Ces projets aux drôles d’intitulés

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N° 439 - Publié le 10 juin 2026
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Parmi les innombrables projets menés par les scientifiques, certains ont des noms plus qu’atypiques. Facétie des chercheurs ou véritable stratégie ? Sciences Ouest a mené l’enquête.

Ils s’appellent APERO ou PROSECO. PROLIFIC ou COCORISCO. On les a nommés UNLOCK, DESIR, WAOW ou PEPITO. D’autres se font appeler BROUHAHA, AVENTURE, FRIGO ou HOPOPOP. Ces projets de recherche menés par des équipes de toute la Bretagne portent des noms improbables, et force est de constater qu’il est bien difficile de les oublier. Mais pourquoi nommer ainsi son projet de recherche, a fortiori quand son objet est tout à fait sérieux ? 

Simplifier les échanges 


« Avant tout, il faut savoir qu’il est souvent obligatoire de proposer un acronyme pour son projet lorsque l’on répond à des appels à financements, qu’ils soient régionaux, nationaux ou internes à une université », contextualise Benoît Feildel, chercheur au laboratoire Eso1 et vice-président sciences et société de l’Université Rennes 2. La raison de cette demande est simple : trouver un titre pour simplifier les échanges, quand lesdits projets peuvent avoir des intitulés longs et techniques. « Si aucun point n’est attribué sur la qualité de l’acronyme, cela peut permettre de se démarquer dans un espace concurrentiel et très normé. Si la qualité scientifique du projet passe avant tout, l’acronyme est un élément parmi d’autres sur lequel les équipes peuvent se pencher un bon moment. » 

En prenant l’exemple de TISSAGE, pour « triptyque science-société pour agir ensemble », un projet ayant pour objectif de faire se rencontrer et discuter les citoyens, les chercheurs et les décideurs, il explique que « dans ce cas, le choix de l’acronyme témoigne bien de ce qu’est le projet, raconte son objectif de tisser des liens. Il nous a permis, durant trois ans, de parler à un public large sans utiliser de jargon, tout en donnant l’ambiance générale de nos actions ».

Pas « juste pour rigoler »


Gudrun Ledegen, qui mène le projet VasyFranco, acronyme de « variation syntaxique en français ordinaire dans la francophonie », au sein du laboratoire rennais de linguistique PREFICS — cela ne s’invente pas — abonde : « Ce genre de titre drolatique et un peu bizarre, retient l’attention. Les gens vont demander de quoi le projet parle. » Si elle raconte des brainstormings interminables, « notamment chez les linguistes, puisque les mots, c’est notre tasse de thé ! », elle précise tout de même que ce n’est pas « juste pour rigoler : il faut que le titre ait une cohérence et qu’il permette de mettre en valeur un projet ample et novateur ». Dans son cas, elle raconte avoir voulu mettre l’accent sur la nécessité de valoriser et de promouvoir le travail sur les francophonies, un domaine encore peu financé, « le faire à fond et le faire savoir ! » Force est tout de même de constater que « quand c’est drôle, on retient. Et si tout est cohérent, alors ces sigles fonctionnent comme 
une bonne pub ».

Anna Sardin

1. Espaces et sociétés.

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Les femmes sont historiquement moins bien nourries

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N° 439 - Publié le 10 juin 2026
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Dans toute l'Europe, des chercheurs ont révélé l'existence d'inégalités alimentaires très anciennes et marquées par le genre.

12 281. C’est le nombre d’individus étudiés par une équipe internationale d’archéologues avant d’en venir à la conclusion que ces 10 000 dernières années, alors qu’aucune nécessité biologique ne l’oblige, les femmes de toutes les sociétés et de toute l’Europe ont eu des alimentations moins riches en protéines animales que les hommes. 

Pour le savoir, les scientifiques ont étudié la prévalence des isotopes d’azote et de carbone conservés dans le collagène d’os humains issus de presque 700 sites, depuis la fin de la Préhistoire jusqu’au milieu du 19e siècle. Indiquant la consommation de protéines animales, de poisson ou de végétaux, ces atomes permettent de reconstituer le régime alimentaire des individus au cours des dix dernières années de leur vie. 

