L’histoire de la Nouvelle-Calédonie par ses micro-organismes marins

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N° 440 - Publié le 11 août 2026
© ROBIN QUERE
La carotte sédimentaire a été prélevée à 1 km de la côte, une zone marine qui subit l’influence terrestre.

En retraçant l’évolution des communauté microbiennes marines sur plusieurs siècles, des chercheurs ont mis en évidence les effets de l’exploitation minière sur l’écosystème côtier.

Une équipe de recherche vient de publier une étude révélant l’impact de l’exploitation du nickel sur la diversité microbienne du lagon de Thio, en Nouvelle-Calédonie. Le projet faisait suite au travail de Raffaele Siano, chercheur en génomique environnementale à l’Ifremer à Brest, qui avait déjà mis en évidence les effets des bombardements de la Seconde Guerre mondiale sur les communautés microbiennes de la rade de Brest.

Suivant la même approche, les scientifiques ont analysé une carotte sédimentaire de 2,26 m prélevée en sortie de l’embouchure de la rivière Thio. « En étudiant l’ADN environnemental archivé dans le sédiment, nous avons caractérisé les organismes unicellulaires présents au fil du temps », expose Mathisse Meyneng, chercheuse à l’Ifremer à Brest et principale autrice de l’étude. Quatre grandes phases ont été isolées sur près de mille ans : avant l’établissement de la mine, après son ouverture en 1875, après la mécanisation des outils d’extraction en 1950 et à partir des premières mesures environnementales en 1975. 

Diversité microbienne appauvrie


Résultat : « L’industrialisation de l’exploitation a marqué un tournant majeur. Les taux de sédimentation et la concentration en nickel dans le lagon ont été multipliés par cinq, la diversité microbienne s’est brutalement appauvrie. Et même si elle n’est jamais revenue à son état d’origine, on note une amélioration avec l’entrée en vigueur des règles de protection de l’environnement  » , indique Mathisse Meyneng. Très sensibles aux variations du milieu, ces communautés microbiennes sont « des sortes de sentinelles, puisqu’une variation de leur composition implique un changement de tout l’écosystème marin », souligne Raffaele Siano.

Des activités humaines terrestres affectent donc les milieux marins côtiers sur le long terme. « L’approche paléoécologique aide à comprendre comment concilier une activité anthropique clé dans un territoire avec la conservation de la biodiversité », conclut Raffaele Siano. Une approche qui a d’ailleurs été élargie à l’échelle de l’Europe sur quinze sites de neuf pays, et dont les résultats sont attendus à la fin de l’année.

Violette Vauloup

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Un compositeur en immersion dans les sciences marines

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N° 440 - Publié le 11 août 2026
© VIOLETTE VAULOUP
Simone Tolomeo à bord du Neomysis, lors d'une mission d'échantillonage du plancton, au large de Roscoff.

Cet été, la Station biologique de Roscoff a accueilli en résidence un compositeur italien. Une manière d’interroger les processus créatifs, au fil des rencontres et des sorties de terrain.

Fin juin, alors que le pays croule sous les records de chaleur, un vent frais souffle sur la station biologique de Roscoff, qui accueille Simone Tolomeo. Le compositeur et musicien italien a été sélectionné parmi plus de 90 candidats dans le cadre d’une résidence conçue avec l’Orchestre national de Bretagne (ONB).

Découvrir un monde


Ce mois en immersion dans le quotidien de scientifiques donnera lieu à une œuvre orchestrale d’une quinzaine de minutes inspirée par la richesse des écosystèmes marins, et sera jouée lors de la saison 2027 / 2028 de l’ONB.
« Ça me rend un peu triste que ce soit l’avant-dernier jour », souffle le compositeur dans la voiture qui le mène au port, où il s’apprête à embarquer auprès de chercheurs pour une sortie en mer. Sur le ponton, les blagues fusent, l’ambiance est à la rigolade. Simone Tolomeo est désormais bien connu des équipes. « On va échantillonner du zooplancton à l’aide de grands filets, c’est une manip qu’on fait tous les quinze jours depuis vingt ans », explique Thierry Comtet, chercheur CNRS en écologie marine à la Station biologique de Roscoff. « Cela permet notamment de mesurer la quantité de larves d’invertébrés et en particulier de crépidules, un mollusque introduit accidentellement des États-Unis il y a plus de cent ans, qui s’est révélé envahissant dans plusieurs zones. » 

