Médias et municipales : « Le lecteur et l’électeur »

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N° 436 - Publié le 6 mars 2026
© MARTIN BERTRAND / ALAMY
Les élections municipales se tiendront les 15 et 22 mars.

À Rennes, une doctorante cherche à comprendre les évolutions du traitement médiatique des municipales par Ouest-France. Une manière de mieux cerner les enjeux qui relient information et démocratie.

Les 15 et 22 mars 2026, les habitants des 34 875 communes du pays sont invités à élire leurs conseillers municipaux. À Rennes, une doctorante profite du scrutin pour mieux comprendre la presse quotidienne régionale.

Comme un métronome

Sa thèse en science politique à l’Université de Rennes porte en particulier sur le groupe Ouest-France, où l’on « parle des élections municipales comme de “Jeux olympiques”, justifie Lilas Pastré. Couvrir les déclarations de candidature, les listes complètes, les programmes, les faits de campagne et les résultats dans 3 800 communes de l’Ouest, c’est une vraie épreuve de fond ! » Depuis le début de son doctorat, en septembre, elle multiplie observations et entretiens. « Je veux voir le plus de situations possibles : des réunions de rédaction, des reportages, des moments d’écriture... Puis j’en extrairai des hypothèses que je confronterai à une analyse des archives du journal et du traitement passé des élections », résume la doctorante.

Ce scrutin, qui revient tous les six ans « comme un métronome » permet en effet d’observer des changements, à la fois dans le journalisme et dans la politique locale. La jeune chercheuse veut notamment explorer la tension qui existe entre « le lecteur et l’électeur », deux figures mobilisées par Ouest-France pour justifier son traitement des municipales. « Il y a une dissonance entre la mission de service public mise en avant par le média, et un impératif de rentabilité. En France, 70 % des communes comptent moins de 1 000 habitants. Vouloir informer “l’électeur” ne touche pas “le lecteur” : produire localement l’information se heurte à une recherche d’audience plus large, expose la chercheuse. Dans un contexte de concentration des médias aux mains de milliardaires, interroger cette tension entre logique capitaliste et démocratie dans le journalisme local me paraît essentiel. » Dans l’écosystème médiatique français, le groupe Ouest-France fait en effet figure d’exception. Il appartient en effet à une association loi de 1901 à but non lucratif : l’Association pour le soutien des principes de la démocratie humaniste. « Je pense que cela favorise une forme de réflexivité sur sa manière de travailler, d’où cette ouverture aux sciences sociales », avance Lilas Pastré.

Questions urgentes

Avec sa thèse à la croisée de la science politique, de la sociologie du journalisme et de l’informatique (pour le traitement des données liées aux archives), la doctorante questionne des évolutions passées… mais pas seulement. « Dans un contexte international de montée du fascisme, il y a des questions urgentes à se poser sur les structures qui garantissent la démocratie. Savoir comment le rôle de la presse et le travail de ceux qui documentent et informent le débat public ont changé est primordial pour savoir vers quoi nous nous dirigeons », conclut Lilas Pastré.

VIOLETTE VAULOUP

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Des femmes libérées des archives carcérales

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N° 436 - Publié le 6 mars 2026
© ARCHIVES DÉPARTEMENTALES D'ILLE-ET-VILAINE
Lydie Porée et Mathilde Pintault manipulent les archives carcérales.

Exhumés à l’occasion d’une exposition sur le droit des femmes, des dossiers permettent d’explorer les liens entre les institutions carcérale et asilaire à Rennes au début du siècle dernier.

Sous les doigts précautionneux de Mathilde Pintault et Lydie Porée, deux archivistes officiant aux Archives départementales d’Ille-et- Vilaine, se déplient les dossiers de détenues de la Maison centrale de Rennes, qui deviendra la prison pour femmes Jacques-Cartier, et en parallèle, les suivis médicaux issus des annales du centre hospitalier Guillaume-Régnier, alors appelé asile départemental pour aliénés Saint-Méen. Dans les carnets à la couverture cartonnée, de minces feuilles calligraphiées à la plume ou dactylographiées renseignent sur les femmes qui sont passées, entre la fin du 19e et le début du 20e siècle, par les deux institutions rennaises.

De la prison à l’asile

On y découvre des trajectoires de vie à partir de minces éléments biographiques : la raison de l’incarcération — souvent floue —, leur âge, leur occupation, leur statut marital, mais aussi des informations sur leur « moralité » selon les proches et les voisins. Une chose surtout a frappé les deux spécialistes : les liens très courants entre les administrations pénitentiaires et asilaires, suggérant « une dégradation systématique de l’état mental de ces femmes en détention, obligeant un séjour psychiatrique plus ou moins prolongé et des soins médicaux », avance Lydie Porée.

« Nous connaissions ce phénomène des transferts de la prison vers l’asile, notamment grâce à l’affaire Papin1, un cas emblématique, mais il y a là un véritable phénomène archivistique, explique Mathilde Pintault. Certains dossiers permettent vraiment d’aborder des sujets Exhumés à l’occasion d’une exposition sur le droit des femmes, des dossiers permettent d’explorer les liens entre les institutions carcérale et asilaire à Rennes au début du siècle dernier. de société à partir de cas individuels, notamment sur les raisons de l’internement des femmes ou leurs conditions de détention. » À l’époque, peu d’établissements pénitentiaires peuvent accueillir les femmes, et les condamnées à des peines longues sont transférées à Rennes.

Illégalismes féminins

On trouve par exemple le cas de Madame Langrand, respectable co-directrice de l’école de Sèvres avec son mari, qu’elle fait assassiner, possiblement à la suite de violences conjugales. Condamnée à dix ans de réclusion en 1913, elle est emprisonnée à Rennes, et effectuera deux années de sa peine à l’asile, où elle est décrite par les médecins comme « congénitalement tarée » ou « hystérique ». Elle sera ensuite graciée après de nombreuses demandes effectuées par elle et ses enfants.

« On constate que la justice et la médecine posent alors des regards et des diagnostics très influencés par le genre et la classe sociale », soulignent les archivistes. Il existe également à cette époque des causes spécifiques à l’enfermement féminin : les vols domestiques commis par les servantes, les infanticides commis par les avorteuses, des crimes ou délits depuis disparus grâce à la lutte pour les droits des femmes2. « Aujourd’hui encore, environ 70 % des détenues font l’objet de soins quotidiens, psychologiques ou psychiatriques, mais ils sont effectués à l’intérieur de la prison », conclut Mathilde Pintault.

RENCONTRE

Mardi 3 mars à 17 h 30
Séance d’exploration d’archives en présence des deux spécialistes.

ANNA SARDIN

1. En 1933, Christine et Léa Papin, soeurs et employées de maison, tuent sauvagement leur patronne et sa fille au Mans. La première, condamnée à mort puis graciée, est transférée en 1934 à l’asile Saint- Méen ou elle décèdera trois ans plus tard. La cadette est quant à elle condamnée à dix années de travaux forcés

2. Femmes et justice pénale, XIX-XXe siècle, sous la direction de Jacques-Guy Petit, Christine Bard, Michelle Perrot et Frédéric Chauvaud, Presses universitaires de Rennes (2002)

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