La science, l'amour et les relations

L'amour ce n'est pas aussi simple que ça en a l'air. Comment attirer l'attention ? Quels outils sont à notre disposition ? Tant pour les êtres humains que pour les animaux, la tâche peut s'avérer difficile...
© BÙI VĂN HỒNG PHÚC - Pixabay

Le code a changé - Amour & sexualité au temps des algorithmes

 

Une rencontre de 2025 avec Aurélie Jean, docteure en science, spécialiste en algorithmique, entrepreneure et autrice.

Mêmes dans nos vies amoureuses et sexuelles, les algorithmes ont réussi à se frayer une place. Applications de rencontre, objets connectés... ils influencent désormais nos perceptions, nos comportements et notre quête de l’amour.

Mais quels sont les bouleversements générés par cette « algorithmisation » des sentiments et de la sexualité ?


Une queue peut-elle séduire ?

 

Un podcast de Michel Cabaret, directeur de l’Espace des sciences de Rennes et membre de l’Académie des technologies.

Dans le règne animal, de nombreuses spécificités physiques peuvent servir à courtiser un congénère du sexe opposé.

Chez les oiseaux, la couleur, les mouvements et la taille de la queue sont de véritables atouts de séduction.


La sexualité dans le monde du vivant

 

Une conférence de 2013 présentée par Pierre-Henri Gouyon, biologiste et chercheur au sein du laboratoire Oseb (Origine, structure et évolution de la biodiversité) du Muséum national d’Histoire naturelle de Paris.

Dans la nature, il existe presque autant de mode de sexualité qu'il existe d'espèces.
Fécondation des œufs, parthénogenèse, fécondation interne, bourgeonnement...

Et si l'évolution de l'être humain entraînait la disparition du sexe tel qu'on le connait ?


La complexe vie amoureuse des pucerons

 

Une conférence de 2007 présentée par Denis Tagu et Jean-Christophe Simon, généticiens à l'INRA de Rennes.

Dans la reproduction des pucerons, pas besoin de mâle ! Mais alors comment font-ils pour se reproduire, et ce aussi rapidement ?

Dans cette conférence, vous trouverez des réponses aux questions que vous ne vous êtes jamais posées sur les pucerons.

 

Skis, les secrets de la glisse

Actualité

N° 435 - Publié le 29 janvier 2026
© ZOOM
Les arêtes des skis (les carres) permettent de faire des virages nets, en trace coupée.

Tension de surface, optimisation de la performance, structure des matériaux… à l’occasion des Jeux olympiques d’hiver, Sciences Ouest zoome au ras des flocons pour comprendre pourquoi les skis glissent.

Du 6 au 22 février, l’Italie accueillera les 25e Jeux olympiques d’hiver. Professionnels et amateurs de sports enneigés se retrouveront derrière leurs écrans ou au bord des pistes pour observer bobsleigh, biathlon ou encore patinage, sans oublier les très attendues épreuves de ski alpin, où les athlètes tutoient les 140 km/h.

Comme de l’aquaplaning


Mais pourquoi glisse-t-on si bien sur la neige ? Tout se joue à l’interface entre la semelle des skis et le sol. En réalité, on ne glisse pas vraiment sur la neige mais sur une mince pellicule d’eau créée par la friction entre le ski et les flocons, qui entraîne la fusion de ces derniers. « Skier, c’est en quelque sorte faire de l’aquaplaning », compare Christophe Baley, chercheur spécialiste des matériaux composites à l’IRDL1, à Lorient. « C’est une simple histoire de tension de surface, il faut jouer avec les propriétés du sol et des skis pour maximiser la glisse et limiter l’adhérence. »

L’épaisseur de cette pellicule d’eau est déterminante. « Trop fine, elle ne joue pas son rôle de lubrifiant. Trop épaisse, un effet de succion ralentit la glisse », explique Xavier Roussin-Bouchard, directeur recherche et innovation du Groupe Rossignol, acteur majeur du matériel de sports d’hiver. Aujourd’hui, les semelles des skis sont fabriquées en polyéthylène, une matière plastique qui permet de bien maîtriser cette pellicule d’eau. « Elles sont recouvertes de petites indentations et de stries qui permettent de stocker un peu d’eau et d’évacuer le trop-plein sur les côtés, afin d’obtenir la juste quantité », précise le spécialiste. La structure de cette semelle dépend toutefois du type de neige, de sa température, sa dureté ou encore du niveau d’humidité. « Lors des grandes compétitions, les athlètes ont souvent une vingtaine de paires avec eux et choisissent leurs skis selon les conditions le jour de la course », ajoute Xavier Roussin-Bouchard.