Accoudé au pont, Simone hoche doucement la tête. C’est la deuxième fois qu’il embarque pour cette sortie de mer. Il nous explique en détail le protocole de la mission tout en racontant une anecdote sur l’îlot que le bateau dépasse. Et poursuit : « Ce mois de juin m’aura fait sortir de ma zone de confort, c’est certain. Les résidences sont un format intéressant pour composer, mais elles sont souvent entre artistes. Là, je découvre un monde et ça demande un certain effort que l’on fait moins passé un certain âge : aller vers des sujets nouveaux, faire des efforts de compréhension », raconte-t-il en couvrant le bruit des machines. C’est d’ailleurs avec l’idée de s’inspirer des sons qu’il est arrivé à la station. « Mais j’ai vite compris que c’était une mauvaise piste. » 

Processus créatifs


Il se prend alors plutôt d’intérêt pour les concepts. La symbiose par exemple, l’association durable et à bénéfices réciproques entre plusieurs organismes. « C’est fascinant et ça se traduit en musique : imaginez un motif mélodique indépendant qui, une fois intégré à un motif plus grand, ne peut plus s’en échapper », illustre Simone Tolomeo, pour qui n’importe quel objet — concret ou abstrait — peut être regardé à la fois par l’art et par la science. « Mais en sciences il y a cette question de la vérité avec un grand V alors que dans l’art il est inutile d’avoir deux fois le même regard », analyse le compositeur, pour qui la phase d’écriture viendra après la résidence. « En tant que scientifiques, ce genre d’échange nous apporte un point de vue différent sur nos recherches et nos pratiques. ça invite à réfléchir autour des processus créatifs en général », pose Fabrice Not, chercheur à la station et à l’origine du projet de résidence.

Pendant un mois, le compositeur a interrogé des scientifiques, suivi des missions de terrain et engrangé de nombreuses connaissances sur des sujets allant de la biogéochimie marine à l’écologie des populations. En fin de journée, il a pris l’habitude de reprendre ses notes au Café Ty Pierre, en face du port. « Roscoff, ce n’est pas grand, le soir il y a toujours quelqu’un de la station là-bas », note-t-il. Alors parfois les discussions se poursuivent. « C’est aussi ça, une résidence, c’est plus que récolter une matière purement scientifique, c’est par exemple voir le regard de quelqu’un s’illuminer quand il vous parle de la couleur des cyanobactéries, et apprendre quelques jours plus tard qu’il est peintre, et tout à coup tout fait sens ! » 

Violette Vauloup

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Deuxième rencontre annuelle pour le Pôle Bretagne culture scientifique

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Membres du Pôle Bretagne culture scientifique posants devant le Tara Polar Station à Lorient 11/06/2026

Le 11 juin 2026, les membres du Pôle Bretagne culture scientifique se sont réunis au Centre nautique de Lorient pour leur deuxième rencontre de l'année. Cette journée a permis de partager des initiatives en faveur du dialogue entre sciences et société, d'avancer sur les travaux structurants du réseau et de découvrir le Tara Polar Station, nouvelle base scientifique dérivante dédiée à l'étude de l'Arctique.

La matinée était consacrée à un atelier autour du lien entre sciences et société. Plusieurs structures de recherche ont présenté des projets qui font le lien entre les sciences et la société. Parmi eux figuraient des grands projets labellisés SAPS (Science Avec et Pour la Société) comme STREAMS, TISSAGE. Certains intervenant·e·s sont rentrés dans le détail en présentant des projets plus précis comme la Boutique des sciences, le projet Fish & Click porté par l'Ifremer ainsi que les Échappées inattendues du CNRS. Ces présentations ont donné lieu à des échanges nourris sur les différentes approches permettant de rapprocher la recherche et les citoyens.

L'après-midi a été consacré aux travaux du Pôle. Les membres ont poursuivi les échanges autour de la future charte et du formulaire d'adhésion, afin de préciser le fonctionnement collectif et les modalités d'intégration de nouveaux partenaires. Ces documents constituent une étape importante dans la structuration du réseau.

Les membres du Pôle ont continué leur discussions autours de la rédaction du magazine Sciences Ouest et de la construction d'un éventuel observatoire des données en lien avec le Master SIGAT (Géomatique, parcours Système d'Information Géographique et Analyse des Territoires). Ce projet vise à mieux connaître l'impact des actions de culture scientifique technique et industrielle en Bretagne, à partager des indicateurs communs et à développer des outils d'observation au service du réseau.

La journée s'est conclue par la visite du Tara Polar Station, organisée avec la Fondation Tara Océan. Cette immersion à bord de cette plateforme scientifique dédiée à l'exploration polaire a offert aux participants l'occasion de découvrir un équipement emblématique de la recherche environnementale contemporaine.

La prochaine réunion du Pôle Bretagne culture scientifique se tiendra le 4 décembre 2026 à Océanopolis, afin de poursuivre cette dynamique de coopération au service de la culture scientifique technique et industrielle en Bretagne.