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Les nématodes, ces vers qui ont colonisé le monde
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Au Brésil, la « candidature par procuration » de Jair Bolsonaro
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Les 4 et 25 octobre, les Brésiliens éliront leur président de la République. Condamné en 2025 à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État à la fin de son mandat (2019-2023), l’ex-président Jair Bolsonaro est aujourd’hui inéligible.
C’est son fils aîné, Flávio, lui représente le camp conservateur face au président sortant, Lula. Bruno Ronchi, doctorant en science politique à l’Institut du droit public et de la science politique à Rennes, spécialiste du bolsonarisme, nous éclaire sur les enjeux de l’élection.
Comment définir le bolsonarisme ?
C’est un mouvement qui marque une rupture avec les institutions démocratiques telles qu’elles ont été conçues après la dictature, à la fin des années 1980. Il arrive à composer avec la démocratie sur le plan formel — il est arrivé au pouvoir par les élections de 2018 — mais est en complète opposition avec ses valeurs. Le bolsonarisme surfe sur la forte tradition anticommuniste du Brésil, fondée sur le nationalisme, le libéralisme économique et l’idée d’une guerre spirituelle portée par le christianisme. Ce trépied avait déjà été mobilisé lors des coups d’État de 1937 et 1964. La soi-disant « hégémonie culturelle de la gauche » est désignée comme l’ennemie, même si la principale force de gauche est loin d’être révolutionnaire. Mais cette idée permet d’actualiser la tradition anticommuniste brésilienne, la rendant plus compatible avec un débat politique axé sur l’autonomie et l’expression individuelle, notamment sur le plan des mœurs.
Ce mouvement peut-il survivre à Jair Bolsonaro ?
Le candidat naturel de la droite brésilienne est son fils, donc oui. Du moins pour l’instant. Il y a quelques freins, comme le fait que le mouvement n’ait pas de parti propre. La police vient d’ouvrir une enquête sur Flávio pour corruption. Il y a aussi des conflits internes à la famille. Le bolsonarisme est un mouvement puissant mais désorganisé sans sa figure centrale. Jair Bolsonaro reste le leader symbolique, le premier à avoir proposé une offre politique aux conservateurs alors que la droite, associée à la dictature, ne parvenait pas à s’imposer dans le champ politique.
Comment analyser cet ancrage familial ?
Le bolsonarisme est avant tout un projet familial, les quatre fils de Jair sont en politique, c’est le noyau du mouvement. Il était probable que le candidat porterait le nom de famille. C’est une candidature par procuration de Jair.
Qu’est-ce qui se joue avec cette élection ?
Je ne suis pas sûr que les institutions se soient remises du choc causé par la présidence de Bolsonaro. On a vu à plusieurs reprises des confrontations très directes, notamment avec la justice. Le risque est de mettre de nouveau en péril la séparation des pouvoirs et le système électoral. Plus largement, l’Amérique du Sud tourne encore une fois à droite, sous une certaine influence des États-Unis. Ce ne serait pas anodin d’avoir un continent entier aligné sur le gouvernent Trump.
Lire aussi : « Comment Jair Bolsonaro a pu arriver au pouvoir »
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du magazine Sciences Ouest
Comme un puzzle : au cœur des failles des Balkans
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Entre Rennes et Potsdam, une doctorante tente de reconstituer les processus à l’origine des failles géologiques du sud des Balkans, l’une des zones d’Europe au plus fort risque de sismicité.
Stefania Wagenaar travaille sur une région particulièrement complexe. À cheval entre l’Albanie, le Kosovo, la Macédoine du Nord et le nord de la Grèce, le terrain d’étude de cette doctorante en géologie aux universités de Potsdam (Allemagne) et de Rennes, se trouve à la jonction de trois plaques tectoniques. C’est l’un des lieux où la terre tremble le plus en Europe. Pendant trois ans, la chercheuse va tenter d’identifier les processus à l’origine des déformations de la croûte terrestre dans la région.
