Ce que cachent les lavoirs

Actualité

N° 429 - Publié le 25 avril 2025
Anna Sardin
Cédric Hubas et Ivan Perovic explorent la campagne à la recherche de lavoirs, pour y effectuer des prélèvements.

Regarder attentivement au fond de ces vieux réservoirs peut révéler de très précieuses informations sur la biodiversité qui les habite. D’où l’intérêt de les conserver en bon état.

« C’est la déception du chasseur de lavoir », sourit Cédric Hubas, écologue à la Station marine de Concarneau. Malgré une descente encourageante dans un champ en périphérie de Brest, pas de bassin rectangulaire en contrebas. Suivi de près par Ivan Perovic, en deuxième année de master à Université Bretagne Sud de Lorient, il rebrousse chemin, discutant déjà de leur prochaine cible. 

Collecte de biofilms 


Le chercheur et son étudiant n’en sont pas à un lavoir près : pour le projet Biolav, ils ont pour mission de récupérer des échantillons de biofilms dans le plus de sites possibles, parmi la centaine épinglée sur leur carte. « Les biofilms, ce sont des micro-organismes qui se développent sur les surfaces solides immergées, explique Cédric Hubas. Leur intérêt, c’est qu’ils forment comme un mucus, qui peut conserver les ions, les traces de polluants, mais surtout l’ADN des organismes qui sont passés par là. Ainsi piégé, ce dernier se conserve plus longtemps, et l’analyse des biofilms permet d’en savoir long, par exemple sur les amphibiens qui seraient passés par là. »

Protection des amphibiens


Quelques kilomètres plus loin, le prochain lavoir sur la liste voit se jouer un scénario bien rôdé. Gants, tube et seringue de prélèvement sont extirpés du coffre de la voiture, transformé en petit laboratoire. Pendant qu’Ivan récupère du liquide à la pipette et le fait passer dans le filtre portatif, Cédric mesure la température de l’eau, sa concentration en oxygène et prend quelques notes sur l’état du lavoir. Les échantillons collectés seront ensuite envoyés à un laboratoire, qui leur retournera l’ADN dûment séquencé. 

Ils comptent y déceler les traces d’amphibiens et de bactéries, confirmant ainsi ce que certaines associations avancent depuis longtemps : ces réservoirs délaissés abritent une riche biodiversité. Des tritons et des salamandres, tout d’abord, mais aussi d’autres amphibiens, plus rares, dont certains sont en voie de disparition. « En plus de leur valeur patrimoniale, les lavoirs ont une valeur écologique. Alors que les amphibiens sont mis en danger par la fragmentation et la disparition de leur habitat, les lavoirs pourraient en partie aider à leur conservation. » Une nouvelle utilité pour ces bassins désaffectés, comme le lavoir B16, situé hors de la ville. 

Zones humides permanentes


Après quelques minutes de recherches et une rapide consultation des promeneurs, le duo le déniche dans un recoin de forêt. Là, surprise : il abrite deux larves de salamandre tachetée.« Contrairement aux mares, les lavoirs ne s’assèchent pas l’été. Ils peuvent donc constituer des zones humides permanentes. À condition d’être correctement entretenus, ils jouent un rôle essentiel dans la reproduction de ces espèces ! », se réjouit le scientifique, qui voudrait étendre les recherches au niveau européen et développer un protocole de prélèvement simple pour que tout un chacun puisse s’y essayer au lavoir du coin. 

Anna Sardin

TOUTES LES ACTUALITÉS

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest

À la recherche des oiseaux nicheurs

Actualité

N° 429 - Publié le 25 avril 2025
Sander Meertins / Adobe Stock
Présent en ville comme à la campagne, le merle noir est l'une des espèces les plus communes en France.

