À Rennes, un nouveau microscope de compétition

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N° 438 - Publié le 29 avril 2026
© ANNA SARDIN
Le cryo-microscope électronique permet d’observer des éléments à l’échelle de l’atome.

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Inauguré le 2 avril dernier à l’Université de Rennes, le tout nouveau Cryo ARM 200 pourrait permettre de beaux progrès en médecine et en biologie moléculaire.

Oubliez les microscopes optiques des paillasses de sciences du collège et du lycée, leurs épaisses lamelles en verre et leurs trois objectifs grossissants. Le nouveau cryo-microscope électronique installé à l’Institut de génétique et développement de Rennes (IGDR) et géré par Biosit1 peut observer des éléments à l’échelle de l’atome avec une précision de deux à trois angström, soit 10-10 mètre. Il peut non seulement voir avec netteté l’extrêmement petit, mais surtout reconstruire en trois dimensions des molécules biologiques comme les ribosomes, des amas d’ARN2 et de protéines au cœur des cellules humaines et animales, des bactéries et de certains virus.

Résolution inédite


Pourtant, à première vue, le Cryo ARM 200 n’a pas vraiment la tête de l’emploi : installé dans l’une des salles du laboratoire, il tient plus de la gigantesque armoire électrique, voire du frigo surdimensionné, que de la lunette de précision. Mais derrière les panneaux blancs se cache « un microscope complexe et d’une résolution exceptionnelle, qui utilise un faisceau d’électrons et de nombreux réglages très fins qui nous permettent d’observer la structure et l’organisation d’un système biologique », explique Matthieu Benoit, chargé de recherche à l’Inserm3, à Rennes.

Son fonctionnement est simple : des électrons sont envoyés via un tube magnétique à travers l’échantillon à observer et de l’autre côté, une caméra les reçoit et transmet les informations au poste de contrôle installé derrière une grande vitre. Comme les éléments observés sont tout à fait minuscules, il faut auparavant les cryogéniser — une technique qui donne son nom au microscope. Là, la manipulation est particulièrement minutieuse, « il vaut mieux ne pas avoir bu de café le matin », acquiesce Céline Callens, ingénieure d’études CNRS, en préparant une dizaine d’exemplaires. Une par une, elle plonge les grilles en carbone qui portent les échantillons biologiques et leur solution très rapidement dans de l’éthane liquide à -180 °C, « pour que l’eau se transforme en glace vitreuse, sans former de cristaux, ce qui nuirait à la qualité des images et altèrerait complètement l’expérience ». 

Applications médicales


Les molécules peuvent ensuite être examinées par dizaines chaque jour, ce qui constitue également un gain de temps par rapport au précédent cryo-microscope (deux à trois échantillons par jour). Mais alors, à quoi sert concrètement ce nouvel équipement ? « Par exemple, on peut comprendre, à l’échelle moléculaire, comment certaines mutations de la kinésine4 KIF1A perturbent son fonctionnement et provoquent une maladie neuronale rare, explique Matthieu Benoit. Cela permet d’ouvrir de nouvelles pistes thérapeutiques. » Ce niveau de résolution permet également d’identifier clairement les mécanismes de la biorésistance, et donc de développer rapidement de nouveaux antibiotiques efficaces contre les bactéries infectieuses.

Anna Sardin

1. Une unité d’appui à la recherche en biologie et en santé de l’Université de Rennes, du CNRS et de l’Inserm.
2. Acide ribonucléique, copie d’un bout d’ADN produite par des enzymes spécialisées.
3. Institut national de la santé et de la recherche médicale.
4. Type de protéines qui transportent ou déplacent d’autres molécules dans les cellules.

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Du métal liquide en apesanteur

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N° 438 - Publié le 29 avril 2026
© IRDL

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En mars dernier, une équipe de chercheurs de l’UBS a pu réaliser son expérience… en plein ciel. Pour les besoins de la science, bien sûr, puisqu’ils y ont mesuré des propriétés bien spécifiques des métaux liquides.

