuis sa dernière transformation, du Centre armoricain d'études structurales des socles (Caess) à sa forme actuelle, un laboratoire commun entre le CNRS et l’Université de Rennes. Dans la capitale bretonne, les sciences de la Terre ont une histoire particulièrement ancienne : un institut de géologie, ancêtre du laboratoire, y est créé dès 1840. Pour Cécile Robin, maître de conférences en sciences de la Terre à l’Université de Rennes, c’est l’occasion de « regarder dans le rétroviseur, de voir comment le laboratoire a évolué ». Tout en restant un lieu de recherche fondamentale en sciences de la Terre, elle constate que Géosciences a diversifié ses thématiques de recherche et s’est « tourné vers des enjeux plus sociétaux, comme la notion de ressource, afin de contribuer au débat public sur la transition énergétique, par exemple ». Pour marquer le coup, plusieurs moments de fête ont émaillé l’année. Dernier rendez-vous prévu : la réunion des sciences de la Terre, rassemblement bisannuel de géologues du monde entier, au Couvent des Jacobins du 30 octobre au 3 novembre.

Anna Sardin

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Des intrus en pleine nature

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N° 412 - Publié le 28 septembre 2023
CC BY-SA 3.0 / PERE IGOR
La jussie recouvre très rapidement la surface des plans d'eau.

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Le 4 septembre, l’IPBES¹, aussi appelé le « Giec pour la biodiversité », a publié la première évaluation mondiale sur les espèces exotiques envahissantes et leur contrôle.

Cette synthèse scientifique quantifie leur invasion : plus de 37 000 espèces introduites par l’action humaine, dont plus de 3 500 ont des effets négatifs déjà documentés.

Gros dégâts


Le problème, c’est l’impact qu’elles ont hors de leur habitat initial : « En déstabilisant les écosystèmes, les espèces exotiques envahissantes sont susceptibles de créer de gros dégâts », explique Isabelle Grytten, cheffe du service patrimoine naturel à la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) de Bretagne. « Elles peuvent provoquer une uniformisation des paysages, donc une perte de biodiversité, détériorer le milieu comme le fait le ragondin par exemple, voire représenter un danger pour la santé animale en apportant des vers et des parasites. » Le rapport indique qu’elles joueraient un rôle dans 60 % des extinctions globales d’espèces. Si la région bretonne n’est pas plus touchée que d’autres par les espèces invasives, elle doit néanmoins lutter contre son lot d’indésirables, comme la jussie ou le surmulot, « qui peuvent poser problème en particulier sur les îles. Ce sont des systèmes fermés, donc plus vulnérables », explique François Fiorat. Mais le chef du pôle nature et paysages à l’OEB² rappelle que « les causes majeures de perte de biodiversité restent l’artificialisation des sols et l’agriculture intensive ».

Anna Sardin

1. Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques.
2. Observatoire de l’environnement en Bretagne.

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Sociologie du genre : pour une ville plus verte et accessible

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N° 412 - Publié le 28 septembre 2023
© SOPHIE PODEVIN
Pour Elsa Koerner, la végétalisation de l'espace public peut aider à sa féminisation.

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Le genre s’intègre progressivement dans les réflexions des politiques publiques de la ville. La doctorante Elsa Koerner a noté que les femmes s’approprient plus facilement les parcs et jardins. Et si végétalisation et genre étaient les clés de la ville de demain ?

Contrairement à une idée reçue, l’espace public n’est pas fait pour tout le monde. Il serait même conçu pour des hommes jeunes et en bonne santé, au détriment de l’accessibilité des enfants, des personnes âgées ou en situation de handicap, mais aussi de la sécurité des femmes. Elsa Koerner, doctorante en sociologie au laboratoire Espaces et sociétés de l’Université Rennes 2, a remarqué que les femmes sont nombreuses dans les espaces végétalisés comme les parcs et jardins, mais ne sont que de passage dans les milieux plus urbains, souvent occupés par les hommes. « Le tournant de la végétalisation des espaces, à l’heure du changement climatique, semble être l'occasion de réaménager les villes pour une plus grande diversité d’usagers », explique-t-elle. Sa thèse Cifre¹ touche à sa fin mais a déjà reçu un prix au printemps : le trophée du Campus innovation de Rennes².

Entretiens et observations

Pendant trois ans, Elsa Koerner est allée à la rencontre de professionnels rattachés aux mairies de Rennes, Le Mans et Strasbourg. Ces trois villes collaborent avec l’entreprise rennaise Aubépine, spécialisée sur l’arbre et l’aménagement urbain, qui a employé la doctorante dans le cadre de sa thèse. À la question « L’égalité femmes-hommes a-t-elle déjà été abordée dans les projets de réaménagement de la ville ? » , les élus, jardiniers, paysagistes et urbanistes ont souvent répondu par la négative, et ce malgré l'existence de groupes de travail « genre et ville » à Rennes et à Strasbourg. Face à ce constat, la doctorante a suggéré aux collectivités de mieux sensibiliser les agents municipaux. « Il faut proposer des formations concrètes aux professionnels, à partir d’exemples de projets réalisés », soulève la chercheuse.

Politiques à mener de front

Elsa Koerner a aussi pu observer quelques expérimentations dans la ville. « La question du genre et de la végétalisation ont comme point commun la modification de l’espace public », explique la doctorante qui a étudié les interactions entre ces deux politiques pouvant être menées de front. « Quand il a fallu réaménager une cour d’école au Mans en ajoutant de la végétation pour éviter les îlots de chaleur, une élue a suggéré d’intégrer l’égalité des genres dans la réflexion. Une aire de jeux mixte a été installée, et a posteriori c’est ce dispositif qui a le plus marqué les agents municipaux », raconte-t-elle. Elsa Koerner se dit « féministe et militante ». Pour elle, cette recherche était une question d’engagement, pour une ville durable et égalitaire.

Sophie PODEVIN

1. Convention industrielle de formation par la recherche.
2. Le prix « Territoire et espaces publics : approche industries créatives ».

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