La rade de Brest,
« un observatoire de l’effondrement »

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N° 424 - Publié le 28 novembre 2024
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Séchage des filets sardiniers de Douarnenez au port de Brest, 1915.

L’histoire de la rade a été retracée par de récents travaux qui tentent d’expliquer le déclin de sa biodiversité.

Les bateaux de pêche sont rares parmi ceux de plaisance, en rade de Brest. Une trentaine tout au plus, alors qu’ils étaient plus de 500 uniquement dédiés à l’huître plate au milieu du 19e siècle. « Tout l’écosystème de la zone s’est effondré », rapporte Lucas Bosseboeuf. Doctorant en histoire environnementale au Lemar1 et au CRBC2, à Brest, il a retracé l’histoire de la rade depuis le 18e siècle. Il tente ainsi de comprendre comment toutes les ressources de cette zone de pêche artisanale ont pu disparaître : d’abord l’huître plate en 1857, puis la coquille Saint-Jacques à l’hiver 1962, et enfin les pétoncles et les praires à partir des années 1970.

Baisse drastique de la ressource


« Ces dynamiques s'expliquent par une forme de jusqu’au-boutisme, indique le chercheur. L’exploitation des ressources s’est faite jusqu’à leur quasi disparition, l’effondrement a été total, puis tout a été tenté pour repeupler les gisements. » En atteste l’interdiction dès 1871 de récolter des huîtres, et ce durant 25 ans, alors qu’elles représentaient la principale ressource des pêcheurs. Sans succès : les stocks ne se sont jamais reconstitués. Aujourd'hui, la biomasse3 d’huîtres plates dans la rade est cent fois plus faible qu'au milieu du 18e siècle, bien que l’on notait déjà une baisse drastique de la ressource. « On peut considérer la rade comme un observatoire de l’effondrement. L’histoire de la gestion des ressources s’y répète sans cesse, et mène toujours à leur disparition », analyse Lucas Bosseboeuf. Un résultat d’autant plus étonnant qu’à l’époque de la disparition des huîtres plates, il n’y avait pas de pollution industrielle ou agricole à incriminer, mais uniquement la difficulté pour les pêcheurs de trouver le juste milieu entre exploitation et protection de la ressource.

Archives vivantes


« Une des principales difficultés d’un tel travail, ce sont les archives. La pêche en rade de Brest en est quasiment absente tout au long du 18e siècle », confie Lucas Bosseboeuf. À l’époque, la ville abritait déjà un port militaire, et toute l’attention s’est concentrée sur l’Arsenal. « À partir de 1840, il y a une prise de conscience de l’importance de la pêche dans cette zone, on a donc une meilleure documentation jusqu’à nos jours. » Si pendant trois ans le chercheur s’est principalement appuyé sur les documents fournis par la Marine nationale et par la sphère politique4, il s’est aussi tourné « vers les gens de la rade » pour collecter les archives « qui sommeillaient dans les placards et dans la mémoire collective ». Et c’était une riche idée : « Plusieurs pêcheurs m’ont raconté que le passage brutal à la motorisation, dans les années 1950, alors que rien ne l'explique dans les archives et qu’ils y étaient réticents, advient juste après une année sans vent qui a empêché les engins à voile de pêcher ». Des témoignages précieux qui lui ont permis de retracer dans les détails la grande histoire de la rade de Brest.

ANNA SARDIN

1. Laboratoire des sciences de l’environnement marin.
2. Centre de recherche bretonne et celtique.
3. Masse totale d'organismes vivants dans un lieu déterminé à un moment donné.
4. En particulier des échanges écrits entre les élus locaux et régionaux.

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Sur les traces de la loutre

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N° 424 - Publié le 28 novembre 2024
© VIOLETTE VAULOUP
On distingue même des écailles de poissons
sur cette épreinte.

Mi-novembre, le Groupe mammalogique breton a organisé une sortie de prospection de la loutre pour affiner la cartographie de la répartition de ce discret mustélidé.

Qui traversait le bourg de Brélès le matin du 16 novembre aurait aperçu un bien étrange spectacle. Une douzaine de personnes chaussées de cuissardes ou bottes en caoutchouc s’étaient réunies devant l’église de la commune du Finistère nord, sous le regard curieux des habitants les plus matinaux. Thermos de thé fumant et bonnets vissés sur la tête… Le froid n’a pas découragé ces curieux plus ou moins expérimentés de partir à la recherche de traces de loutre.