Compression et extension
« C’est une zone où plusieurs dynamiques coexistent : la collision et la subduction (lorsqu'une plaque se glisse sous une autre) des plaques tectoniques », contextualise la doctorante. La croûte se compresse ou s’étend, formant des montagnes et des fractures. Un vaste système de failles datant de plusieurs millions d’années constelle le territoire. En mars, Stefania Wagenaar a commencé sa thèse par une mission de terrain, pour mesurer l’orientation de certaines de ces failles et repérer les stries laissées par le frottement des roches au moment de leurs mouvements. Des données qui indiquent par exemple dans quelle direction la roche a bougé. « Je me suis aussi rendue dans les bassins formés par l’écartement des failles pour analyser les sédiments qui les ont remplis », ajoute la chercheuse, qui s’attache désormais à rassembler les données de terrain et celles de la littérature. Une tâche loin d’être aisée. Une bonne partie des articles publiés au XXe siècle n’est pas traduite ou n’a pas été mise en ligne. La collaboration avec des scientifiques de Tirana (Albanie) et de Skopje (Macédoine du Nord) facilite toutefois l’accès à la littérature régionale et contribue à la bonne réalisation des missions de terrain.
Des motifs complexes
Dans la région, les failles ont façonné le paysage, délimitant des reliefs et des plaines. « Par endroits, elles sont orientées Nord-Ouest/Sud-Est et d’autres leur sont perpendiculaires ou obliques. On essaie de comprendre pourquoi elles forment des motifs si complexes », s’interroge Eline Le Breton, co-directrice de la thèse et porteuse de la chaire franco-allemande dans laquelle s’inscrit ce projet de recherche. « Les grands mouvements des plaques sont plutôt bien connus, on a les pièces du puzzle, analyse la chercheuse à Géosciences Rennes. Maintenant il faut comprendre dans le détail comment elles s’imbriquent. » À partir du paysage, Stefania Wagenaar cherche à retracer l’évolution de la géographie et à modéliser les processus tectoniques à l’œuvre. « C’est de la recherche fondamentale, il n’y a pas forcément d’application concrète immédiate mais en aidant à comprendre avec plus de subtilité les dynamiques géologiques de la région, ces données pourront affiner les modèles de prédiction des risques sismiques », conclut-elle.
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du magazine Sciences Ouest
Etranges passagers dans les transports de Brest
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Depuis septembre, les habitants de Brest Métropole sont invités à participer à des débats scientifiques avec des chercheurs et des comédiens dans les bus et les trams. Une expérience scientifique insolite. Reportage.
Samedi 19 septembre, vous entrez dans votre tramway habituel de la ligne A… lorsqu’une conversation étonnante surgit dans les enceintes, entre deux personnes portant des micros. « Charlotte, tu manges un sandwich au saumon, est-ce que tu sais comment est produit ce poisson en France ? questionne une complice. D’ailleurs, savais-tu qu’un projet de création d’une mégaferme de saumons vient d’être autorisé en Gironde ? » Celle qui vient de prendre la parole est Céline Jacob, chercheuse en économie bleue au laboratoire Amure (Aménagement des usages des ressources et des espaces marins et littoraux) du centre Ifremer de Plouzané. Cet échange avec Charlotte Heilmann, comédienne, a lieu dans le cadre du projet européen Science comes to town, qui vise à lier sur toute l’année 2026 les sciences et les citoyens par des formats innovants et interactifs à Brest, Kiel (Allemagne) et Split (Croatie).
Santé, numérique et environnement
« On souhaitait créer du lien entre les scientifiques et les citoyens dans les transports, des lieux de sciences à part entière », explique Sarah Palazot, cheffe du projet Science comes to town à Océanopolis, à Brest. Quinze scientifiques en santé, numérique et environnement présentent leurs recherches dans deux lignes de bus et deux lignes de tram. Quoi de mieux que les transports en commun, où se croisent travailleurs, étudiants et familles ? « En brisant la routine du transport, on espère que cette action va changer l’image que le public a du chercheur », souhaite Sarah Palazot. Les comédiens, du théâtre Piba, accompagnent les scientifiques afin de faciliter les échanges. « C’est rassurant d’être à deux, et le théâtre permet de faire un pas de côté sur ma recherche, sourit Céline Jacob. Le saumon est au centre d’enjeux environnementaux mais aussi sanitaires, maritimes, alimentaires, il est complexe ! »
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du magazine Sciences Ouest
Une histoire de la construction navale
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Le Musée de la marine situé à Port-Louis présente jusqu’au 15 novembre Machines des mers, une exposition retraçant la Révolution industrielle navale à travers le parcours de l’ingénieur breton Henri Dupuy de Lôme.
