Le corps humain face au froid

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N° 426 - Publié le 31 janvier 2025
© MIHTIANDER / ISTOCK
Si la température du corps descend sous 35 °C, c'est l'hypothermie.

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Au cœur de l’hiver, impossible de ne pas remarquer le froid qui mord les joues. Une exposition trop intense à des températures basses peut d’ailleurs être mortelle. Mais que se passe-t-il quand l’organisme se refroidit ?

Les ours hibernent, les baleines ont de la graisse, les loups une fourrure… mais les humains sont nus. Pour faire face à de basses températures, nous avons été contraints de nous abriter, de concevoir des vêtements et de trouver un moyen de se chauffer. Car le froid peut coûter la vie. Le danger réside en effet dans un refroidissement trop important de l’organisme puisque pour bien fonctionner, nos organes ont besoin d’une température qui avoisine les 37 °C. En dessous de 35, c’est l’hypothermie.

Vaisseaux sanguins


« Il n’existe pas de seuil de température ambiante à partir de laquelle il est dangereux de rester dehors, tout dépend du type et de la durée d’exposition, de l’équipement ou encore de la préparation physique, précise Nicolas Peschanski, urgentiste au CHU de Rennes. En hiver, une nuit dehors à 6 ou 7 °C peut suffire à entraîner une hypothermie profonde. » Et les risques varient aussi selon le milieu : à températures égales, le refroidissement est par exemple deux fois plus rapide dans l’eau que dans l’air « parce que c’est un meilleur conducteur thermique », explique Jean-Baptiste Lascarrou, médecin réanimateur au CHU de Nantes. C’est pour cela qu’une personne coincée sous une avalanche de neige entre plus rapidement en hypothermie. « Et si vous tombez dans l’océan Arctique, votre survie est de cinq à huit minutes », évalue Nicolas Peschanski.
Mais quels mécanismes se cachent derrière l’hypothermie ? « Le corps humain réagit en concentrant le volume sanguin vers les organes vitaux », souligne l’urgentiste. Les vaisseaux qui alimentent les extrémités (pieds, mains, nez…) se resserrent : c’est la vasoconstriction. « Comme la chaleur est diffusée dans le corps par le sang, ne pas alimenter ces zones évite une déperdition », ajoute Jean-Baptiste Lascarrou. Mais si des cellules restent trop longtemps coupées de tout afflux sanguin, elles finissent par mourir, occasionnant des gelures. « En cas de froid extrême, un phénomène de cristallisation de l’eau les abîme aussi, les membres congèlent et c’est ainsi que certains perdent des doigts par exemple », complète le médecin réanimateur. 

En veilleuse


Quand la température du corps passe sous la barre des 30 - 32 °C, on observe un ralentissement global des métabolismes cérébral, pulmonaire et cardiaque. Il arrive aussi, dans une phase plus tardive, qu’un individu tombe dans le coma. « C’est à la fois un signe clinique de gravité et un phénomène naturel d’adaptation qui permet de mettre un certain nombre de fonctions en veilleuse », note Nicolas Peschanski. Malgré ses dangers, le froid est parfois recherché pour des effets bénéfiques, comme en médecine, où il peut être mobilisé pour plonger des patients en hypothermie après un arrêt cardiaque. « La baisse de la température entraîne un ralentissement de l’activité cérébrale et limite donc les séquelles neurologiques », indique Jean-Baptiste Lascarrou.

Violette Vauloup

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« Pour savoir qui est un historien, regardez ce qu’il étudie »

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N° 426 - Publié le 31 janvier 2025
© ASTRID DI CROLLALANZA / FLAMMARION

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Guillaume Blanc est enseignant-chercheur en histoire contemporaine à l’Université Rennes 2 et spécialiste de l’histoire de l’environnement et de l’Afrique.

À loccasion de la sortie de La nature de lhistorien1  le 13 février, il revient sur la manière dont notre parcours influence notre travail et sur lexercice un peu particulier auquel il sest pliélégo-histoire.