Chauffer des billes de métal à plus de 2 000 °C à l’aide d’un laser, observer les réactions du liquide ainsi formé et maintenu en lévitation, le tout dans un avion en plein looping : l’expérience n’est pas banale. L’équipe qui l’a menée en mars dernier est celle de Mickael Courtois, chercheur à l’IRDL1, à Lorient, dont le travail est d’étudier les propriétés des métaux à leur état liquide. Le projet, baptisé Carmélide, a été retenu pour faire partie de la dernière campagne de vol en apesanteur du Cnes2. Durant trois jours et 93 paraboles dans les airs, ils ont embarqué dans l’avion Zero G avec une dizaine d’autres équipes scientifiques pour tester leurs protocoles expérimentaux.

Lévitation aérodynamique


Mais pourquoi se compliquer autant la tâche ? Parce que pour étudier du métal si chaud, il faut le mettre en lévitation grâce à du gaz : impossible autrement de tenir l’échantillon durant les mesures. « Mais sur Terre, la force de gravitation attire cette lourde goutte de métal vers le bas, elle s’écrase en quelque sorte sur elle-même et ne peut pas vibrer librement, donc il est impossible d’en mesurer la viscosité, explique le scientifique. La seule solution, c’est de supprimer la pesanteur. » Cette mesure est pourtant indispensable pour de nombreux secteurs industriels, en particulier celui du nucléaire, pour lequel connaître le comportement d’un métal chauffé est un véritable enjeu de sûreté. Mais avant de réussir à faire décoller métaux et scientifiques, les préparatifs ont duré six bons mois : les défis techniques de l’installation d’un tel dispositif dans un avion sont nombreux et ont donné du fil à retordre aux équipes. « L’un des gros challenges de notre côté a été d’être capables d’enchaîner les expériences à deux minutes d’intervalle quand sur Terre, cette phase dure environ deux heures, le temps d’enregistrer les données, de changer les échantillons, de régler le laser… Dans l’avion, chacun jouait un rôle précis. Heureusement que personne n’a été sérieusement malade ! »

Accélération résiduelle


Les résultats sont-ils déjà là ? « On peut dire que l’expérience a fonctionné à 90 %, ce qui est déjà plus que ce que l’on pouvait raisonnablement espérer étant donné sa complexité, rapporte Mickael Courtois. Tout ce que nous avions prévu a fonctionné, mais nous avons sous-estimé l’accélération résiduelle3 de l’avion, et les billes n’étaient pas suffisamment stables pour nous permettre d’effectuer nos mesures. » Il se dit pourtant confiant : en changeant le type de buse qui insuffle le gaz stabilisateur, ils devraient parvenir à leurs fins. Pour avoir le fin mot de l’histoire, il faudra attendre la campagne de vols paraboliques d’octobre prochain, pour laquelle l’équipe est d’ores et déjà sélectionnée.

Anna Sardin

1. Institut de recherche Dupuy de Lôme.
2. Centre national d’études spatiales.
3. Part de la force de pesanteur qui ne disparaît pas complètement.

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L’esprit critique à l’épreuve

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N° 438 - Publié le 29 avril 2026
© S. LARNICOL / EPPDCSI
Initié en 2022 par Universcience, le Printemps de l'esprit critique est un événement national.

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Comme chaque année depuis 2022, les Français ont été sondés en 2026 sur leur capacité à questionner l’information.

Nos concitoyens ont-ils l’esprit critique ? Pour se forger leur opinion, s’appuient-ils sur la science et les scientifiques ? Quels médias utilisent-ils pour s’informer et quelle confiance leur accordent-ils ? Pour répondre à ces questions, Universcience1 a développé en 2022 le Baromètre de l’esprit critique, un outil permettant de mesurer la capacité des Français à questionner l’information. Grâce à lui, le degré de développement de l’esprit critique dans l’opinion publique est scruté chaque année.

Cette année, le baromètre révèle un certain dualisme chez nos compatriotes. En effet, si 76 % d’entre eux considèrent faire preuve d’esprit critique, 40 % préfèrent échanger avec des personnes qui partagent leurs opinions, et 34 % admettent qu’il leur arrive de persister dans leurs arguments même lorsqu’ils ne sont pas sûrs de leur solidité. Un paradoxe retrouvé dans le rapport des Français à l’information, puisque les sources auxquelles ils accordent le plus de crédit — radio, presse écrite et télévision — apparaissent de moins en moins mises à profit. De même, bien qu’utilisés par 30 % de la population, les réseaux sociaux suscitent un niveau de confiance faible, et ce depuis plusieurs années. Ces constats mettent au jour un décalage entre la confiance affichée par les Français en leur esprit critique et leurs comportements réels face à l’information et au débat.