170 sites ont été inventoriés aux quatre coins de la Bretagne par le protocole ONCB1 depuis son lancement en 2019, « soit des milliers d’hectares », se réjouit Guillaume Gélinaud, conservateur de la réserve naturelle des marais de Séné, qui a participé à sa mise au point. L’objectif ? Inventorier le peuplement d’oiseaux nicheurs communs afin de dégager des données comme le nombre d’espèces ou l’abondance2, mais aussi des indicateurs plus spécifiques tels que l’enjeu de conservation d’une zone, calculé à partir du statut des espèces sur la Liste rouge de l’UICN3. « Entre avril et juin, des observateurs recensent chaque contact avec un oiseau nicheur suivant un protocole précis, explique Guillaume Gélinaud. Il peut s’agir d’un merle qui mange, d’un pinson qui chante ou d’une fauvette en plein vol.» Des données ensuite analysées par l’Ora4, lequel en déduit notamment le nombre de couples par espèce. « On cherche à évaluer les effets des changements environnementaux sur ces oiseaux qui sont d’importants indicateurs de la qualité des milieux », résume le spécialiste. 

Violette Vauloup

TOUTES LES ACTUALITÉS

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest

Processions animales à risques

Actualité

N° 429 - Publié le 25 avril 2025
Christelle Robinet / INRAE Val de Loire

À cause du réchauffement climatique, l'aire de répartition de la chenille processionnaire s’étend en Bretagne, tout comme la période durant laquelle l’espèce présente un risque.

Avec l’arrivée du printemps, les arbres bourgeonnent et les sentiers invitent à la promenade. C’est au détour de ces derniers que certains promeneurs croisent la route des chenilles processionnaires, de petites créatures orangées et couvertes de poils, organisées en file indienne de plusieurs mètres. 

Le long des troncs


En France, trois espèces sont présentes. L’une d’elles est abondante en Bretagne : Thaumetopoea pityocampa, la chenille processionnaire du pin. Durant l’automne et l’hiver, « cet insecte vit au sein de nids perchés dans les branches et se développe par mues successives en se nourrissant des aiguilles des pins », explique Olivier Audras, chargé de mission environnement chez Fredon1. Puis, entre février et avril, les chenilles adultes descendent le long des troncs jusqu’au sol, où elles forment de longues et lentes colonnes. Les processionnaires du pin sont alors en chemin pour aller s’enterrer en groupe avant d’émerger sous la forme d’un papillon au début de l’été.

Un problème de santé publique


Lors de ce déplacement, si elle se sent menacée, la chenille processionnaire du pin peut libérer des poils urticants volatils, appelés des soies. Ces dernières peuvent également provenir des nids en hauteur, où des centaines de mues sont abandonnées tout au long de l’hiver. Une fois en contact avec la peau, les yeux ou les voies respiratoires, les soies libèrent une toxine pouvant entraîner une réaction allergique. « Le plus souvent les réactions sont bénignes et se manifestent par un urticaire durant deux à quatre jours, relate Jérôme Rousselet, chercheur en entomologie forestière à l’Inrae2, à Orléans. Mais dans deux cas pour mille, la réaction est grave et peut aller jusqu’au choc anaphylactique3. » Si aucun décès humain n’est à ce jour recensé en France, les morts d’animaux de compagnie et d’élevage sont quant à elles fréquentes.

Des risques en hausse


Présente depuis les années 1960 sur le littoral morbihannais, « la chenille processionnaire du pin est désormais installée jusque dans les Côtes-d’Armor, le Finistère et le Nord de l’Ille-et-Vilaine depuis le début des années 2000 », déplore Olivier Audras. Sous l’effet du réchauffement climatique, le climat breton devient en effet de plus en plus favorable à la présence de l’espèce. En plus de permettre une expansion de son aire de répartition, l’élévation des températures perturbe le cycle biologique de la chenille. « Depuis 2010, la période de procession débute de plus en plus tôt dans l’année, explique Jérôme Rousselet. In fine, ces modifications spatio-temporelles de la biologie de l’espèce aboutissent à une augmentation des risques de contact avec l’être humain, et majorent donc les dangers pour la santé publique. »

Charles Paillet

1. Association chargée par l’Agence régionale de santé de la surveillance de l’espèce et de l’accompagnement des collectivités en Bretagne.
2. Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement.
3. Réaction allergique généralisée et brutale, potentiellement mortelle.

TOUTES LES ACTUALITÉS

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest

Une exposition pour déconstruire le mythe de Vinci

Actualité

N° 429 - Publié le 25 avril 2025
Violette Vauloup

Jusqu’en août, l’Espace des sciences accueille une exposition sur Léonard de Vinci. À travers ses carnets, maquettes ou dessins, elle met en lumière la pluridisciplinarité du célèbre artiste.