Pourquoi avoir écrit ce livre ?


D’abord, c’est un exercice imposé. En France pour devenir professeur et diriger des thèses il faut rendre trois manuscrits, dont l’un, l’égo-histoire, raconte de manière réfléchie le parcours personnel, c’est une sorte d’auto-analyse. Si j’ai voulu publier la mienne, ce n’est pas tant pour parler de moi que pour fournir une biographie collective du monde de la recherche. L’Université française coule mais peu de gens y accordent de l’importance car au fond personne ne sait vraiment ce que l’on y fait, notamment au département d’histoire. Je voulais rendre l’exercice utile en montrant qui produit le savoir et dans quelles conditions.

Vous écrivez que « l’historien ne fait rarement qu’étudier le passé : il passe aussi son temps à dénouer les liens entre ses passés et ses présents ». Que voulez-vous dire ?


Pour savoir qui est un historien, regardez ce qu’il étudie. Il y a toujours un lien entre le chercheur et son objet. Je me suis mis à étudier la nature car j’ai perdu mon père tôt et qu’elle représentait une forme de stabilité. J'ai grandi dans des HLM porte de Vanves, à Paris, la nature était aussi l’image de la liberté. Ce qui nous construit se répercute forcément dans nos choix professionnels et la manière dont on travaille. L’égo-histoire demande un effort d’objectivation des liens qui nous unissent à notre métier et c’est assez sain, je trouve.

Dans quelle mesure être historien vous a aidé à faire votre propre histoire ?


Avec mon métier, j’essaie d’analyser comment le passé pèse sur le présent. Par exemple, l’expulsion de paysans des parcs naturels kenyans ou tanzaniens est le résultat de différentes couches d’histoire ; le colonialisme, le post-colonialisme et le néolibéralisme se superposent dans la lecture du présent. De même, je suis le produit de la mort de mon père, d’une enfance en ZEP, d’une scolarité dans un collège à 30 % de réussite au brevet, de mes études à la Sorbonne ou encore des petits jobs que j’ai faits. Plus je me demande comment je fonctionne, mieux je comprends comment marche l’histoire.

Justement, comment cet exercice permet-il d’éclairer la figure de l’historien ?


Tout le monde pourrait faire son égo-histoire. Peu importe le métier, on y amène forcément un peu de nous, même quand notre travail consiste à produire de la connaissance. Alors dire qu’un récit historique est neutre est entièrement faux, mais on peut tendre à l’objectivité en prenant conscience de la manière dont notre parcours influe sur la production du savoir.

Violette Vauloup

1. CNRS Éditions (2025).

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Qu’est-il arrivé aux saumons ?

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N° 426 - Publié le 31 janvier 2025
© PAUL ABRAHAMS / ADOBE STOCK
Les saumons passent une partie de leur vie dans les cours d'eau avant d'entamer une migration vers la mer.

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La pêche au saumon atlantique est interdite cette année en Bretagne. Une mesure de précaution qui vise à faire face à un effondrement des populations, lequel trouve pourtant son origine ailleurs.

Face au déclin des populations de saumon atlantique, la préfecture de Bretagne a publié début janvier un arrêté interdisant leur pêche en 2025. Une mesure qui s’applique aux professionnels comme aux amateurs. « Les captures (…) sont en baisse continue depuis 2015 et ont atteint un niveau critique en 2024, niveau jamais atteint depuis le début des comptages », note l’arrêté préfectoral.