Empreintes et épreintes


« Nous sommes ici dans la dernière zone de l’ouest de la région où l’on manque de données pour affirmer que la loutre a recolonisé le territoire », commence Franck Simonnet, chargé de mission au GMB1, qui encadre la prospection. Longtemps chassé pour sa fourrure et considéré à tort comme un nuisible, le mustélidé avait complètement disparu de certains secteurs. Depuis les années 1980, il regagne du terrain à partir d’un noyau dans le Centre Bretagne. Des études génétiques confirment d'ailleurs que les loutres de la région forment une population distincte du reste de la France.

Borne olfactive


Mais avec en moyenne deux petits par an dont un seul atteint l’âge adulte, une maturité sexuelle à trois ans et une longévité de quatre à cinq années, « leur équilibre démographique est fragile », poursuit Franck Simonnet, qui ne tarde pas à distribuer des plans marqués de sites à prospecter. Le groupe se disperse alors. Il s’agit « de se mettre dans la peau d’une loutre et de lire l’environnement à sa hauteur, pour elle c’est un paysage très olfactif », explique le chargé de mission. Fort discret, l’animal ne se montre que rarement. Il faut donc chercher ses traces : des empreintes et surtout des épreintes, le nom donné à ses déjections.

Pour cela, Franck et deux prospecteurs amateurs se garent en bord de route, enjambent un talus et partent explorer les berges d’un ruisseau. Le groupe chemine à travers les orties et entre les ronces. Franck ouvre l’œil. Un arbre tombé en travers du cours d’eau attire son attention. Il s’enfonce dans le ruisseau, s’approche de l’arbre. Bingo. Au milieu du tronc mousseux trône un petit amas informe sur lequel on distingue des écailles, des arêtes et même une petite mâchoire de poisson. Mais le meilleur critère pour s’assurer qu’il s’agit bien d’une épreinte, c’est son odeur poissonneuse mêlée de musc !

Une borne olfactive que la loutre ne place pas à n’importe quel endroit. « C’est un moyen de communication assez crucial entre congénères, qui permet notamment de marquer un territoire, et on en trouve souvent sur les passages obligés, comme ce pont », note le spécialiste. Petit à petit, le regard envisage le paysage autrement. Un rocher, une plage de vase ou une coulée dans l’herbe deviennent autant d’obstacles, de passerelles ou de lieux de repos. Pour peu que l’œil soit averti, on décèle vite mille traces de la vie sauvage qui foisonne à quelques mètres de nos routes.

VIOLETTE VAULOUP

1. Groupe mammalogique breton.

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Un navire pour étudier sans déranger

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N° 424 - Publié le 28 novembre 2024
© ANNA SARDIN
Le bateau amarré à son port d’attache, à Saint-Malo.

À Dinard, un bateau doté d'un mini-laboratoire et d'instruments de mesure va permettre aux scientifiques de mieux étudier la biodiversité marine.

15 mètres de long, 4,6 de large. Une coque en aluminium recyclé, une propulsion hybride, des outils scientifiques dernier cri et un intérieur adapté à l’exploration marine au long cours. La Korrigane, amarré sur un ponton du port, est le tout dernier navire, livré en septembre, pour l’usage des scientifiques de la Station marine de Dinard.

Méthodes non-invasives


Ce nouveau chalutier de recherche va remplacer le Louis Fage, construit en 1987 et devenu vétuste. Il constitue « un équipement de pointe pour mener des campagnes d’océanographie côtière de grande envergure », se félicite Éric Feunteun, coordinateur du projet, professeur au MNHN1 et chef de la station marine. Le bateau devrait permettre de faire avancer la recherche sur les méthodes d’échantillonnage non-invasives, pour récolter des informations sur la biodiversité des océans côtiers en limitant les prélèvements et les perturbations du milieu.

« De grands chantiers nous attendent, comme la caractérisation des aires marines protégées, mais aussi l’étude des zones côtières, qui sont des “hotspots” de biodiversité2 en première ligne face aux pollutions et au changement climatique », souligne le scientifique. Pour cela, La Korrigane a de nombreux atouts. En mode électrique, l’embarcation se déplace quasiment sans bruit, ce qui permet de ne pas faire fuir les poissons que l’on veut étudier. Son tirant d’eau3 est faible, elle peut donc se frayer un chemin vers les populations des eaux peu profondes, encore méconnues. Éric Feunteun prévient toutefois : « Le bateau, plus sobre, va moins vite qu’en propulsion diesel, il faut donc que nous adaptions notre fonctionnement, notamment en travaillant durant les temps de trajet ».