Élément propulsif


À ski, chaque freinage entraîne une perte de vitesse, que l’on regagne uniquement grâce à la gravité, seul élément propulsif. Pour limiter les ralentissements inopinés, les skis sont donc bordés d’arêtes effilées et coupantes (les carres), « afin de faire des virages nets, en trace coupée, et éviter dérapages et frictions avec la matière », note le directeur de l’innovation du Groupe Rossignol. Pour autant, les scientifiques ne sont pas encore capables de théoriser tous les éléments qui entrent en compte dans la pratique du ski. « Il reste encore beaucoup de choses à comprendre sur la glisse, nous avons par exemple du mal à modéliser, à mettre en équations tout ce qui se passe sous la semelle », ajoute Xavier Roussin-Bouchard, qui travaille sur l’utilisation de capteurs miniatures embarqués sur les skis et les chaussures pour affiner l’analyse des interactions entre un skieur et son outil de glisse.

Violette Vauloup

1. Institut de recherche Dupuy de Lôme.

TOUTES LES ACTUALITÉS

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest

Quand la dermatose bouscule l’élevage

Actualité

N° 435 - Publié le 29 janvier 2026
© MD BABUL HOSEN / ISTOCK
Les vaches infectées par la dermatose nodulaire contagieuse développent de la fièvre et des ganglions lymphatiques.

Depuis juin 2025, l’agriculture française affronte une nouvelle épizootie : la dermatose nodulaire contagieuse (DNC). Pour éradiquer sa diffusion, des mesures radicales sont prises. Explications.

Une « décision historique ». Pour la première fois, il n’y aura aucun bovin dans les allées du Salon international de l’agriculture, qui se tient à Paris du 21 février au 1er mars 2026. En cause : l’épidémie de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) qui a fait son apparition en juin dernier dans des élevages bovins de Savoie, avant de se diffuser dans plusieurs exploitations du Sud-Ouest. « Il s’agit d’une maladie tropicale exotique, dont l’origine est africaine. Tout est fait pour qu’elle ne s’installe pas en France durablement », rappelle Gilles Salvat, directeur général par intérim de l’Anses1, et directeur délégué du pôle recherche et référence. Elle est véhiculée par des mouches piqueuses (de la famille des taons et des stomoxes) qui agissent comme des seringues contaminées en infectant les troupeaux. La DNC, si elle n’est pas contagieuse pour l’homme ni pour d’autres animaux, fait beaucoup souffrir les bovins qui en sont atteints. Elle entraîne des pertes économiques majeures et son éradication passe par l’abattage systématique des troupeaux en cas de contamination.

Campagne de vaccination


La vaccination est également indispensable pour limiter sa contagion. « Un animal contaminé connaît une période d’incubation de quelques jours à 28 jours avant de déclarer les symptômes de la maladie. Et lorsqu’on vaccine une vache, certaines sont déjà contaminées mais sans symptômes apparents et doivent ensuite être abattues, ce qui est très difficile à vivre pour les éleveurs concernés », explique Gilles Salvat. La rigueur avec laquelle les agriculteurs savoyards ont appliqué les consignes sanitaires a permis d’éradiquer la maladie sur leur territoire en quelques semaines. C’est à la faveur de transports d’animaux contaminés que la DNC est réapparue dans le Sud-Ouest, avec les conséquences sanitaires, économiques et politiques que l’on sait. La campagne de vaccination d’un million de bovins dans la région, quasiment achevée, devrait permettre d’endiguer la prolifération de la maladie, mais de nouveaux abattages sont inévitables.