Science et confiance


Le baromètre s’intéresse également au rapport que les citoyens entretiennent avec la science, en tant que productrice de connaissances. Et malgré une majorité de Français considérant qu’elle apporte une rigueur de pensée, la confiance envers ses acteurs s’érode : seuls 48 % estiment que la communauté scientifique est indépendante pour valider ses résultats, un score en recul de cinq points par rapport à 2025. Une seconde contradiction, révélant cette fois une défiance croissante envers la communauté scientifique, pourtant référente en matière de production du savoir.

Charles Paillet

1. Établissement public parisien regroupant le Palais de la découverte et la Cité des sciences et de l'industrie.

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La conquête spatiale séduit le public

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N° 438 - Publié le 29 avril 2026
© NASA

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Les missions spatiales font la une, et les planétariums bretons en profitent. « Nous avons la chance d’avoir eu en même temps deux missions habitées passionnantes, avec la spationaute française Sophie Adenot à bord de l’ISS depuis février, et la mission américaine Artemis ll autour de la Lune, en avril. Ce sont des opérations très médiatisées, notamment sur les réseaux sociaux. Et cette fois-ci, les femmes sont dans l’Espace ! », souligne Anaïs Pellegrin, médiatrice scientifique au Planétarium Hubert Reeves de l’Espace des sciences, à Rennes.

Sensibiliser les jeunes


De quoi faire naître des vocations de spationautes chez les jeunes filles ? Maxime Piquel en est convaincu. « Elles sont nombreuses à se dire que c’est possible ! Ces missions ont un impact important auprès des scolaires que nous accueillons », constate le directeur technique et scientifique du Planétarium de Bretagne, à Pleumeur-Bodou (Côtes-d'Armor). Lui aussi mesure l’impact de ces odyssées scientifiques auprès du grand public. « C’est d’ailleurs pour cela que la Nasa communique autant à travers de nombreuses données publiques facilement accessibles : il s’agit de sensibiliser les jeunes à la conquête spatiale. On sème pour les générations futures ! », s’enthousiasme Maxime Piquel, qui, comme sa collègue rennaise, utilise largement les images fournies par les missions spatiales pour animer les séances de découverte du ciel et du système solaire. Une bonne manière de se mettre en orbite sans quitter la terre ferme ! À noter que le Planétarium de Bretagne fermera ses portes pour une rénovation lourde en novembre prochain. Réouverture en juin 2028, avec la promesse d’une qualité d’image inégalée.

Xavier Debontride

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Course contre la montre pour les fonds marins

Grand angle

N° 438 - Publié le 29 avril 2026
© VIOLETTE VAULOUP
Pendant les deux semaines de campagne, les équipes scientifiques embarquent tous les matins sur le Neomysis pour collecter des spécimens en mer.

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Début avril, les équipes du programme Atlasea ont fait escale à Roscoff. De la collecte en mer à l’analyse en laboratoire, elles ont prélevé, identifié et préparé des centaines d’organismes marins en vue du séquençage de leur génome. Reportage.

« La sortie du port de Roscoff, c’est terrible », lance Céline Houbin, chercheuse en écologie marine à la Station biologique de Roscoff (Finistère), en s’agrippant au bastingage du bateau. La fin de sa phrase est emportée par le vent. Un matelot éteint sa cigarette, un autre rattrape le café qui manque de valdinguer. Après trente minutes de navigation, le Neomysis stoppe les machines et son équipage balloté par la houle déploie un engin qui s’apprête à descendre 18 mètres sous la surface de l’eau.

Pas de hasard


Lancé en 2023 pour une durée de huit ans, le programme Atlasea, piloté par le CNRS et le CEA1, vise à séquencer le génome de 4 500 espèces marines. Il se découpe en trois projets interdépendants : Dive-Sea, coordonné par le MNHN2, dont l’objectif est de collecter, identifier et préparer les organismes en vue du séquençage de leur génome (avec Seq-Sea). Le troisième volet (Byte-Sea) consiste à développer des interfaces numériques pour accéder aux données produites. Depuis 2024, les équipes de Dive-Sea ont notamment fait escale à Dinard, à Marseille, en Guadeloupe… et à Roscoff, où elles ont passé deux semaines en avril.