À son bord, un mini-laboratoire et des instruments de mesure intégrés permettent de travailler au sec et de réaliser des cartographies de grande qualité. « Beaucoup plus confortable que le semi-rigide ! », juge déjà Anne Mouget, chercheuse en écologie marine à la station. Elle montre fièrement les premiers résultats des sondeurs acoustiques installés sous la coque lors d’une première sortie en mer. Sur son ordinateur, lignes, points et couleurs s’entremêlent. « Grâce aux signaux que nous envoyons sous l’eau, nous collectons des informations bathymétriques4, sur la nature du sol et la faune marine, explique-t-elle. On peut par exemple détecter un banc de poissons, connaître sa position dans la colonne d’eau et sa taille. »

Observer sans déranger


Des cartographies de la biodiversité marine obtenues sans se mouiller les pieds, ou presque : pour savoir quel type de poisson nage sous le bateau, il faut aller voir à l’aide de plongeurs ou de caméras tractées, voire réaliser des prélèvements ciblés. Afin d’éviter cela, les scientifiques de la station voudraient progresser sur l’ADN environnemental5, une méthode qui nécessite un simple prélèvement d’eau de mer pour identifier les espèces présentes. De quoi laisser les poissons tranquilles !

ANNA SARDIN

1. Muséum national d'Histoire naturelle.
2. Zones possédant une grande richesse d’espèces.
3. Hauteur de la partie immergée du bateau.
4. La bathymétrie est la technique qui permet la mesure des profondeurs et du relief de l'océan pour déterminer la topographie du sol de la mer.
5. Fragments génétiques laissés par la biodiversité dans un milieu donné.

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Dans les poubelles de l’Histoire

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N° 424 - Publié le 28 novembre 2024
© SDAM
C'est le quatrième dépotoir retrouvé sur le site.

La récente découverte d’une poubelle du 16e siècle dans les douves du château de Pontivy pourrait permettre de répondre à de nombreuses interrogations sur le mode de vie au château à cette époque.

Morceaux de céramiques, bris de verre, aiguilles, os d'animaux… Fin octobre, des archéologues ont retrouvé de nombreux vestiges vieux de plusieurs siècles dans les douves côté nord du château de Pontivy (Morbihan). L’opération, qui prenait place dans le cadre des travaux de restauration de l’édifice, doit se poursuivre par une étude en laboratoire. Mais il est déjà possible d’affirmer que « c’est un dépotoir qui a été mis au jour dans ce fossé, ce qui n’est pas très étonnant : les douves sèches étaient des endroits pratiques pour jeter les déchets depuis les murs et les fenêtres », souligne Karine Vincent, archéologue au Service départemental d’archéologie du Morbihan et responsable des opérations au château de Pontivy.

Objets du quotidien


La poubelle moderne est effectivement une invention récente. Autrefois, les déchets étaient regroupés dans des tranchées creusées à cet effet, ou « parfois jetés dans les latrines, elles-mêmes construites au-dessus de fosses qui se sont révélées de précieuses sources d’informations archéologiques », explique la chercheuse qui précise qu'il s'agit-là du quatrième dépotoir découvert à Pontivy.

Parmi les vestiges, beaucoup de fragments de vaisselle en verre ou en céramique, mais aussi des restes alimentaires, comme des os d’animaux et beaucoup de coquilles d’huîtres. « Il y a aussi une quantité importante de petits objets du quotidien : aiguilles, épingles, monnaies… Tous ces éléments rejetés, oubliés ou cassés ont une grande valeur pour nous », insiste Karine Vincent. Puisque tout l’enjeu est maintenant d’étudier en laboratoire ces artefacts afin de dater le dépotoir qui aurait a priori été utilisé au 16e siècle, juste après la construction du château. « De janvier à mars, nous allons analyser les objets pour affiner cette datation et tenter de déterminer combien de temps cette poubelle a fonctionné », résume l’archéologue. Pour cela, les spécialistes pourront notamment s’appuyer sur les différents types de vaisselle dont la forme, le décor et la provenance évoluent avec le temps, suivant la mode.