Tout commence par une rangée de codex. Ou plutôt de reproductions soignées de ces carnets dans lesquels Léonard de Vinci calculait, notait et dessinait ses idées. « Avec les 17 tableaux qu’on lui attribue, ce sont les seules traces qui nous sont parvenues de lui », souligne Christelle Massol, responsable d’expositions et de médiation à l’Espace des sciences, à Rennes. Il était donc logique d’en faire la porte d’entrée de l’exposition Léonard de Vinci, à la croisée des arts et des sciences, conçue, produite et réalisée par le Château du Clos Lucé, et exposée jusqu’au 31 août à l’Espace des sciences de Rennes. 

Vis aérienne et ornithoptère


Passé ces feuillets remplis d’inscriptions, c’est comme « entrer dans l’imaginaire » du célèbre peintre, ingénieur, architecte, sculpteur, savant… des 15e et 16e siècles. Né en Italie en 1452, Léonard de Vinci passe les trois dernières années de sa vie, de 1516 à 1519, au Clos Lucé, à Amboise (Indre-et-Loire), sur l’invitation de François Ier. À sa mort, ses codex se dispersent et tombent dans l’oubli pour n’être retrouvés que bien plus tard. À partir des dessins qu’ils contiennent, le Château du Clos Lucé a reproduit certaines maquettes, comme un char d’assaut, une vis aérienne1 ou encore un ornithoptère2. Les pièces agrémentent le parcours d’exposition, complété par des manipulations illustrant des systèmes d’automatisation développés par de Vinci pour améliorer des dispositifs comme les poulies ou les engrenages.

Vision des choses


À regarder les machines volantes suspendues au plafond, on se dit que l’Italien était un peu futuriste. Pourtant, malgré la pertinence de son regard, Léonard de Vinci n’a rien inventé ni fabriqué. Ses projets, qui s’appuient sur des travaux contemporains, ne voient pas le jour ou échouent, et ses idées restent sur le papier. « Ce qui fait son originalité, c’est sa vision des choses : des plans en trois dimensions, sous tous les angles, le vol d’un oiseau décomposé à l’extrême… Essayer de visualiser ainsi des concepts pour mieux les comprendre n’était pas banal », note Christelle Massol. Un raisonnement loin des standards académiques qu’il doit peut-être à son parcours : Léonard de Vinci n’a pas été scolarisé. Ce qui ne l'a pas empêché de développer une grande précision dans l’observation, que l’on remarque notamment sur les dessins anatomiques, réalisés à partir de dissections. « Il a par exemple dessiné le cœur avec quatre cavités bien avant que les scientifiques ne découvrent cette structure », explique la responsable d’expositions. 

Et si de Vinci est souvent présenté comme un génie visionnaire, « il n’y a pourtant pas besoin d’en faire un mythe, appuie Christelle Massol. Scientifiquement son travail était déjà suffisamment précieux tel quel. Avec cette exposition, on essaie de se débarrasser des fantasmes pour rendre la juste mesure à son travail. »

Violette Vauloup

1. Cette sorte d’hélice faisait partie des idées de machines imaginées par Léonard de Vinci pour voler.
2. De Vinci s’est inspiré du battement d’ailes des oiseaux pour dessiner une machine permettant à l’humain de voler.

TOUTES LES ACTUALITÉS

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest

L’art aussi parle du climat

Actualité

N° 429 - Publié le 25 avril 2025
Paul Signac

Depuis le 1er février, un nouveau tableau est accroché aux murs du musée de Pont-Aven (Finistère). Devant Route de Gennevilliers de Paul Signac, on s’extasie bien sûr de la beauté de la peinture, on admire la technique… et on parle climat. Issue des collections du Musée d’Orsay, à Paris, partenaire de son homologue finistérien, l’œuvre fait partie d’un programme national de prêt de tableaux intitulé « 100 œuvres pour le climat ». Elle a été sélectionnée par les élèves de la classe d’arts plastiques du collège Penanroz, à Pont-Aven, qui ont assisté à l’accrochage. 

