Ce que révèlent les bijoux du passé

Les bijoux, d'hier à nos jours

N° 429 - Publié le 28 avril 2025

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La révolution des métaux

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L’or, un métal inaltérable

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Loin d’être réservés aux femmes

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La Bretagne debout pour la science

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N° 429 - Publié le 25 avril 2025
Arnaud César VILETTE / OLA News / MAXPPP
Manifestation Stand up for science, le 7 mars 2025 à Paris.

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Dans le sillage des mobilisations aux États-Unis, le monde de la recherche français a largement suivi le mouvement Stand up for science, et les scientifiques bretons ne sont pas en reste.

« Le mot qui résume ce qui se passe dans la communauté scientifique depuis l’élection de Trump, c’est la peur. » C’est en ces termes que s’est exprimé début avril Nicolas Flagey, un astrophysicien français parti travailler aux États-Unis, lors d’une conférence en ligne organisée par la branche française de Stand up for science. Rapidement devenu international, ce mouvement s’est formé en réaction à « des attaques frontales contre la connaissance, la recherche et la vérité » menées par le président républicain depuis sa prise de fonction au mois de janvier. Des financements suspendus ou annulés, des données rendues inaccessibles, des mots devenus interdits, des licenciements massifs au sein des agences fédérales… « C’est du jamais-vu, souffle Karl Jacoby, historien spécialiste des États-Unis à l’Université de Columbia. La magnitude des changements et de leurs effets ici est impressionnante, et tout cela est arrivé très rapidement. »

Inquiétude mondiale


À Rennes, Brest et Plouzané, mais aussi à Roscoff, Lannion, Vannes, Lorient, Pontivy et Dinard, les scientifiques se sont mobilisés pour soutenir leurs homologues outre-Atlantique. L’immense majorité des universités et des laboratoires bretons ont également soutenu et relayé les appels à manifester des 7 mars et 3 avril. Effectivement, les coupes drastiques de financements mettent non seulement en péril les scientifiques américains, mais également leurs projets et équipes de recherche, très souvent internationales. 

Laurent Memery, qui a participé aux mobilisations, illustre : « En France, pratiquement tout le monde travaille avec un laboratoire des États-Unis. Je suis océanographe, et 80 % des mesures prises pour l’océan proviennent de la Noaa1, où il y a eu des suppressions de postes, un gel des embauches et une interdiction de communiquer avec les scientifiques internationaux ». À l’IUEM2, à Plouzané, où il exerce, « les trois quarts des équipes étudient des thématiques en lien avec l’écologie, les premières visées par la nouvelle administration. Ce qu’il se passe crée un choc énorme ». 

Financement fragile


Par analogie, l’état du financement de la recherche en France inquiète également les chercheurs mobilisés. « Nous dénonçons un problème qui s’aggrave d’année en année : la recherche ne dispose pas de financement pérenne. Au contraire, ses fonds diminuent, menant à un recul net de la production des savoirs3. » Une « tendance lourde » qui inquiète particulièrement les scientifiques, craignant le sort qui pourrait leur être réservé dans les prochaines années. « S’il n’y a pas de sursaut international, il deviendra très compliqué de faire de la recherche », annonce l’océanographe. De leur côté, les chercheurs américains sonnent l’alarme : « La science est politique. C’est un bien commun, et il faut absolument la défendre comme telle ».

Anna Sardin

1. National oceanic and atmospheric administration, l'agence nationale pour l'océan et l'atmosphère. 
2. Institut universitaire européen de la mer. 
3. Selon un rapport publié en février 2025, la France est passée, en part mondiale de publications scientifiques, du 6e rang en 2010 au 13e en 2022.

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Les fleuves d’Europe plastifiés

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N° 429 - Publié le 25 avril 2025
Noëlie Pansiot / Fondation Tara Ocean
Les océans sont le réceptacle des plastiques dégradés à terre ou dans les fleuves.

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Une mission scientifique menée par la Fondation Tara Océan sur les plus grands fleuves européens a révélé qu’ils étaient massivement pollués par les microplastiques.