Phase marine


À la station de contrôle des poissons migrateurs de Pont-Scorff, dans le Morbihan, « on a compté une cinquantaine de saumons adultes remontant le Scorff en 2024. Les années de moyenne haute, on était à 350 voire 400 », compare Étienne Rivot, enseignant-chercheur en écologie halieutique à l’Institut Agro Rennes-Angers et à l’unité Decod1. Or, moins d’individus adultes signifie moins de reproduction donc moins de juvéniles, et la tendance ne risque pas de s’inverser dans les années à venir. « Les saumons se reproduisent dans les cours d’eau où les jeunes passent un à deux ans, puis rejoignent la mer pour une migration d’une à deux années avant de revenir en rivière », explique le spécialiste, qui ajoute que « le déclin mesuré en Bretagne s’observe sur toute la façade atlantique européenne ».
Au début du 20e siècle, l’installation de barrages hydroélectriques a largement réduit les zones de reproduction, mais dans les dernières décennies certaines constructions ont été aménagées voire arasées. La qualité de l’eau des rivières, elle, a cessé de se dégrader. Alors, comment expliquer le déclin du saumon atlantique ? « On pense que le phénomène trouve son origine dans la phase marine ; nos études montrent que les juvéniles meurent de plus en plus en mer et ceux qui reviennent sont plus petits et plus maigres, remarque Étienne Rivot. Beaucoup d’éléments convergent vers l’idée qu’ils ne trouvent pas assez de nourriture, sans doute car les modifications des écosystèmes marins liées au dérèglement climatique déstabilisent la chaîne alimentaire. »

Unique solution


Certaines populations, les plus nordiques, se portent malgré tout mieux que d’autres. Il faut dire que les poissons du sud, confrontés à des conditions de moins en moins propices à leur développement, sont extrêmement vulnérables. « La France est à la limite sud de l’aire de répartition du saumon, où les conditions de vie dans les cours d’eau et en zone marine risquent d’être de plus en plus défavorables », souligne le spécialiste. Dans ce contexte, interdire la pêche au saumon est-il efficace ? D’autant plus qu’en Bretagne, la pratique est presque exclusivement récréative. Pour le chercheur, il faut « distinguer les causes des leviers : fermer la pêche est l’unique solution pour agir à court terme ». Et l’importante zone de pêche commerciale en France, dans le bassin de l’Adour, est par ailleurs également concernée par une interdiction de pêche en 2025.

Violette Vauloup

1. Dynamique et durabilité des écosystèmes.

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Ministres au Parlement, quand les pouvoirs s’entremêlent

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N° 426 - Publié le 31 janvier 2025
© CC BY-SA 4.0 / STEFFEN PRÖSSDORF
Au Bundestag, la chambre basse du Parlement allemand, les ministres s'installent face à l'hémicycle.

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Une doctorante en droit s’intéresse aux relations entre les ministres et l’espace parlementaire. En comparant différentes constitutions, elle veut montrer comment les pouvoirs interagissent aujourd’hui.

Une « bizarrerie juridique ». C’est ainsi que Dounia Fagnen Barro qualifie l’exception française selon laquelle une fonction ministérielle est incompatible avec un mandat parlementaire. En clair, depuis 1958 en France, l’article 23 de la Constitution empêche un ministre d’exercer un mandat de député ou sénateur. « C’est loin d’être le cas partout en Europe1 et cela pose des questions, les membres du gouvernement ont un pouvoir important, or s’ils ne tirent leur légitimité que du chef de l’État, elle reste discutable », analyse cette doctorante en droit public à l’IDPSP2, à Rennes.

De la fusion à la confusion


Depuis fin 2023, elle prépare une thèse sur « l’entrelacement des pouvoirs » en s’intéressant à la présence des ministres dans l’espace parlementaire. Et la chercheuse ne se contente pas de lire des textes de loi. Elle revient d’une semaine d’observation dans les parlements belges et néerlandais. « On ne peut pas se contenter de lire des constitutions, c’est comme une pièce de théâtre : dur à comprendre tant que ce n’est pas joué », compare la doctorante.