Routes commerciales


Le dépotoir pourrait donc se révéler une précieuse mine d’informations pour mieux comprendre la vie au château. « Comment y mangeait-on ? Comment s’habillait-on ? Comment se défendait-on ? », s’interroge la chercheuse. Et la provenance de certains objets pourrait même permettre de retracer certaines routes commerciales et les échanges entre Pontivy et le reste de l’Europe. « Plus généralement, cela nous aidera à mieux comprendre la vie en Centre Bretagne aux 16e et 17e siècles, des périodes peu documentées par l’archéologie, raconte Karine Vincent. Le travail des historiens apporte des éléments liés à de grands événements et le nôtre permet de mieux comprendre le quotidien, et qu’y a-t-il de plus quotidien qu’une poubelle ? »

VIOLETTE VAULOUP

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Les parents aidants face au vieillissement

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N° 424 - Publié le 28 novembre 2024
© EYECRAVE PRODUCTIONS / ISTOCK

Pour accompagner les parents de personnes en situation de handicap, des référents réfléchissent avec eux à leur avenir.

Qui veillera sur mon enfant quand je ne serai plus là ? C’est pour répondre à cette question cruciale qu'a été mis en place le projet Après-parents, porté par l’Adapei1 du Finistère avec le soutien de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie. L’engagement de neuf structures a permis de créer un réseau de quinze référents.

Ces professionnels des domaines social et juridique se tiennent à disposition des parents de personnes en situation de handicap pour aborder leurs propres projets de vie et fin de vie, ainsi que ceux de leurs enfants. Près de 120 familles finistériennes ont déjà fait appel au dispositif dans le département depuis sa mise en place en 2022. L’association a souhaité être accompagnée de deux chercheuses pour tirer des enseignements de cette recherche expérimentale, « qui vise à élaborer des solutions concrètes à destination des parents aidants, souvent invisibilisés, précise Françoise Le Borgne-Uguen, professeure en sociologie au Labers2, à l’UBO3 à Brest. Il est essentiel, en tant que scientifique, de se rapprocher de ces questions de société pour anticiper des solutions. »

Lever un tabou


Les chercheuses ont observé les réunions et réalisé des entretiens avec l’ensemble des référents pour comprendre leurs méthodes de travail. « Ces derniers orientent souvent les parents vers d’autres référents plus spécialisés, soulève Françoise Le Borgne-Uguen. Ils échangent sur leurs pratiques, leur accompagnement, la protection juridique ou les questions de succession, et se forment au contact des autres afin d’élargir leurs compétences. »

Prochainement, des entretiens seront menés avec les parents ayant eu recours au dispositif. « Leur fin de vie est encore un tabou fort dans le contexte familial et ce projet permet de le lever, explique Suzy Bossard, maîtresse de conférences en sociologie dans le même laboratoire. Il y a tout un travail qui doit être reconnu autour du suivi du vieillissement de ces parents puis de leur décès, afin de l’anticiper et de réfléchir à une transition plus douce. »

FABIO PERRUCHET

1. Association départementale d’associations de parents et d’amis de personnes handicapées mentales.
2. Laboratoire d’études et de recherche en sociologie.
3. Université de Bretagne Occidentale.

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Espagne : après les inondations, le risque infectieux

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N° 424 - Publié le 28 novembre 2024
© JOSE JORDAN / AFP

 

Le 29 octobre, des pluies torrentielles se sont abattues sur la région de Valence, en Espagne, entraînant d’impressionnantes inondations. Quelques jours après la catastrophe, alors que les opérations de nettoyage se poursuivaient, les autorités de santé locales ont alerté sur les risques infectieux qui peuvent suivre ce type d’événement. Le lendemain, deux cas de leptospirose étaient confirmés, une maladie causée par une bactérie transmise par les urines de rongeurs.

Pathogènes et moustiques


« Dans ce genre de situation, ces animaux sont attirés par les débris alimentaires qui s’accumulent, et la bactérie se propage facilement dans l’eau stagnante », explique Matthieu Revest, infectiologue au CHU de Rennes. Le médecin souligne par ailleurs que lors d’inondations, le dysfonctionnement du traitement des eaux usées, empêchant la régulation des bactéries, virus et parasites, est à la base des risques sanitaires. « Mais tout dépend des pathogènes qui circulent dans la population : si cela se produit dans un pays touché par le choléra, il y a un risque d’épidémie », illustre l’infectiologue.