Un résultat inquiétant, mais qui n’a pas vraiment étonné l’équipe scientifique : du Tibre à la Tamise en passant par la Seine, la Garonne ou encore le Rhin, les neuf plus grands cours d’eau d’Europe sont contaminés par de grandes quantités de plastique. À la suite d’une mission de neuf mois menée en 2019 par Tara Océan et de cinq années de recherches, les résultats sont là. « En moyenne, nous avons compté trois microplastiques par mètre cube, expose Jean-François Ghiglione, directeur scientifique de la mission et chercheur en écotoxicologie microbienne marine au Lomic1, à Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-Orientales). En prenant l’exemple du débit de la Seine, soit 300 m3/s, on parle de 900 particules plastiques par seconde. »

Plastique dégradé


Au-delà de ce premier résultat, la proportion de microplastiques trouvée dans un état très dégradé suggère que l’altération s’opère à terre ou dans les fleuves. « Il y a quelques années, on pensait encore que le plastique se dégradait principalement en mer, explique Mikaël Kedzierski, maître de conférences à l’UBS2 et chercheur au sein de l’Institut de recherche Dupuy de Lôme, à Lorient. Aujourd’hui, on peut affirmer que les océans en sont plutôt le réceptacle. »

Dans le cadre du consortium Tara, il a travaillé sur l’identification chimique des microplastiques. Objectif : avoir quelques pistes de réflexion concernant leur origine. « Ce sont de minuscules fragments, il est donc impossible de savoir à quoi ressemblait l’objet de base. Les polyéthylènes et les polypropylènes, qui sont les plastiques les plus utilisés au quotidien, sont massivement retrouvés dans l’eau de ces fleuves, comme en mer. Ce qui est surprenant, ce n’est pas leur qualité, c’est leur quantité. » Notamment celle des petits microplastiques (moins de 0,5 mm) : leur concentration est encore plus importante que celle des grosses particules, et ce, dans tous les fleuves échantillonnés. 

Une « mauvaise nouvelle, pour Jean-François Ghiglione, car la pollution aux microplastiques a des impacts sur tout l’environnement et les organismes vivants ». En effet, au-delà des problèmes liés à l’ingestion de ces particules par les animaux, le plastique est constitué d’un polymère auquel on additionne des produits chimiques, dont on sait qu’au moins un quart sont toxiques et modifient le cycle de vie des espèces.

Les scientifiques ont également prouvé que les microplastiques transportent des bactéries. Parmi elles, au moins une, isolée dans la Loire, est pathogène pour l’être humain. « Nous avons affaire à une pollution ubiquiste3, avec des concentrations qui peuvent varier mais qui sont toujours très élevées, souligne Mikaël Kedzierski. Cela correspond à ce que d’autres chercheurs montrent : quelle que soit la matrice environnementale, le sol, les océans, l’atmosphère ou les êtres vivants, on y retrouve des traces de plastique. »

Anna Sardin

1. Laboratoire d'océanographie microbienne.
2. Université Bretagne Sud.
3. Partout à la fois.

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Les amphibiens à la loupe

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N° 429 - Publié le 25 avril 2025
Emmanuel Holder
En Bretagne, le crapaud calamite est une espèce quasi menacée : son aire de distribution est peu étendue et ses effectifs sont en déclin.

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Menacés par la destruction de leur habitat et le changement climatique, les amphibiens sont suivis de près par les scientifiques.

L’alerte sur la santé des amphibiens est régulièrement sonnée par les experts de Bretagne Vivante. « On suit ces populations depuis longtemps grâce à notre réseau de naturalistes, indique Régis Morel, chargé de mission au sein de l’association. De décembre à mai, c’est la période de reproduction, donc il faut être particulièrement attentif. » Crapauds, grenouilles, tritons et salamandres font face à deux dangers : la régression de leur habitat et les changements globaux.