À bord du Neomysis, l’attention est tournée vers le câble qui relie le bateau à la benne Smith lancée au fond de la mer : une mâchoire en métal conçue pour capturer les sédiments. Une fois hissée à la surface, elle crache un contenu vaseux immédiatement tamisé par les scientifiques « pour enlever tout ce qui est inférieur à 1 mm », précise Céline Houbin. Au cours de la matinée, d’autres techniques sont déployées, comme des filets de dragage aux mailles plus ou moins larges.

Chaque matin, l’équipage cible des zones différentes et d’autres chercheurs complètent l’échantillonnage à pied ou en plongée. « On ne collecte pas au hasard, on a identifié les lieux qui abritent le plus de biodiversité », souligne Céline Houbin. L’objectif n’est ni de dresser un inventaire de la biodiversité ni de découvrir de nouvelles espèces : il s’agit de constituer une encyclopédie génomique des espèces marines françaises.

Le bureau du sommeil 


Une fois de retour sur la terre ferme, les centaines de mollusques, crustacés, cnidaires3, algues et poissons, sont triés puis identifiés par une équipe de taxonomistes, à la Station biologique de Roscoff. Il est à peine midi, les premières collectes arrivent mais la pièce est encore calme. Au fil de la journée, l’effervescence monte. À 23 h, de nombreux scientifiques sont toujours sur place. Il faut allier rapidité et rigueur : moins de 24 heures doivent s’écouler entre la collecte et la plongée d’un spécimen dans l’azote liquide, dernière étape avant le séquençage au Genoscope du CEA, à Evry-Courcouronnes (Essonne). 

Les yeux vissés sur leur loupe binoculaire, des spécialistes s’affairent à identifier les individus, toujours vivants. Un processus qui peut prendre de quelques minutes à plusieurs heures. « C’est un isopode, c’est assez évident, mais je ne sais pas encore à quelle famille et quel genre il appartient, encore moins son espèce », murmure Benoit Gouillieux, chercheur à la Station marine d’Arcachon (Gironde), le regard fixé sur le minuscule organisme qui ondule doucement sous la loupe de son microscope.

Une fois l’espèce identifiée, les responsables du projet Seq-Sea entrent en jeu. « On regarde dans des bases de données s’il existe déjà un génome de référence, c’est-à-dire un génome de grande qualité, pour cette espèce, explique Jean-Marc Aury, bio-informaticien au CEA et coordinateur de Seq-Sea. Si oui, on la relâche, si non, elle est préparée pour le séquençage. » Alors, direction le « bureau du sommeil », où certains animaux sont anesthésiés puis euthanasiés, avant d’être photographiés. Quelques tissus seront ensuite prélevés et plongés dans de l’azote liquide à -196 °C, afin d’être instantanément congelés, ce qui empêche l’ADN de se dégrader.

Partager pour préserver


« Il y a un vrai déficit d’information sur la diversité génomique des organismes marins. Pendant longtemps, les efforts ont été ciblés sur quelques espèces, et puis, certains milieux sont compliqués à échantillonner, cela demande des moyens », souligne Erwan Corre, bio-informaticien à la Station biologique de Roscoff et responsable de Byte-Sea. Depuis une quinzaine d’années, des progrès majeurs sur les outils de génomique permettent de séquencer un génome de qualité pour n’importe quel organisme à partir d’un échantillon bien conservé. « Avec ce programme, on se donne les moyens de collecter une bonne matière première, résume Bertrand Bed’Hom, responsable de Dive-Sea pour le MNHN. Pour cela, on s’appuie beaucoup sur les infrastructures locales. » À Roscoff, le projet profite par exemple de la très grande collection de culture de microalgues du RCC4, qui implémente les collectes.

Avec son objectif de séquencer le génome de 4 500 organismes marins en huit ans, Atlasea est un programme « très ambitieux mais pas irréaliste », poursuit le chercheur. Avant la campagne roscovite, 2 300 espèces avaient été collectées et 230 génomes complets acquis5. Les données produites rejoignent ensuite un portail en libre accès. « Le meilleur moyen de préserver les données, c’est de les partager, justifie Erwan Corre. On travaille pour que la communauté scientifique et les générations futures s’emparent de cette connaissance. » Ces données peuvent aider à « mieux appréhender les trajectoires évolutives des espèces, à améliorer le suivi d’espèces menacées ou invasives, et à comprendre comment des organismes synthétisent certaines molécules d’intérêt pour ensuite les produire en laboratoire », ajoute Bertrand Bed’Hom.