II aurait conseillé Jules Verne pour Vingt Mille Lieues sous les mers. Une chose est sûre : Henri Dupuy de Lôme (1816-1885) a contribué à faire progresser l’ingénierie navale, plaçant la France au premier rang des puissances maritimes mondiales. À l’occasion du 210e anniversaire de sa naissance, le Musée national de la marine lui consacre une exposition sur son site de Port-Louis (Morbihan), visible jusqu’au 15 novembre. Une quarantaine d’œuvres raconte en creux la Révolution industrielle, du développement de l’hélice (invulnérable aux intempéries et aux tirs ennemis) à la propulsion à vapeur peu à peu préférée à la voile, en passant par les navires blindés.
Natif de Ploemeur, le polytechnicien parachève sa formation par l’École d’application du génie maritime de Lorient, où il étudie la propulsion à vapeur comme la résistance des matériaux. Premier poste : sous-ingénieur à l’arsenal de Toulon, chargé de la réparation des navires à vapeur. Très vite, il est envoyé en observation dans l’Angleterre concurrente, qui lui inspire un mémoire sur la construction des bâtiments en fer rigides, légers, moins vulnérables aux incendies que le bois. Écrit qui lui vaudra la Légion d’honneur.
Record de vitesse
La voisine inquiète par sa puissance. L’ingénieur, soutenu par Napoléon III dont il est devenu proche, lui oppose alors un vaisseau de guerre construit en secret, long de 71 mètres, fort d’hélices de 6 mètres, de 90 canons, et de moteurs renforcés par des voiles lui permettant de filer à une vitesse de 13 nœuds. Le Napoléon est inauguré en 1852 et est considéré comme le navire de guerre le plus rapide de son époque. Il fait sensation lors de la guerre de Crimée. En 1860, nouveau saut technologique avec Gloire, premier cuirassé de haute mer, armé de 36 canons et ceinturé de fer invulnérable aux nouveaux obus qui avaient explosé une fois logés dans un vaisseau en bois. Londres panique ! Presque tous les bâtiments français construits entre 1857 et 1869 seront dessinés par Dupuy de Lôme. Non sans défauts. La cuirasse de fer de la frégate Normandie transforme les batteries en étuve. Une épidémie de fièvre jaune s’abat sur l’état-major.
Carrière politique
Après la guerre de 1870, alors que la Marine est tenue responsable d’avoir coûté plus de trois milliards de francs au détriment de l’armée de terre, Henri Dupuy de Lôme a pris sa retraite militaire l’année précédente pour s’embarquer auprès de sociétés maritimes privées, et en politique. Afin de rétablir la concurrence avec les constructeurs étrangers, il fait par exemple voter une loi instaurant une prime à la construction navale, favorisant la marine marchande française. L’homme d’affaires meurt à 68 ans. Deux mille personnes répondent présent à ses obsèques, à Paris. Trois ans plus tard, son Gymnote est mis à l’eau, premier sous-marin torpilleur français opérationnel. Encore un « premier », pour celui qui était déjà à Lorient, à la tête de sa classe.
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du magazine Sciences Ouest
À l’école des « drôles d’oiseaux » de la LPO
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Depuis 2023, la LPO Bretagne propose des cours pour mieux connaître et reconnaître les oiseaux. Un pari réussi, qui permet de sensibiliser à la protection de la biodiversité tout en recrutant de nouveaux participants aux projets de sciences participatives.