« L’artificialisation des milieux naturels, la fragmentation des paysages, l’agriculture conduite de façon trop intensive… Chaque obstacle supplémentaire les fragilise, précise Stéphane Wiza, expert amphibiens et reptiles à Bretagne Vivante. On l’oublie souvent, mais ces espèces n’ont pas seulement besoin de zones aquatiques. Il faut aussi qu’elles soient interconnectées avec des zones terrestres, puisqu’une phase entière de leur vie se déroule hors de l’eau. »

Suivi des populations


Grâce à l’observatoire herpétologique1 que l’association pilote depuis 2020 avec VivArmor Nature, les naturalistes ont analysé les données récoltées ; elles sont aujourd’hui à la disposition de tout un chacun, du grand public aux décideurs politiques. Ainsi, les scientifiques peuvent « utiliser cette gigantesque base de données pour leurs recherches », comme c’est le cas au laboratoire Ecobio, à Rennes, où des généticiens étudient, entre autres, les grenouilles vertes. « Nous essayons aussi de jouer sur les stratégies locales et régionales d’aménagement et de préservation, indique Régis Morel, le responsable régional de cet observatoire. C’est notre mission, en tant qu’association, de s’appuyer sur les connaissances pour participer à ces processus ». De quoi tenter de préserver les quinze espèces d’amphibiens que l’on trouve en Bretagne, alors que plus des trois quarts d’entre elles connaissent un déclin à l’échelle nationale de l’ordre de 30 % depuis quinze ans.

Anna Sardin

1. Relatif aux reptiles et aux amphibiens.

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Dans les gènes du staphylocoque doré

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N° 429 - Publié le 25 avril 2025
Mélanie Falord, Tarek Msadek / Institut Pasteur
Bactéries Staphylococcus aureus (staphylocoque doré) observées par microscopie électronique à balayage.

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Des « petites billes microscopiques qui s’amassent en grappe de raisin ». Voici comment Hugo Robin, doctorant en microbiologie à l’Inserm1, à Rennes, décrit le staphylocoque doré. Dans le cadre de sa thèse, le chercheur s’intéresse à cette bactérie naturellement intégrée au microbiote de trois personnes sur dix sans danger, mais pouvant causer des infections lorsque certaines conditions sont réunies. « Leur gravité varie, ça peut aller du furoncle au décès, note le doctorant, mais le passage à un état virulent est toujours lié à une modulation de l’expression des gènes. » Une bascule engendrée par des interactions à l’intérieur de la bactérie, entre ses protéines et ses ARN régulateurs2. « Je cherche à caractériser ces interactions, déterminer comment elles affectent l’expression des gènes et agissent sur la virulence, résume le chercheur. Cela pourrait apporter une échelle de compréhension supplémentaire au fonctionnement de la bactérie, par exemple sur ses mécanismes de résistance aux antibiotiques », souligne Hugo Robin.

Violette Vauloup

1. Institut national de la santé et de la recherche médicale.
2. De petits éléments génétiques qui modulent l’expression des gènes.

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La contrebande de cigarettes à l'étude

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N° 429 - Publié le 25 avril 2025
Agencja Fotograficzna Caro / Alamy

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Des cigarettes sont vendues dans la rue, les voyageurs et les habitants des grandes villes ont pu le constater. « Mais il y a peu de données scientifiques sur ce phénomène, et peu de statistiques sur le volume que représente la contrebande, explique Louis Braverman, maître de conférences au Laboratoire d’études et de recherche en sociologie de l’UBO1, à Brest. Les données existantes viennent de l’industrie du tabac, qui pointe systématiquement la vente à la sauvette comme une conséquence de la politique de hausse des prix. » 

Changer de perspective


Pour dépasser cette idée reçue, Louis Braverman pilote depuis l’an dernier deux projets : l’un2 vise à mieux documenter la perte fiscale de l’État et le second3 à comprendre les raisons du recours à ce marché parallèle et les conséquences sur la santé publique. Le travail de terrain a commencé en décembre dernier. À Saint-Denis, Lyon et Marseille, pendant deux ans, les équipes associant sociologues, anthropologues et chercheurs en sciences politiques, vont observer les scènes se déroulant sur les lieux de vente, et mener des entretiens réguliers avec les vendeurs, ainsi que les consommateurs, les riverains et les élus. « Nous allons nous intéresser, par exemple, au sens que les personnes donnent à leur achat de cigarettes dans la rue. L’idée est de changer de perspective, car actuellement la réponse publique se heurte à un déficit de connaissances, ce qui ne permet pas vraiment d’agir sur cette problématique », ajoute Louis Braverman. Les premiers résultats sont attendus dans un an.