Un travail de terrain qui permet aussi de réaliser l’importance de la dimension symbolique véhiculée par l’architecture des lieux. « En Allemagne ou aux Pays-Bas quand les ministres doivent répondre aux questions des parlementaires, ils sont assis sur des bancs qui font face à l’assemblée. En France, ils s’installent en bas de l’hémicycle, ce qui donne l’impression d’une fusion entre les deux fonctions alors que ce n’est pas du tout le cas, et peut entraîner de la confusion. Ce sont des détails qui peuvent sembler futiles mais qui disent beaucoup de la manière dont les ministres s’approprient l’espace parlementaire », décrypte Dounia Fagnen Barro. 

Vide juridique


À l’été 2024, malgré l’incompatibilité des deux rôles et pour la première fois sous la Ve République, des ministres ont pourtant siégé à l’Assemblée nationale. En France, lorsqu'un gouvernement démissionne, comme en juillet dernier, il ne quitte pas immédiatement ses fonctions mais reste en place pour assurer le fonctionnement minimal de l’État : on parle alors de gouvernement d’affaires courantes. Parmi ce dernier, 17 ministres élus députés ont pu prendre part au vote des lois tout en exerçant une fonction ministérielle. « La Constitution n’a pas prévu ce cas de figure, on s’est retrouvés face à un vide juridique qui questionne la séparation des pouvoirs », résume la doctorante. Une situation qui illustre encore un peu plus la nouvelle dynamique qu’elle cherche à expliquer. « Les pouvoirs exécutif et législatif ne sont pas isolés, souligne Dounia Fagnen Barro, je veux montrer à quel point ils sont imbriqués et comment ils interagissent, c’est-à-dire essentiellement à travers la figure du ministre, dans des circonstances très différentes. »

Violette Vauloup

1. Où traditionnellement les régimes de type parlementaire autorisent ce cumul.
2. Institut du droit public et de la science politique.

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La grippe aviaire menace la faune des Terres australes

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N° 426 - Publié le 31 janvier 2025
© MZPHOTO11 / ADOBE STOCK
Les grands albatros font partie des nombreuses espèces touchées par le virus.

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L’épizootie mondiale d’H5N1 fait des ravages jusque dans les contrées les plus éloignées. Sa présence vient d’être confirmée sur l’île de la Possession et sur une côte des îles Kerguelen, deux territoires gérés par les Terres australes et antarctiques françaises, grâce aux échantillons prélevés par les équipes du CEBC1 et du CEFE2, en mission avec l’Ipev3, et analysés par le laboratoire national de référence de l’Anses4, à Ploufragan. « Sur l’archipel Crozet, nous craignons que dans certaines colonies, près de 80 % des jeunes éléphants de mer nés en 2024 ne soient morts de la maladie, estime Charles-André Bost, le directeur du CEBC. Pour les manchots royaux, on compte plus de 500 individus adultes morts5. Des grands albatros ont aussi contracté le virus, ainsi que d’autres oiseaux, comme les goélands et les skuas. » Une pression supplémentaire qui pèse sur ces populations déjà fragilisées par la surpêche, et qui pousse les chercheurs à prendre d’infinies précautions pour éviter toute contamination.

Anna Sardin

1. Centre d'études biologiques de Chizé.
2. Centre d'études fonctionnelles et évolutives
3. Institut polaire français Paul-Émile Victor.
4. Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail.
5. L’archipel compte plus de 500 000 couples reproducteurs.

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Parsifal, un bateau scientifique pas comme les autres

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N° 426 - Publié le 31 janvier 2025
© DES REQUINS ET DES HOMMES
Le Parsifal devrait partir pour sa première mission cet été.

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Rénové par les scientifiques de l’association Des requins et des hommes, le voilier nouvellement équipé prendra la mer pour sa première campagne océanographique cet été.