« On est de drôles d’oiseaux, il faut bien l’admettre », sourit Sylvie, jumelles autour du cou et cheveux frisottés par le crachin qui enveloppe ce matin-là la petite commune de Pluneret, près d’Auray (Morbihan). Avec six autres volontaires, elle participait en ce début d’été à l’une des sorties proposée dans le cadre de l’École d’ornithologie de la LPO, association de protection pour la biodiversité : vingt cours du soir et une dizaine de sorties sur neuf mois pour acquérir les connaissances pratiques, scientifiques, techniques et méthodologiques nécessaires à l’observation et à l’étude des oiseaux. Audrey Marçais, éducatrice nature à la LPO Bretagne et responsable de la formation à l’antenne vannetaise, ne tarde pas à donner le coup d’envoi. Guide ornitho sous le bras, elle guide le groupe à l’orée du sous-bois pour un premier poste d’écoute.
Des chants et des cris
Rapidement, l’oreille décompose les sons. Coucou gris, Fauvette à tête noire, Pouillot véloce, Merle noir… les réponses fusent. Un rouge-gorge se laisse apercevoir : « C’est un juvénile, il n’a pas encore de plumage rouge, couleur de la séduction qui ne lui est pas utile et en ferait une proie facile », explique l’éducatrice avant de reprendre la route. La pluie a fait ressortir l’odeur d’humus de la clairière. Plutôt un bon signe pour les ornithologues amateurs : « Plus l’air est humide, plus les chants portent bien », note Audrey Marçais. Pascale confie pourtant qu’il est plus difficile d’identifier un oiseau à l’oreille qu’à la vue : « Déjà, ils ne chantent pas exactement comme dans le guide, et puis, entre les chants et les cris, il y a beaucoup de sons différents. » Les premiers servent à la séduction, la reproduction et à la délimitation d’un territoire, quand les seconds servent plutôt d’alarme ou au maintien du contact au sein d’un groupe. Fort heureusement, d’autres indices permettent de distinguer les espèces : la taille, les couleurs, le milieu, la période de l’année, le vol ou encore la manière de se déplacer.
De la sensibilisation à l’action
Ces sorties de terrain complètent la vingtaine de cours du soir que la classe suit de septembre à juin, pendant lesquels des élèves de tous âges apprennent à identifier, mais aussi à mieux connaître le comportement et l’écologie des espèces de la région. Lancée en 2013 par la LPO Île-de-France, l’École d’ornithologie s’élargit au reste du pays depuis 2023. L’association propose aujourd’hui des formations dans 24 départements, et d’autres sont en cours de création. « Environ 2 000 personnes ont été formées depuis 2013 et on observe une forte hausse de la demande depuis le confinement », remarque Caroline Moussy, coordinatrice du programme à la LPO France. Un succès qui se confirme en Bretagne, où les trois formations — à Vannes, Morlaix et Rennes — affichent quasiment complet dès l’ouverture des inscriptions. « Dans nos jardins, on peut voir 40 à 50 espèces, mais qui sait en reconnaître autant ? », interroge Audrey Marçais. C’est d’ailleurs ce qui a poussé Michel à s’inscrire : « Je voulais savoir ce que j’observais au quotidien dans mon terrain », explique le retraité, qui s’investit également dans d’autres projets de l’association. « Pour nous, l’objectif est double : sensibiliser et amener nos sympathisants à participer à des programmes de sciences participatives, comme le comptage des oiseaux des jardins par exemple, des actions nécessaires pour obtenir les données de suivi des populations », indique Caroline Moussy.
À Pluneret, les joies de l’émerveillement se succèdent. Un frémissement dans le feuillage, des trous de pics sur un tronc… Ce qui semble un détail au promeneur pressé retient toute l’attention des ornithologues. La balade passe du sentier forestier à la lande. Sur la branche d’un pin balloté par le vent, un Bruand jaune invisible à l’œil nu se découpe soudain nettement à travers la longue-vue. Michel profite du moment pour sortir une bouteille de jus de pomme. Réjouissance presque interrompue par un invité surprise. Une silhouette ramassée, la queue en éventail, la tête dans les épaules ? Une buse, bien évidemment, cela ne fait de doute pour aucun des sept élèves, les yeux fixés vers le ciel, comme suspendus au vol de l’animal.