Participer à la réflexion citoyenne
 

« Il y avait un projet de médiation autour des arbres avec eux, donc ils ont choisi parmi la liste d’œuvres en fonction de ce critère, précise Sophie Kervran, directrice et conservatrice en chef. Ce tableau montre des arbres chenus qui perdent leur vitalité, et en arrière-plan une usine. Il permet d’aborder le changement climatique et les débuts de l’industrialisation. » Des temps de discussion ont été organisés avec les élèves et le grand public, qui peut retrouver l’œuvre dans le parcours permanent du musée jusqu’au 18 mai. « Au-delà de son intérêt esthétique, l’art peut raconter des choses sur notre vie actuelle et participer à la réflexion citoyenne », ajoute Sophie Kervran. Il est également possible d’admirer, au Musée national de la Marine à Brest, Les Glaciers, mer de Kara, une toile d’Alexandre Sergejewitsch Borisoff, tout en méditant sur la fonte des glaces. 

Anna Sardin

TOUTES LES ACTUALITÉS

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest

Quand la science s'invite au bar

Actualité

N° 429 - Publié le 24 avril 2025
PINT OF SCIENCE

À la fin du mois, le festival international Pint of science revient pour réunir scientifiques et grand public, autour d’une bière ou d’un café.

Se voir expliquer comment dépolluer la Terre, quels sont les grands principes de l’IA ou quel pourrait être le futur de l’Univers tout en buvant un verre au bar : c’est possible, trois jours par an, grâce à Pint of science. Importé du Royaume-Uni en 2013 par la neuroscientifique Élodie Chabrol, le festival, littéralement intitulé « une pinte de science », en est à sa 12e édition française. Le concept : une thématique, un bar ou un café, deux interventions de scientifiques et un jeu qui rassemble. « L’idée, c’est de faire sortir la recherche des laboratoires et de la rendre accessible au grand public, exposent d’un commun accord Lucie, Marion, Fred et Anaïs, les quatre coordinatrices rennaises de l’édition 2025. C’est d’ailleurs un exercice que les scientifiques sont amenés à faire de plus en plus. »

Un cadre informel


Benjamin Guillaume, chercheur au laboratoire Géosciences, à Rennes, a participé à l’une de ces soirées l’année dernière. Sollicité par l’organisation, il s’est « saisi de l’opportunité avec plaisir », poussé par les retours enthousiastes de ses collègues. Et l’expérience ne l’a pas déçu : « J’ai bien aimé le cadre, assez informel. C’est toujours enrichissant de discuter avec des non-spécialistes, ils posent des questions auxquelles on n’a pas l’habitude de répondre ! ». S’il est plutôt un habitué de la vulgarisation, il dit mesurer la chance de disposer de ce type d'espaces, finalement assez rare. « Ce n’est pas toujours simple de communiquer sur nos recherches. Je pense que c’est une bonne opportunité pour les montrer au grand public, ce qui me semble essentiel dans le contexte actuel. » Il prévoit d’ailleurs d’y retourner en tant que spectateur.

Dans toute la région


Cette année, l’événement se déroule dans 55 villes en France, dont six en Bretagne : Rennes, Brest, Ploërmel, Quimper, Roscoff et Lannion. Après plusieurs années d’interruption, le festival est de retour dans cette dernière ville. « Il y aura trois soirées, avec des interventions sur les idées reçues sur l’informatique, l’usage des lasers et les biais dans les médias, annonce Marie-Anne Lacroix, enseignante-chercheuse à l’Enssat1, qui a repris le flambeau avec l’association des doctorants de Lannion. Je trouve ça crucial que le public puisse savoir ce que l’on fait, puisque la recherche publique leur est destinée ! Pour moi, ça fait partie de la démocratie de partager ce que l’on sait. » 

Pour les organisatrices, toutes bénévoles, « il est important d’entretenir cette vision moins hiérarchique entre le public et le chercheur, de le désacraliser. » À Rennes, le programme est très riche : du 19 au 21 mai, 37 conférences sont organisées, ainsi qu’une soirée en anglais et un « diabolo science », une version pour les enfants, sur la chimie amusante. 

Anna Sardin

1. École nationale supérieure des sciences appliquées et de technologie de Lannion.

TOUTES LES ACTUALITÉS

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest

DOSSIER

La révolution IA

N° 428 - Publié le 28 mars 2025

TOUT LE DOSSIER

Abonnez-vous à la newsletter
du magazine Sciences Ouest

Suivez Sciences Ouest