Violette Vauloup

1. Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives.
2. Muséum national d’Histoire naturelle.
3. Embranchement d’animaux aquatiques qui regroupe notamment les anémones de mer, les méduses et les coraux.
4. Roscoff culture collection.
5. La différence s’explique par les délais du séquençage : il faut entre 100 et 300 jours après la collecte pour obtenir un génome complet.

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Exploration polaire sous pression

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N° 438 - Publié le 29 avril 2026
© UNDER THE POLE
L’équipe scientifique de plongeurs a dû s’adapter aux contraintes inhérentes au milieu polaire, en utilisant un matériel spécifique.

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Cet hiver, l’équipage breton de l’expédition Under The Pole a bravé les eaux glaciales de l’Antarctique pour étudier un écosystème méconnu, les forêts animales marines.

C’est aux confins glacés du monde, là où l’océan se mêle aux dernières terres sauvages, qu’une aventure scientifique hors norme vient de s’achever. Après trois mois d’exploration autour de l’Antarctique, l’équipe d’Under The Pole — organisation bretonne dédiée à la préservation des océans — est de retour en Patagonie.

Un milieu mal connu


Cette expédition en eaux polaires s’est déroulée dans le cadre du programme DeepLife, mené conjointement par Under The Pole (UTP) et le CNRS, et prévu sur dix ans (2021-2030). Il prévoit l’étude et la préservation d’un écosystème jusque-là peu connu de la communauté scientifique : les forêts animales sous-marines. Composées en majorité de gorgones et de coraux, ces sylves sont situées dans la zone mésophotique, soit « entre la limite courante des plongées humaines (40 mètres) et les profondeurs explorées par les robots et sous-marins (200 mètres) », explique Lorenzo Bramanti, chercheur au Lecob1 à Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales) et co-directeur scientifique de l’expédition.

Afin de mieux connaître ces milieux qui abritent une importante biodiversité, le programme prévoit le relevé « d’un grand nombre de paramètres, tels que la densité de la forêt, la taille des individus la composant, les espèces la peuplant, la vitesse du courant marin en son sein… », énumère le scientifique.Ces données sont obtenues à partir de protocoles scientifiques, répliqués au cœur des forêts animales tout autour du globe, de l’Arctique (2022) au Honduras (2025), en passant par les Canaries (2023) et la Guadeloupe (2024).

Une campagne hors norme


L’expédition tout juste achevée a quant à elle permis l’exploration des forêts animales marines sur la côte ouest de la péninsule antarctique. Et pour mener à bien cette mission scientifique, l’équipe d’UTP a dû s’adapter aux contraintes inhérentes au milieu polaire. Étant donné la température négative de l’eau, les plongeurs se sont parés d’équipements supplémentaires, tels que des patchs chauffants alimentés électriquement et des sous-combinaisons épaisses, diminuant de fait la mobilité et la dextérité une fois en immersion. « Ces explorations n’auraient pas été possibles sans ce matériel, dans la mesure où nous plongeons jusqu’à 130 mètres de profondeur, et restons donc parfois jusqu’à trois heures sous l’eau », expliquent Ghislain Bardout et Emmanuelle Périé-Bardout, les fondateurs d’UTP, tous deux plongeurs.

Autre spécificité du milieu austral : son éloignement et son isolement, qui rendent les rotations d’équipe complexes et onéreuses. Ainsi, un seul équipage a travaillé en continu durant les trois mois d’expédition. « Ajoutez à cela le froid ambiant et l’humidité constante à bord du bateau, et le tout donne une mission à forte pression physique et psychologique », révèlent-ils. Malgré cette mise à l’épreuve des corps et des esprits, l’expédition polaire s’est déroulée au mieux. Les échantillons récoltés sont en cours d’acheminement vers Lorient, tandis que le navire vient de quitter la Patagonie pour voguer vers d’autres forêts animales marines.

Charles Paillet

1. Laboratoire d'écogéochimie des environnements benthiques.

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