Impact économique


Faudrait-il vacciner tout le cheptel breton, par précaution ? « Ce serait une mauvaise idée à ce stade. On ne peut pas distinguer, au sein d’un troupeau vacciné, les animaux malades, car le vaccin actuel n’est pas de type DIVA2. L’étape suivante serait de développer un vaccin sous-unitaire contre une protéine du virus, comme c’est le cas pour l’influenza aviaire, par exemple », explique le directeur de l’Anses, par ailleurs vétérinaire et docteur en microbiologie. L’urgence, c’est d’éviter à tout prix des mouvements d’animaux des zones infectées vers l’ouest de la France pour ne pas risquer de contaminer les élevages aujourd’hui préservés. L’impact économique d’une vaccination généralisée est également pris en compte. Cette mesure ferait perdre à la France son statut de « pays indemne » et interdirait ses exportations de viande durant quatorze mois. « Tous les éleveurs seraient alors touchés par une baisse de prix, y compris ceux qui n’exportent pas directement », souligne Gilles Salvat. De quoi justifier les mesures douloureuses qui frappent actuellement les exploitations.

Xavier Debontride

1. Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et
du travail.
2. Les vaccins DIVA (Differentiating infected from vaccinated animals) permettent de distinguer les animaux vaccinés de ceux infectés par un agent pathogène, facilitant ainsi le contrôle des maladies animales.

TOUTES LES ACTUALITÉS

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest

D’où vient le granite ?

Actualité

N° 435 - Publié le 29 janvier 2026
© CC BY-SA 4.0 / W. BULACH
Chaos granitique sur le sentier des douaniers entre Perros-Guirec et Ploumanac’h (Côtes-d’Armor).

Une conférence grand public revient sur la formation de cette roche emblématique de Bretagne, ouvrant une fenêtre sur l’histoire géologique de la région.

Il y a 300 millions d’années, la Bretagne était un massif montagneux dont les sommets culminaient à 5 000 mètres. Difficile de se le figurer aujourd’hui, quand ses monts ne dépassent pas les 400 mètres. Pourtant, de discrets vestiges de leur gigantisme subsistent : les affleurements de granite que l’on retrouve un peu partout dans la région.

« Ces roches magmatiques sont caractéristiques d’une chaîne de montagnes ancienne », note Martial Caroff, maître de conférences en géologie à l’UBO1. Le 7 février, le chercheur donnera une conférence sur les secrets du granite à Huelgoat (Finistère). L’occasion d’apprendre que ce dernier trouve son origine plusieurs dizaines de kilomètres sous une chaîne de montagnes. « Une montagne, c’est un peu comme un iceberg, compare le géologue : une petite partie en surface et une racine très profonde. » Si profonde qu’elle atteint des températures qui la font fondre. « La croûte continentale peut aussi fondre sous l’effet de remontées de matériel chaud venu des profondeurs du manteau terrestre », précise toutefois Martial Caroff.

Bulle de magma


Quoi qu’il en soit, le magma créé, moins dense que son environnement, remonte « comme une bulle » avant de se bloquer 20 à 7 km sous la surface, où il refroidit pour former le granite. Mais selon les conditions de la fusion, la composition et la minéralogie de la roche varient, même si tous les granites contiennent au moins du feldspath, du quartz et du mica noir. Il suffit d’observer les pierres à l’œil nu pour s’en rendre compte. « Par exemple, la cordiérite, un minéral alumineux gris foncé, est le marqueur d’une fusion de la croûte continentale en profondeur », illustre le chercheur.

Le granite ne s’offre à nos yeux que bien après sa formation, « quand l’érosion a décapé tout ce qui se trouvait entre elle et la surface ». La présence de la roche signale donc l’existence de sommets érodés, comme le Massif armoricain. Et les blocs de granite que nous observons aujourd’hui en Bretagne correspondent aux parties profondes de montagnes disparues.

Violette Vauloup

1. Université de Bretagne Occidentale.

TOUTES LES ACTUALITÉS

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest

Les araignées : mal-aimées, mal connues

Grand angle

N° 435 - Publié le 29 janvier 2026
© DIRK RIBBLER / UNSPLASH
L'Épeire diadème est une araignée commune en Europe et en Amérique du Nord. On la reconnaît à son gros abdomen rond orné d'une croix blanche.

Redoutables prédatrices, talentueuses architectes de la soie, héroïnes malgré elles de nos cauchemars… Derrière leur mauvaise réputation, les araignées cachent des trésors d'adaptation et jouent un rôle clé dans l’équilibre des écosystèmes.