Restaurer un voilier pour en faire un laboratoire flottant et observer au plus près les squales : c’est une idée qui a d’abord germé dans la tête d’Armelle Jung, fondatrice de l’association Des requins et des hommes, basée à Plouzané. Mais c’est grâce à trois jeunes bénévoles qu’elle est devenue réalité. Lucas Zaccagnini, aujourd’hui chargé de mission scientifique au sein de l’association, et deux de ses amis, ont achevé la remise en état et l’équipement du Parsifal, un bateau récupéré en 2021 par l’association pour étudier les requins-taupes en mer.

Un mini-laboratoire


Construit par un amateur en 1975 et resté à terre durant douze ans, les travaux pour en faire une embarcation scientifique sont titanesques. « Il fallait avant tout trouver un moteur et le réinstaller, mais aussi démonter et rénover la coque en acier qui avait rouillé, et refaire l’installation électrique, y compris poser des panneaux solaires plus larges pour pouvoir travailler à bord », détaille le jeune homme. Ni une, ni deux, les manches se retroussent et en juin 2024, le bateau est enfin à l’eau, prêt à prendre le large.
L’équipe y installe petit à petit de quoi faire ses recherches. « Nous voulions que le voilier soit le plus polyvalent possible en y installant un mini-laboratoire et des outils de prélèvement en profondeur. Sous le bateau est fixé un récepteur acoustique qui peut détecter les balises installées sur certains animaux », indique Lucas Zaccagnini. Au programme : plongées, identification de requins grâce aux photos et prélèvements d’ADN environnemental1.
Et ce n’est que la première étape de cette « belle aventure ». Ces derniers mois, le Parsifal est sorti pour de petites navigations de préparation en vue de sa grande mission, qui devrait avoir lieu cet été. « Les requins-taupes, que nous suivons dans le Trégor depuis quatre ans, sont des animaux très mobiles. Nous voulons rejoindre l’Irlande et en faire le tour pour travailler avec nos homologues irlandais qui étudient aussi l’espèce, puis descendre par le golfe de Gascogne jusqu’au Gouf de Capbreton2, cette fois en collaboration avec des équipes espagnoles. »

Recherche non-invasive


L’idée est de mieux comprendre l’écologie du requin-taupe, ses habitudes et son mode de vie, mais aussi récolter des données sur différentes espèces pour d’autres équipes scientifiques. En plus de promouvoir un mode de recherche bas carbone et low-tech, le voilier permet de mieux observer la faune marine. « Certains animaux fuient quand ils perçoivent du bruit, d’où l’intérêt de ne pas avoir de moteur, explique Armelle Jung. Nous pourrons aussi accéder à des zones en pleine mer ou près des côtes, loin des routes classiques des campagnes océanographiques. » Des recherches sur le monde marin qui se veulent le moins invasives possible pour les animaux, et pour lesquelles, finalement, « le voilier suffit largement ! »

Anna Sardin

1. Fragments génétiques laissés par la biodiversité dans un milieu donné.
2. Canyon sous-marin au large des Landes.

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Tâtonnements artistiques en laboratoire

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N° 426 - Publié le 31 janvier 2025
© VIOLETTE VAULOUP
Les deux artistes testent leurs idées en laboratoire.

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Depuis plusieurs mois, deux plasticiens côtoient des scientifiques rennais pour créer une exposition. Sur la paillasse, méthode scientifique et création artistique entrent en fusion.

L’ air est piquant et les passants emmitouflés. Personne ne s’attarde dehors en ce matin d’hiver. Personne, sauf Fred Murie. Assis contre une table de pique-nique, l’artiste attend son compère devant l'Observatoire des sciences de l'environnement de Rennes (Oseren). Le voilà qui arrive, les bras chargés d’une caisse en carton remplie de matériel. « Des aimants et de l’eau saturée en sel », lâche Flavien Théry dans un souffle de buée. Les deux acolytes entrent dans le bâtiment, se perdent dans les couloirs et se trompent d’étage, jusqu’à tomber sur Tanguy Le Borgne, physicien spécialiste des eaux souterraines, qui se propose de les guider au laboratoire. « On n’a pas l’habitude de ce genre de visiteurs », glisse-t-il.