Parus en avril dans la revue Pnas Nexus1, ces résultats ont été obtenus grâce à l’introduction d’un nouvel outil par Rozenn Colleter, chercheuse à l’Inrap2, à Cesson-Sévigné, et co-autrice de l’étude. « Chez les archéologues, il est habituel de détourner les outils d’autres disciplines pour notre usage, raconte la chercheuse. Je cherchais à mesurer les inégalités des sociétés anciennes. En regardant du côté des travaux économiques récents, j’ai trouvé l’indice interdécile, qui permet de mesurer les disparités de revenus entre les 10 % les plus pauvres et les 10 % les plus riches. »

Indicateur inédit


Cet outil statistique a permis aux archéologues de mesurer de manière robuste les inégalités alimentaires au sein de chaque groupe social donné, puis d’en retracer l’évolution au cours du temps. « Cela ne révolutionne rien en termes de connaissances purement archéologiques, explique Rozenn Colleter. Mais nous avons été très surpris par cette distribution genrée de l’alimentation, et ce, depuis la Préhistoire ! » Si les écarts varient en fonction des époques, les hommes sont systématiquement surreprésentés parmi les individus ayant le plus fort accès aux protéines animales, tandis que les femmes sont plus nombreuses dans les groupes les moins favorisés.

Anna Sardin

1. Revue scientifique de l’Académie des sciences des États-Unis. Les articles qui y sont publiés sont en accès libre.
2. Institut national de recherches archéologiques préventives.

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Des fleurs pour les pollinisateurs

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N° 439 - Publié le 10 juin 2026
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Syrphe des corolles sur une fleur d'Oxalis pied de chèvre.

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Face au déclin des insectes pollinisateurs, de nombreux scientifiques cherchent à comprendre comment favoriser leur retour. Cécile Le Lann, chercheuse en écologie au laboratoire rennais Ecobio1, en fait partie. Avec le projet Polliflower, qui débute en juillet, son équipe cherchera à savoir si des bandes fleuries savamment composées de diverses plantes pourraient faire revenir des pollinisateurs qui ont aujourd’hui disparu de certaines zones de Bretagne. Dans les milieux ruraux, ces insectes favorisent les cultures via la pollinisation, mais aussi en prédatant certains ravageurs. « Et les villes, moins exposées aux pesticides, pourraient bien représenter des zones refuges pour certaines espèces », explique la scientifique. En parallèle, les chercheurs travailleront sur l’acceptation des différentes fleurs par les citoyens et les agriculteurs. « C’est un projet qui mêle écologie, économie, droit et sociologie, et mise sur la co-construction de solutions fondées sur la nature directement avec les acteurs locaux », conclut Cécile Le Lann.

Violette Vauloup

1. Écosystèmes, biodiversité, évolution.

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Tout comprendre à l’éclipse solaire de l’été

Grand angle

N° 439 - Publié le 10 juin 2026
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Une éclipse solaire partielle sera observable le 12 août en France. Un phénomène exceptionnel, qui a façonné notre compréhension de la mécanique céleste.


Dans la soirée du 12 août, la Lune passera entre le Soleil et la Terre. Un événement rare. « La Lune va faire de l’ombre à la Terre sur une petite bande de moins de 200 km de large, explique Maxime Piquel, directeur scientifique du Planétarium de Bretagne, à Pleumeur-Bodou (Côtes-d’Armor). Seule une petite partie de la population du monde pourra observer une éclipse totale. » Ce sont ceux qui se trouvent sur le trajet de l’ombre de la Lune, qui partira de l’Islande pour traverser une partie de l’océan Atlantique et finira par une boucle entre La Corogne, au nord-ouest de l’Espagne, et les îles Baléares, dans la Méditerranée.

 

La forme d'un croissant

« En Bretagne, l’éclipse sera partielle, car la région n’est pas dans l’alignement entre le Soleil, la Lune et la Terre, poursuit-il. L’occultation du Soleil sera de l’ordre de 95,5 %. » Ces 4,5 % restant visibles vont changer l’expérience. « Au maximum de l’éclipse, nous verrons encore une petite partie de notre étoile sous la forme d’un croissant, précise Bruno Mauguin, responsable du Planétarium Hubert Reeves de l'Espace des sciences, à Rennes. La baisse de luminosité sera imperceptible à ceux qui n’y prêteront pas attention, car nos yeux vont la compenser. » Il faudra donc se mettre dans des conditions propices à l’observation pour profiter de cette éclipse.