Qui a déjà pris le temps de regarder une araignée ? D’observer en détail son corps divisé en deux parties et les quatre paires de pattes qui y sont attachées ? Sans compter les deux, quatre, six ou huit yeux selon les espèces, qui permettent non seulement de voir, mais aussi d’enregistrer des variations de luminosité1 ? Souvent considérées à tort comme des insectes, ces invertébrés sont en réalité des arachnides, au même titre que les scorpions et les acariens. Comme eux, leur squelette est externe : elles grandissent en muant. « Les araignées n’ont pas d’os, les fossiles sont donc rares, les plus anciens datent de 390 millions d’années », note Kaïna Privet, maîtresse de conférences au Muséum national d’Histoire naturelle, à Paris, et docteure en écologie évolutive de l’Université de Rennes.

Dispersion par les airs


Plus de 53 600 espèces sont aujourd’hui décrites dans le monde, dont 1 750 dans l’Hexagone. « On en découvre 1 000 par an, c’est le cinquième groupe le plus diversifié à ce jour », poursuit la spécialiste. Mais ces chiffres sont sous-estimés. « Nous ne connaissons probablement que 30 à 40 % des espèces, indique Frédéric Ysnel, professeur à l’Université de Rennes. La plupart des habitats tropicaux, où elles sont plus nombreuses, n’ont jamais été inventoriés. »
Il faut dire que l’on trouve des araignées partout sur Terre… sauf dans les glaces. Leur grande diversité leur a permis de coloniser des milieux variés, par des moyens parfois étonnants. « Les jeunes se dispersent parfois par les airs, elles se mettent sur un promontoire, lèvent l’abdomen et produisent un fil de soie. Sous l’effet du vent et du champ électromagnétique, elles sont emportées, raconte Kaïna Privet. C’est probablement ainsi que les araignées ont colonisé des îles très isolées, comme l’archipel d’Hawaï. »

Comme une pompe à vide


Malgré la grande diversité des espèces et des modes de vie, toutes les araignées sont considérées comme des prédatrices généralistes. Des chercheurs ont calculé qu’elles tuent entre 400 et 800 tonnes de proies par an, surtout des insectes et d’autres arthropodes, parfois même d’autres araignées. Et si certaines tissent des toiles, d’autres chassent à l’affût ou à courre. Les Salticidae sautent sur leurs proies, l’araignée Bolas lance une sorte de lasso de soie imprégné d’une goutte gluante qui se colle aux insectes quand les araignées du genre tropical Deinopis transportent une petite toile rectangulaire qu’elles jettent sur leurs proies. Mais peu importe le contenu de l’assiette ou la manière dont il est chassé, les araignées sont incapables d’ingérer une substance solide. « Grâce à leurs crochets, elles injectent un venin dont l’action neurotoxique bloque les contractions cardiaques de la proie et ses tissus, explique Frédéric Ysnel. Leur estomac fonctionne ensuite comme une pompe à vide qui absorbe le liquide prédigéré. »

Mauvaise réputation


Et ce fil de soie qui forme les toiles2 ou les lassos est loin de ne servir qu’à la chasse. Imbibé de phéromones, il devient fil de communication. Il peut également enrober des cocons et faire office de fil de rappel. « Ses capacités de déformation et d’élasticité lui confèrent une résistance plus forte que tout ce que l’on connaît. À diamètre égal, un fil de nylon cassera toujours plus vite », insiste l’arachnologue rennais. Des propriétés qui inspirent les scientifiques, notamment pour la régénération nerveuse ou les sutures chirurgicales.
Environ 40 % des Français ont peur des araignées. Il faut dire qu’à l’écran ou dans les livres, elles ont rarement le beau rôle. D’Indiana Jones à Harry Potter en passant par Fort Boyard, « elles sont toujours représentées comme une menace », note Frédéric Ysnel. Leur mauvaise réputation ne date d’ailleurs pas d’hier. Le mythe d’Arachné, raconté par le poète romain Ovide au 1er siècle, rapporte qu’une jeune tisserande fut transformée en araignée par Athéna à la suite d’un défi de tissage. Quelques siècles plus tard, le tarentisme agite le sud de l’Italie : les habitants sont pris de maux et d’une forte envie de danser, attribués à une piqûre de tarentule. Au Moyen Âge, les araignées sont mêmes accusées de véhiculer la peste. Pour Kaïna Privet, ces représentations culturelles se combinent aujourd’hui à une perte du lien avec la nature en Occident, alors que dans certaines cultures ce sont au contraire des animaux très respectés : « On a peur de ce que l’on côtoie peu ».