Cerveau de souris


Dans le cadre d’une commande des Champs Libres, Fred et Flavien, deux artistes rennais qui travaillent ensemble au sein du collectif Spéculaire, doivent réaliser une vingtaine d’œuvres sur le thème du monde invisible pour une exposition prévue en 2026.
L’objectif ? Proposer une « expérience esthétique ouvrant un regard à la fois émerveillé et intranquille sur ce monde que nous ne pouvons voir », peut-on lire sur le site de Spéculaire. Et parmi les pièces, certaines seront issues d’une collaboration avec six laboratoires rennais. « On explore des aspects très variés de l’invisible : l’infiniment petit, les forces électromagnétiques et le temps, énumère Fred Murie. Mais ce qui échappe à notre vision, c’est aussi l’imaginaire et la manière dont fonctionne le cerveau, c’est une part invisible de notre réalité. » 


© VIOLETTE VAULOUP
Le fluide suit l'impulsion magnétique des aimants.

Cette réflexion sur le cerveau les guide depuis que Joris Heyman, chercheur CNRS à l’Oseren spécialisé en mécanique des fluides, leur a montré une représentation agrandie d’un cerveau de souris. À mi-chemin entre le réseau racinaire ou hydrographique, il faut imaginer un entremêlement de canaux et de voies qui « nous a donné envie de visualiser une pensée en faisant glisser un fluide magnétique, contrôlable à l’aide d’aimants, dans un cerveau humain en plastique », raconte Flavien Théry. De fil en aiguille, l’idée a évolué mais l’image d’une pensée qui circule est restée. En décembre, ils sont venus tester dans les locaux de l’Oseren une nouvelle hypothèse, directement inspirée des travaux de Joris Heyman, qui étudie l’écoulement de l’eau dans le sol en le modélisant avec des billes.
 

L’atmosphère du lieu


Dans le laboratoire presque désert, Fred et Flavien s’installent autour d’une table. Joris leur a laissé des tubes et des billes. « Il faut d’abord mettre le liquide ou les billes selon toi ? » Ils tâtonnent, glissent des billes translucides dans de petits tubes qu’ils remplissent d’une eau saturée en sel et ajoutent le ferrofluide, visqueux et très noir. L’eau salée est censée empêcher le fluide de se dissoudre et de s’accrocher au verre. Les deux artistes promènent un aimant autour du liquide et le fluide suit l’impulsion magnétique. « Très décevant, ça colle aux billes », souffle Fred.

Ils multiplient les tests, changent la taille des billes ou les enlèvent totalement, remplacent l’eau par du glycérol… « Notre démarche est très comparable à celle des scientifiques », souligne Flavien Théry, bientôt interrompu dans ses manipulations par l’arrivée de Joris Heyman. « Et si vous rajoutiez du savon dans l’eau pour créer une tension de surface et éviter que le fluide n’accroche ? », suggère-t-il. Les deux plasticiens lèvent un sourcil, intéressés. Et Joris manipule à son tour l’aimant. 

« Ils transforment nos sujets d’études en projet artistique, c’est intéressant à voir, raconte le chercheur. J’apporte quelques compétences techniques mais on leur donne surtout accès au labo et à l’atmosphère du lieu. » Entre les billes et les aimants, les idées fusent et les images naissent. L’art se sert de la science. S’en inspire. Et tout se mêle, comme dans l’eau salée d’un tube oublié au bout de la table.

Violette Vauloup

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Comment les soigner ?

Cancers, de la cellule déréglée à la maladie

N° 426 - Publié le 31 janvier 2025

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Face aux cancers, tous à risques ?

N° 426 - Publié le 31 janvier 2025

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Le cancer du sein, un illustre inconnu

Cancers, de la cellule déréglée à la maladie

N° 426 - Publié le 31 janvier 2025

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