« On a de la chance sur Terre, car dans le ciel, le diamètre de la Lune correspond presque exactement à celui du Soleil. C’est le hasard, souligne Stéphane Le Mouélic, ingénieur de recherche CNRS au Laboratoire de planétologie et géosciences, à Nantes Université. Sur Mars, on a pu observer des éclipses de Soleil grâce aux rovers1. Mais les lunes de Mars, Phobos et Déimos sont toutes petites, et ne masquent qu’une partie de l’étoile. » Ce spécialiste de la surface des planètes a été marqué par une éclipse totale à laquelle il a assisté en 1999, en Autriche : « Je me rappelle avoir vu l’ombre arriver de loin et entendu la clameur, l’émotion des gens, comme une vague. Puis lorsque le ciel s’est éteint, un silence est tombé : les oiseaux se sont arrêtés de chanter. Et le froid s’est fait sentir. C’était vraiment une ambiance étrange. »

Dès l’Antiquité, les humains ont appris à observer les éclipses pour mieux comprendre notre système solaire. « Les Grecs étaient déjà capables de prévoir leur date. Et au cours des siècles, elles ont permis d’affiner les équations de la mécanique céleste, raconte Bruno Mauguin. Désormais, les mouvements des planètes sont connus de manière très précise. Ce qui est devenu intéressant, c’est d’observer un éventuel petit retard ou une avance, à l’échelle des microsecondes. » Cela permet aux scientifiques de savoir que la Lune a accéléré ou ralenti sur sa trajectoire. Ou que la rotation de notre planète a été perturbée. « Il suffit pour cela d’un gros tremblement de terre », précise-t-il.

Lunettes indispensables


Certains chercheurs trouvent des conditions idéales pendant une éclipse solaire : ceux qui étudient, justement, le Soleil. « On peut alors voir la couronne solaire, ce flux de particules qui crée une lumière diffuse autour de notre étoile », explique Stéphane Le Mouélic. Les étoiles les plus proches du Soleil deviennent également visibles dans le ciel. « En 1919, une éclipse totale a été observée par des astronomes britanniques pour confirmer la théorie de la relativité générale d’Albert Einstein, qui prédisait qu’un corps massif, comme le Soleil, doit localement déformer l’espace-temps et donc légèrement dévier la lumière d’une étoile située derrière, sur son trajet vers la Terre », poursuit-il. Désormais, les télescopes sont équipés de coronographes, des instruments qui créent des éclipses artificielles en masquant le Soleil ou d’autres étoiles, et qui permettent d’étudier les planètes situées en dehors du Système solaire.

Le 12 août 2026, l’éclipse débutera autour de 19 h 20 et atteindra son maximum entre 20 h 15 et 20 h 20. « Le Soleil sera bas. Pour l’observer, il faudra s’installer dans un endroit où l’horizon est dégagé vers l’Ouest : sans bâtiments, sans arbres, sans nuages », conseille Bruno Mauguin. En bord de mer, par exemple, sauf si la brume marine s’invite. Le plus important est de s’équiper de lunettes spéciales, qui pourront arrêter les rayons du Soleil. Il ne faut jamais le regarder à l’œil nu, ou même à travers des jumelles : ses rayons vous brûleraient la rétine, créant des lésions irréversibles. « Privilégiez les lunettes en polymère noir, recommande Bruno Mauguin. Il en existe aussi en Mylar, une matière ressemblant à l’aluminium, mais elles sont plus fragiles, et les micro rayures sur les verres peuvent laisser passer des rayonnements. » Attention aussi, si vous prenez des photos, à équiper votre appareil d’un filtre solaire, pour ne pas abîmer la lentille. Bonne observation !

Élodie Papin

1. Engins d’exploration mobiles envoyés sur la Lune et Mars. Les rovers Curiosity et Perseverance sont toujours en service sur Mars.

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De l’empathie chez les primates

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N° 439 - Publié le 10 juin 2026
© CABANE 55
Cabane 55 se donne pour mission de protéger et développer la biodiversité par l'art et la science.