Protection nécessaire


Mais pour qu’une araignée représente un danger pour l’humain, il faut qu’elle ait la force de percer le derme avec ses crochets, qu’elle injecte du venin qui ait une action neurotoxique sur les vertébrés et bien sûr entrer en contact avec elle. « Cela fait beaucoup de conditions, il est rare qu’elles soient réunies en France », rassure le scientifique. Qu’on les aime ou non, il est bien difficile d’imaginer un monde sans araignées. « Il serait déstabilisé par l’abondance d’insectes, ce qui aurait des effets sur les agroécosystèmes et la santé publique », imagine Frédéric Ysnel. Selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), 10 % des espèces d’araignées présentes en France hexagonale sont menacées, principalement par la destruction de leurs habitats (artificialisation des sols, assèchement des zones humides, disparition des vieux arbres…). Aucune ne fait pourtant l’objet de mesures de protection. Un retard lié au manque de données fiables sur la distribution des espèces, qui se comble petit à petit. « La création d’une liste rouge en 2023 était la première étape, mais au vu de la rapidité des changements environnementaux, il faudrait préserver tout ce qu’il reste d’espaces naturels pour bien les protéger », déplore Frédéric Ysnel.

Violette Vauloup

1. Cela leur permet de savoir si c’est plutôt le printemps ou l’hiver, et ainsi d’ajuster leur cycle biologique.
2. Environ deux tiers des familles d'araignées connues ne construisent pas de toiles.

TOUS LES GRANDS ANGLES

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest

Comment vivre avec le loup ?

Actualité

N° 435 - Publié le 29 janvier 2026
© JEROME LE BONHOMME
Grâce au suivi par photo-identification, on peut suivre le parcours de ce loup à travers la Bretagne, ici photographié fin novembre par une caméra-piège près de Callac (Côtes-d'Armor).

Alors que les populations de loups se stabilisent en France et que le canidé est de nouveau aperçu en Bretagne après un siècle d’absence, un projet d’arrêté menace aujourd’hui son statut de protection.

En France, la protection du loup est souvent présentée comme opposée à celle des troupeaux. En fin d’année dernière, le ministère de la Transition écologique a même présenté un projet d’arrêté visant à abaisser le statut de protection de l’espèce, la faisant passer de « strictement protégée » à « protégée ». Une mesure qui faciliterait notamment les tirs. S’en est suivi une consultation publique, laquelle s’est achevée fin décembre avec un avis largement défavorable.

Malaise agricole


En décembre 2024, la Convention de Berne sur la protection de la faune dans 49 États avait déjà approuvé un déclassement de ce statut. Les pays européens ont aujourd’hui le choix de transposer ou non la décision dans leur droit national. « En France, ce projet d’arrêté était largement demandé par des syndicats agricoles. On a fait du loup un bouc émissaire du malaise de la profession », analyse Alain Jean, vétérinaire lorientais fraîchement retraité et membre du Groupe loup Bretagne1. Année après année, la population de loups dans l’Hexagone se stabilise. En Bretagne, où le canidé est aperçu depuis 2022 après 116 ans d’absence, la compréhension de son comportement permet d’entrevoir de nouvelles manières de s’adapter à sa présence. Une méthode d’identification individuelle sur la base de photos2 permet d’affirmer qu’au moins six individus ont arpenté la région. Depuis mars 2025, ils seraient trois mâles isolés à se partager le territoire. Leur suivi permet aujourd’hui de cartographier leurs territoires respectifs3.