Élodie Papin

1. Université de Bretagne Occidentale.
2. Financé par la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives et la Direction générale des douanes et droits indirects.
3. Financé par l’Institut pour la recherche en santé publique et l’Institut national du cancer.

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Marion Olharan Lagan, d’Amazon à l’Université

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N° 429 - Publié le 25 avril 2025
Pauline Darley

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Des grandes entreprises au monde de la recherche, n’y a-t-il qu’un pas ? Cette chercheuse semble en tout cas l’avoir franchi. En Bretagne, elle a trouvé un port d’attache pour observer les mécanismes de domination qui façonnent le monde.

Marion Olharan Lagan marche vite. Elle slalome entre les barrières de chantier, expédie un coup de fil et renseigne à la hâte un passant égaré dans le centre-ville de Lorient. Mais une fois installée à la table du café où elle nous a donné rendez-vous, l’empressement s’efface. La chercheuse, doctorante en civilisation américaine et professeure agrégée d’anglais à l’UBS1, pose son sac et laisse son chaï refroidir.

Aux manettes


« Je mentirais si je disais que je n’appréciais pas le calme de la ville et la proximité de la mer », confie celle qui, originaire du Pays basque, a arpenté le monde pour son travail. Il faut dire que Marion Olharan Lagan n’a pas vraiment suivi le parcours classique d’universitaire. « J’ai eu une carrière dans le privé, notamment chez Amazon à la supervision des équipes qui ont conçu les personnalités française, italienne et espagnole de l’assistant vocal Alexa. Mon travail était intéressant mais ma contribution à la société n’était pas très alignée avec mes valeurs », reconnaît-t-elle.

Fin 2019, elle quitte l’entreprise pour passer l’agrégation d’anglais et se lance dans la rédaction de Patriartech2. L’essai met en lumière les mécanismes d’invisibilisation de celles et ceux qui ont contribué à des inventions majeures mais ne correspondaient pas au modèle dominant. « La tech ça ne veut rien dire, ce qui compte c’est qui y détient le pouvoir : dans l’immense majorité ce sont des hommes, blancs, qui ont toujours été dans des positions de dominants. Ça va contre le progrès social de n’avoir que des personnes qui se ressemblent à prendre des décisions pour tout le monde », soulève la chercheuse.

Archive personnelle


La terrasse se remplit et Marion Olharan Lagan nous raconte sa thèse, débutée il y a deux ans à l’Université de Montpellier Paul-Valéry, sur les représentations d’arnaqueuses américaines de haut niveau dans des séries TV. « Faire de la recherche m’est toujours resté dans un coin de la tête, j’aime bien tout ce qui relève de l’enquête », sourit-elle. Entre les cours et la thèse, le travail se glisse un peu partout, jusque dans ses rêves. Pour s’en extraire, la doctorante s’est lancée dans l’écriture d’une newsletter hebdomadaire3 dans laquelle elle partage notamment ses lectures. « Je lis plus que je n’ai d’espace », s’amuse-t-elle en vantant les mérites de la liseuse. Chaque livre est ensuite comptabilisé dans un tableau Excel : « C’est une sorte d’archive personnelle, pour certains ce sont les photos de famille, moi c’est un tableur ». 

Son « obsession du moment » ? L’écrivaine américaine Sigrid Nunez, dont elle vient de terminer Mitz, sur le oustiti de Virginia et Leonard Woolf. « En creux, ça parle de la place des plus vulnérables », lance-t-elle. Logique, pour celle qui, du monde des oustitis à celui de la tech, s’efforce de comprendre comment les dominants tentent de façonner le monde. 

Violette Vauloup

1. Université Bretagne Sud. 
2. Éditions Hors d’atteinte (2024). 
3. Word Economy, accessible sur la plateforme Substack.

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