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En juin, pendant plus de deux semaines, le festival Les nuits des forêts invite le grand public à se mettre « à l’écoute des vivants » à travers des centaines d’événements partout en France. À Paimpont (Ille-et-Vilaine), l’association Cabane 55, qui favorise « la biodiversité par la rencontre entre pratiques artistiques et savoirs scientifiques », organise le 13 juin une journée entre balade sensorielle et observation du milieu naturel1.

Du mimétisme à la consolation


La rencontre se terminera par un échange avec Luca Pedruzzi, chercheur en éthologie au Centre d’étude en éthologie et cognition à Rennes et spécialiste des primates non-humains. L’écoute des vivants est un thème qui résonne directement avec le sujet de sa thèse, fraîchement soutenue.

« J’ai travaillé sur les racines évolutives de l’empathie chez certaines espèces de primates », raconte celui qui s’intéresse aujourd’hui à la capacité des grands singes à utiliser des signaux (vocalisations, expressions faciales, gestes…) pour gérer les interactions sociales. « L’empathie est un phénomène qui existe à plusieurs niveaux de complexité. Cela va de comportements automatiques comme le mimétisme facial, jusqu’à la reconnaissance de l’état émotionnel de l’autre et la consolation », explique Luca Pedruzzi. 

Les chercheurs supposent que la complexité de l’empathie est reliée à celle de la structure sociale. « Pour vivre dans des sociétés complexes, il faut avoir des stratégies communicatives et empathiques plus élaborées, cela permet de se synchroniser aux autres et d’anticiper leur comportement, c’est très utile ! », conclut l’éthologue.

Violette Vauloup

1. Gratuit, sur inscription. Plus d’informations sur : nuitsdesforets.com.

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Quelle place pour les arbres en ville ?

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N° 439 - Publié le 10 juin 2026
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« On présente souvent les arbres comme des solutions pour lutter contre le dérèglement climatique dans les villes, mais ils sont eux-mêmes soumis à des conditions extrêmes », souligne Thomas Corpetti, chercheur au LETG1, à Rennes, et co-organisateur du colloque Urbatree. Les 9 et 10 juin, il rassemblera à Rennes géographes, écologues, agronomes ou encore spécialistes de l’analyse de données autour de la question de l’arbre en ville. « De l’absorption des polluants à la réduction des îlots de chaleur en passant par l’augmentation de la biodiversité, les fonctions de l’arbre varient sensiblement entre milieux urbain et rural », note le chercheur. L’idée est de dresser un état des lieux de la recherche sur le sujet tout en fédérant une communauté de scientifiques. Le colloque fera suite au lancement, début juin, d’Enviro-net, un réseau de recherche international porté par le LETG, regroupant quinze laboratoires français, étatsuniens et canadiens, pour comprendre et atténuer les impacts des changements environnementaux sur des territoires présentant divers degrés d'influence humaine.

Violette Vauloup

1. Littoral, environnement, télédétection, géomatique.

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Une innovation bretonne repérée par l’Europe

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N° 439 - Publié le 10 juin 2026
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Franck Zal, le fondateur et président de l’entreprise Hemarina (Morlaix), figure parmi les finalistes du Prix de l’inventeur européen 2026 dans la catégorie PME, organisé par l’Office européen des brevets. Un coup de projecteur en forme de reconnaissance pour ce docteur en biologie1, qui a mis au point une innovation de rupture : un transporteur d’oxygène universel d’origine marine, dérivé de l’hémoglobine du ver Arenicola marina. Il est notamment utilisé pour préserver les organes destinés à la greffe, à la cicatrisation de plaies chroniques, et a été employé pour soigner les grands brûlés de l’incendie de Crans-Montana (Suisse) le 1er janvier dernier. Une technologie qui fait écho au dossier de Sciences Ouest sur l’estran, puisque ce ver marin, observé notamment en Bretagne, est capable de vivre plusieurs heures sans oxygène. Les lauréats du prix européen seront annoncés le 2 juillet à Berlin.

Xavier Debontride

1. Franck Zal est titulaire de la médaille de bronze du CNRS (2001). Hemarina a reçu le Prix Galien en 2023.

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