Une sorte de garant


« Quand un loup arrive dans une zone qu’il ne connaît pas, il a tendance à s’attaquer aux troupeaux non protégés, des proies faciles, explique Alain Jean. Mais à mesure qu’il apprend à connaître son environnement, il se reporte sur les ressources sauvages. » Même si le risque zéro n’existe pas, un loup installé sur un territoire a tendance à s’éloigner de l’élevage et agit comme une sorte de garant contre les attaques d’autres loups, qui ne chassent pas sur les territoires de leurs congénères. « On a donc intérêt à conserver ces individus car une fois tués, ils seraient remplacés par d’autres n’ayant pas encore appris à chasser la faune sauvage », résume le vétérinaire.

Mi-décembre, 213 organisations de protection de l’environnement ont interpellé les États membres de l’Union européenne, rappelant que « les décisions relatives à la conservation et à la gestion de la faune sauvage doivent être fondées sur des données scientifiques solides, et non uniquement sur des considérations politiques ». La lettre ouverte invite également à « intensifier les efforts pour assurer la coexistence entre les loups et les communautés rurales ». Alain Jean acquiesce : « Même si la science a parfois un temps de retard sur les temps médiatique et législatif, il est primordial de comprendre avant d’agir ».

Violette Vauloup

1. Porté par le Groupe mammalogique breton et Bretagne vivante.
2. Voir Sciences Ouest n°428 (avril 2025).
3. Dans les monts d’Arrée et le Sud-Est du Finistère.

TOUTES LES ACTUALITÉS

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest

Magnétisme moléculaire : cinq ans pour « lever les verrous »

Actualité

N° 435 - Publié le 29 janvier 2026
© GREGOIRE DAVID

Un projet d’ampleur débute en février à Rennes, où chimistes et physiciens s’apprêtent à développer une nouvelle méthode pour appréhender les propriétés magnétiques de molécules un peu particulières.

N’ imaginez pas Grégoire David en blouse blanche. Ce chargé de recherche CNRS à l’ISCR1 a beau être chercheur en chimie, il ne réalise pas d’expériences en laboratoire. Son domaine, la chimie théorique, consiste à modéliser et simuler des phénomènes chimiques sur ordinateur. « Pour cela, on se base beaucoup sur la physique, notamment la mécanique quantique car on s’intéresse aux interactions entre les électrons », explique-t-il. Le monde de l’infiniment petit est en effet régi par des règles complètement différentes de celles qui s’appliquent à notre échelle. Et c’est cette fameuse branche de la physique qui permet de les décrire.

Course à l’Espace


Le chercheur a décroché une bourse de 1,5 million d’euros de l’Union européenne2 pour le projet Brunch, qui démarre ce mois-ci. Le financement permettra de constituer une équipe de jeunes scientifiques qui, pendant cinq ans, planchera sur le magnétisme moléculaire. « Le projet s’articule autour de l’étude des propriétés magnétiques des molécules-aimants. Comme leur nom l’indique, elles ont des propriétés similaires aux aimants que l’on connaît tous, mais à l’échelle de la molécule », indique Grégoire David.
Si ces structures intéressent la communauté scientifique, c’est parce qu’elles pourraient constituer les briques élémentaires de l’ordinateur quantique. « Les enjeux de ces technologies sont majeurs à l’échelle internationale, notamment sur le décryptage des données3, c’est la nouvelle course à l’Espace », compare le chercheur.

Équations complexes


Pour utiliser ces molécules, qui n’existent pas à l’état naturel, il faut les synthétiser avec des propriétés définies et comprendre les interactions qui les régissent. « Or, modéliser les propriétés magnétiques d’une seule molécule peut prendre plusieurs semaines, tant les équations sont complexes. Et les plus prometteuses sont inaccessibles aux méthodes actuelles4. Il faut donc repousser ces limites calculatoires pour étudier les molécules de demain », expose le chercheur. Grâce à Brunch, il souhaite changer de paradigme : exploiter d’autres théories pour développer une méthode alternative et lever ces verrous. « On va explorer une piste qui pourrait vraiment ouvrir les possibilités d’étude et permettre d’aller plus loin », poursuit-il. Par exemple étudier les interactions entre les molécules-aimants et leur environnement, pour comprendre leur comportement au contact d’une surface ou de la lumière. 
« Avec ce projet, on nous dote d’une réelle force de frappe, de moyens d’aller au bout de nos questions. Il y a un intérêt fondamental à repousser les frontières de la connaissance, c’est ce qui fait avancer la science », assure Grégoire David. Et même si les applications de ces molécules sont encore lointaines et incertaines, qui sait où mènent les découvertes ?