En Espagne, la surveillance épidémiologique a été renforcée afin de détecter différentes pathologies et une série de recommandations a été rappelée au public pour lutter contre les moustiques, dont la présence pourrait augmenter. « En temps normal, une grande partie des larves ne se développe pas car le niveau d’eau où sont pondus les œufs n’est pas suffisant, mais en cas d’inondation ils peuvent proliférer et diffuser certaines maladies », souligne Mattieu Revest. Des risques sanitaires qu’il convient toutefois de nuancer : « ils sont connus et surviennent dans un pays à même de les gérer ».

VIOLETTE VAULOUP

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Des monts découverts sous l’océan

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N° 424 - Publié le 28 novembre 2024
© IFREMER

 

L’Ifremer vient d’annoncer avoir cartographié seize monts sous-marins dans le Pacifique. Parmi eux, six n’avaient jamais été répertoriés. Cette découverte est le fruit d’un constat simple : « On s’est dit qu’on pourrait valoriser les temps de transit de nos bateaux qui partent en campagnes scientifiques pour étudier la morphologie des fonds marins », résume Delphine Pierre. Cette ingénieure hydrographe à l’Ifremer, à Plouzané, près de Brest, a embarqué en avril dernier pour l’une de ces missions. « Grâce à des sondeurs multifaisceaux, nous avons mesuré les profondeurs à partir de la vitesse de propagation d’ondes acoustiques dans l’eau pour réaliser une cartographie de la topographie des fonds quatre fois plus précise que celle réalisée à partir des données satellites », explique-t-elle. Des informations qui pourraient servir dans de nombreux champs, de la prévision des tsunamis à l’océanographie en passant par la gestion des ressources sous-marines ou encore la climatologie.

VIOLETTE VAULOUP

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Entre lumière et discrétion

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N° 424 - Publié le 28 novembre 2024
© ESA
Un bloom de phytoplancton bioluminescent vu du ciel.

La bioluminescence, c’est-à-dire la capacité de certains êtres vivants à produire de la lumière, peut s’avérer problématique pour les activités militaires en mer. D’où l’intérêt de mieux comprendre le phénomène.

C'est au cours d’une nuit sans lune que l’opération est lancée. Sous l'eau, les commandos Marine évoluent furtivement en direction de leur objectif. Équipé de bouteilles d’oxygène, chaque plongeur palme. Mais leurs mouvements perturbent les organismes planctoniques, pour la plupart bioluminescents. Durant une partie de l’année, ces derniers émettent de la lumière à la moindre perturbation physique pour prévenir leurs congénères d’un danger, effrayer un prédateur ou encore se signaler dans le cadre de la reproduction. Si cette bioluminescence a ses avantages pour le plancton, elle met cependant en danger l’équipe de militaires : le halo de lumière provoqué par leurs déplacements sous-marins trahit rapidement leur présence, censée être la plus discrète possible.

Un projet étonnant


C'est là qu'intervient la recherche. Prédire le phénomène lumineux afin d’éviter qu’il ne compromette des interventions à haut risque est l’un des objectifs du projet Biolumops. Lancé en janvier dernier pour une durée de trois ans, il a été présenté fin novembre aux Ateliers des Capucins à Brest, lors du colloque du Service hydrographique et océanographique de la Marine (Shom).

Pour mieux caractériser la bioluminescence, le Shom s’intéresse aux couleurs de l’océan, visibles par photographies satellites. La prolifération soudaine de plancton – un bloom – est un phénomène naturel récurrent pouvant en effet teinter la mer en rouge, vert ou brun. « En cas d’une telle profusion en plein jour il y a un risque accru de bioluminescence la nuit suivante, indique Frédéric Jourdin, ingénieur océanographe au département de géologie marine du Shom et co-coordinateur du projet Biolumops. Faciliter ce repérage depuis le ciel permettrait d’adapter la date de lancement d’une opération militaire furtive. »

Des capteurs sous l’eau


Des gliders, ou planeurs sous-marins, seront également déployés dans la Méditerranée en 2025 et 2026 en collaboration avec le MIO1. Ces engins, sur lesquels différents capteurs de bioluminescence seront fixés, « se déplacent sous l’eau pendant plusieurs semaines », détaille l’ingénieur. Un avantage, puisque cela permettra d’évaluer l’intensité et la durée des phénomènes bioluminescents. Les mesures seront ensuite analysées au regard des trajets des gliders afin de « déterminer les conditions météorologiques et physico-chimiques qui entraînent ce type d’événement, et ainsi ajuster au mieux la date et la zone de passage d’une intervention de l’armée. »

CHARLES PAILLET

1. Institut méditerranéen d'océanologie.

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