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La reconquête de la loutre en Bretagne
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La Loutre d’Europe est de retour ! Quasi disparues en France à la fin du XXe siècle, de rares populations subsistaient en Bretagne. Mais depuis la fin des années 1990, Lutra lutra retrouve ses anciens territoires depuis l’interdiction de la chasse et son classement en tant qu’espèce protégée en 1981. Le Groupe mammalogique breton (GMB) anime le réseau loutre, afin de suivre et de préserver l’espèce sur toute la région. « Pour la détecter, nous utilisons les empreintes et les épreintes, le nom donné à leurs fèces, révèle Meggane Ramos, chargée de mission au GMB. Les restes de repas comme les écrevisses, les poissons ou les crabes ainsi que les gîtes des loutres, les catiches, sont d’autres éléments indiquant leur présence. » Si la recolonisation de l’espèce semble régulière à l’ouest de la Bretagne, elle semble stagner sur le front est depuis quelques années. Menacée par les collisions routières, la destruction des zones humides et le piégeage, « la loutre reste une espèce vulnérable mais sa présence est un symbole de la reconquête de la biodiversité ! », soutient Meggane Ramos.
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Cosmétiques : quels effets sur la santé ?
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Des scientifiques rapportent que diminuer la consommation de produits cosmétiques et d’hygiène permet de réduire rapidement l’exposition à des substances potentiellement néfastes pour la santé, notamment pour les enfants exposés in utero.
Déodorant, crème solaire, baume à lèvres… Selon une étude publiée en 2017, les femmes utilisent 16 produits cosmétiques par jour, et 18 quand elles sont enceintes. Les hommes, 8. Or, de nombreuses substances sont notamment soupçonnées d’affecter le délai de conception ainsi que le développement des enfants exposés in utero. C’est ce que révèle une récente publication, pour laquelle les urines de 103 femmes ont été analysées afin de quantifier l’exposition à 25 molécules préoccupantes utilisées comme conservateurs, fixateurs de parfums ou encore agents anti-bactériens.
Résultat surprenant
Pendant cinq jours, les participantes ont réduit le nombre de leurs produits cosmétiques et d’hygiène habituels et ont remplacé les indispensables par des alternatives fournies par les scientifiques. Résultat : une baisse rapide et significative dans les urines des concentrations de certaines molécules. « C’est par exemple le cas de l’acide phénoxyacétique, le métabolite1, de l’un des conservateurs les plus utilisés dans les cosmétiques en Europe, le phénoxyéthanol. Sa présence a diminué de 64 % », note Ronan Garlantézec, enseignant-chercheur en santé publique à l’Institut de recherche en santé, environnement et travail, à Rennes, et coauteur de l’étude. Même chose pour le bisphénol A, perturbateur endocrinien avéré et reprotoxique (qui peut altérer la fertilité ou nuire au développement de l’enfant à naître) présumé par les autorités sanitaires, dont la concentration a baissé de 39 %. Un résultat surprenant puisqu’il est interdit depuis 2005 dans les produits cosmétiques et de soin en France. « Plusieurs hypothèses peuvent expliquer sa présence, elle pourrait notamment être liée à une contamination par les matériaux d’emballage », avance le chercheur.
Asthme, QI et IMC
Si les dosages diminuent, ils ne reviennent pas pour autant à zéro. Les résidus s’expliquent potentiellement par d’autres sources d’expositions. « À travers l’alimentation, l’air ou les vêtements par exemple, nous sommes toutes et tous exposés en permanence à des centaines de substances chimiques plus ou moins préoccupantes, précise Ronan Garlantézec. Ce qui ressort de cette étude, c’est que pour les cosmétiques, réduire sa consommation est un moyen efficace de limiter cette exposition. » Les chercheurs ont quantifié les bénéfices de ces changements pour la santé des enfants s’ils étaient appliqués à une population de femmes enceintes. La diminution de l’exposition au bisphénol A pourrait prévenir, chez les enfants exposés in utero, une perte de 0,44 point de QI, une augmentation de 0,04 point d’IMC et 4 % des cas d’asthme. Les coûts de santé liés s’élèvent à 9,7 millions d’euros par an pour l’asthme, et 7,8 milliards d’euros pour la perte d’un point de QI. Une étude qui pourra alimenter des propositions de réglementations.
1. Dans le corps, des réactions chimiques entraînent la transformation (métabolisation) de certaines matières en une ou plusieurs autres molécules appelées métabolites.
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