Violette Vauloup

1. Institut des sciences chimiques de Rennes.
2. Le Conseil européen de la recherche est un organe de l'Union européenne chargé de coordonner les efforts de la recherche entre les États membres. Chaque année, il attribue des bourses dites « ERC » (pour European research council) à des projets finement sélectionnés.
3. Voir Sciences Ouest n° 432 (octobre 2025).
4. Que ce soit en raison de leur taille, des phénomènes en jeu ou des conditions dans lesquelles elles se trouvent.

TOUTES LES ACTUALITÉS

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest

Le peuple des abysses se dévoile en 3D

Actualité

N° 435 - Publié le 29 janvier 2026
© T. JOYEUX / G.BESCOND / OCEANOPOLIS
Le médiateur scientifique peut interagir avec les espèces en 3D, ici un calamar cacatoès.

Ce mois-ci, Océanopolis propose de découvrir les espèces des grands fonds grâce à une animation en 3D. Une plongée dans l’obscurité pour mieux connaître cette biodiversité méconnue et fascinante.

Il fait noir, il fait froid, il fait profond, il fait faim… Ces mots du naturaliste et explorateur Théodore Monod prononcés par les médiateurs scientifiques d’Océanopolis introduisent l’animation Abyss 3D présentée au centre de culture scientifique, à Brest, du 14 février au 1er mars. « Rendre visible l’invisible et changer le regard sur les espèces des abysses, c’est le défi de cette médiation immersive, lance Tristan Hatin, responsable médiation et culture scientifique à Océanopolis. En suivant une particule de neige marine1, le visiteur va prendre part à une plongée de 6 000 m de profondeur pour explorer ces écosystèmes peu connus et leur biodiversité. » Sur grand écran, apparaissent tour à tour cochon de mer, poulpe dumbo, poisson ogre, calamar bijou… Dix espèces étonnantes se succèdent, présentant leurs adaptations originales pour survivre dans ces conditions extrêmes, de l’absence de lumière à la présence limitée de nourriture.

Leurre bioluminescent


Parmi elles, à 2 500 mètres de profondeur, la baudroie abyssale appelée aussi diable noir, du fait de sa mâchoire immense, chasse ses proies à l’aide de son épine mobile surmontée d’un leurre bioluminescent, produisant de la lumière grâce à des bactéries. « Un sacré avantage permettant au poisson de s’éclairer dans l’obscurité, d’attraper les proies tombées dans son piège et d’attirer un partenaire sexuel », explique Tristan Hatin. En remontant à 1 300 mètres de profondeur, un géant peut être rencontré. Long de 4 mètres, le calamar cacatoès est entièrement transparent, excepté ses yeux opaques qui sont munis de cellules bioluminescentes capables de produire de la lumière. En faisant pivoter vers le bas ces photophores, il paraît invisible à ses prédateurs du dessous. 

Défi technologique


Outre la découverte d’une grande diversité d’espèces, l’accent est aussi mis sur le défi technologique de se retrouver face à face avec ces espèces. Grâce à une caméra Kinect reconnaissant les mouvements et l’image, le médiateur scientifique peut interagir avec les espèces en 3D, les déplacer ou les tourner vers le spectateur, et même dévoiler l’intérieur de certains organismes. « Le médiateur est engagé physiquement dans son discours, l’animation le rend acteur et crédibilise son contenu, précise Tristan Hatin. L’apport de la 3D rend ces animaux plus concrets et surtout plus palpables qu’une simple vidéo, émerveillant davantage les visiteurs ! L’outil technologique a été détourné pour sensibiliser et faire prendre conscience de la beauté et de la fragilité des espèces des grands fonds. » 
En effet, de plus en plus de pressions menacent les abysses, du prélèvement des minerais à l’extraction des gisements. « Grâce à Abyss 3D, il est possible de considérer autrement cette biodiversité ignorée afin que la société ait un avis éclairé sur la question des menaces qui pèsent sur elle », conclut le responsable médiation.

Fabio Perruchet

1. Mélange de débris organiques, d’excréments, de cadavres de plancton, et de matières minérales.

TOUTES LES ACTUALITÉS

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest

Animaux en expo : fascination sous contrôle

Actualité

N° 435 - Publié le 29 janvier 2026
© NATACHA GRIFFAUT

Dans les expositions scientifiques, la place des animaux vivants fait parfois débat. Une démarche très encadrée, sur le plan juridique, sanitaire et éthique.

Observer un animal bouger, se nourrir, chasser : dans une exposition scientifique, le vivant agit comme un puissant aimant. « Au niveau de l’affluence, il y a une différence très nette entre les installations qui accueillent des animaux et les autres, résume Cécile Houget, responsable des expositions à l’Espace des sciences de Rennes. Dès qu’il y a du vivant, ça bouge, les gens viennent ! » Et c’est valable quelle que soit l’espèce considérée, y compris lorsqu’il s’agit de créatures a priori peu appréciées du grand public.

Protocole d’élevage


« Il y a quelques années, nous avions présenté des araignées et il y avait eu beaucoup de visiteurs ! Idem lors de l’exposition “Bestioles à domicile” dans laquelle nous avions des mouches, des fourmis et des vers de farine. Nous en avons même eu une sur les rats qui avait attiré les foules. » Cependant, montrer des spécimens vivants ne s’improvise pas. De nombreuses règles encadrent ces pratiques afin de garantir le bien-être des individus. « Tout d’abord, on doit monter des dossiers auprès des services vétérinaires du département pour avoir l’autorisation de présenter les animaux, explique Cécile Houget. Ensuite, il faut qu’on ait des capacitaires, c’est-à-dire des personnes formées à l’élevage qui vont veiller à ce que chaque espèce dispose de bonnes conditions de vie. » Rien n’est laissé au hasard : étanchéité des installations, sécurité du public, alimentation adaptée. Dans le cas d’une colonie de fourmis par exemple, les végétaux qui leur sont fournis ne doivent pas avoir été en contact avec des pesticides ou des fongicides. « Nous sommes formés en amont de l’exposition et nous devons remplir un cahier au jour le jour pour que les services vétérinaires puissent vérifier que l’on respecte bien le protocole d’élevage. Il ne s’agit pas seulement de les présenter et de leur donner trois feuilles de temps en temps. »  À ces obligations s’ajoute l’évolution des sensibilités quant au bien-être animal. Aujourd’hui, les équipes y réfléchissent et anticipent les interrogations sur le sujet. De fait, mettre en scène des organismes vivants ne sert pas qu’à attirer les foules. Il y a un réel intérêt didactique derrière leur présence. « On peut organiser des expositions sans individus vivants mais c’est beaucoup moins pédagogique », admet Cécile Houget.

Rendre la science concrète


Observer les interactions entre des insectes sociaux, la manière dont une araignée se cache ou la hiérarchie mise en place par les rats rend la science concrète. « La meilleure façon de faire connaître des animaux, c’est à travers l’observation de leurs comportements, poursuit la responsable. Il est parfois difficile de les voir dans la nature, c’est donc important de pouvoir le faire lors d’événements comme ceux-ci. Enfin, il ne faut pas oublier que le rôle de centres comme le nôtre, c’est aussi de sensibiliser le public à observer la nature. »

Alternatives 3D


Entre les contraintes juridiques, l’entretien des enclos ou la sensibilité du public, faire venir des animaux vivants dans un centre de sciences peut s’avérer compliqué, surtout lorsqu’il s’agit de gros spécimens. C’est pourquoi certaines institutions utilisent des alternatives, comme des modèles 3D en résine ou en carton. D’autres, comme le Muséum national d’Histoire naturelle, s’appuient sur les nouvelles technologies et proposent aux spectateurs de circuler entre des animaux virtuels grâce à la réalité augmentée. Ce dispositif a en outre l’avantage de pouvoir faire déambuler des espèces disparues depuis longtemps. Enfin, certains parcs zoologiques de dernière génération n’accueillent plus aucun organisme vivant mais utilisent des hologrammes (des images animées en trois dimensions) qui plongent les visiteurs au milieu de la faune de l’Arctique ou de la savane africaine.

Jimmy Leyes

TOUTES LES ACTUALITÉS

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest