Les défis des états d’urgence

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N° 419 - Publié le 30 avril 2024
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Déclarés en cas de grave danger imminent menaçant la nation, les états d'urgence ont récemment été appliqués plusieurs fois en France. Zoom sur les limites de ces régimes juridiques qui posent question.

L’ élévation en mars dernier du plan Vigipirate à son stade maximal, « Urgence Attentat », ne s’est pas faite sans réveiller de récents souvenirs en lien avec les états d’urgence. « Ces régimes sont des outils juridiques qui permettent d’édicter des mesures exceptionnelles pour lutter efficacement contre une crise d’ampleur, et qui suspendent pour cela certains droits », explique Cécilia Guillevin, doctorante en droit public sur les régimes d’exception1 à l’Université de Rennes. Ils autorisent ainsi la restriction de certaines libertés publiques ou individuelles, via par exemple l’interdiction de manifestations, la fermeture de lieux publics, des assignations à résidence, ou encore des perquisitions administratives – autorisées par un préfet et non par un juge. Mais quid des conséquences de ces restrictions ?

Fragilisation du système


L’état d’urgence renforce temporairement le pouvoir gouvernemental et interroge donc la notion d’État de droit, notamment basée sur la séparation des pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire). « Une telle mesure peut trouver sa justification en cas de péril grave et d’ampleur », détaille la doctorante, mais c’est la récurrence et la durée de ces changements de législation qui questionnent. Les états d’urgence ont en effet récemment été appliqués et prolongés à de multiples reprises face aux menaces attentats et sanitaires, sur une durée cumulée de presque quatre ans, entre 2015 et 2021. Pourtant, un régime d’exception doit par définition rester temporaire et rarissime, sous peine de devenir la norme.

En outre, « l’intégration dans le droit commun de mesures propres aux états d’urgence ébranle également notre État de droit », continue Nicolas Le Merrer, enseignant en philosophie et organisateur de la journée d’étude « Comment résister aux états d’urgence ? » le 28 mai à l’UBO2, à Brest. Par exemple, la loi SILT3, promulguée en 2017, pérennise entre autres la possibilité de restrictions de circulation et de perquisitions dites administratives. À cela s’ajoute l’utilisation parfois contestable de ces régimes, comme par exemple lors de l’assignation à résidence de 24 militants écologistes pendant toute la durée de la COP21 en 2015, qui se déroulait à Paris.

Changement de perception


Pourtant, l’importance de ces moments politiques paraît ne pas avoir été pleinement saisie au sein de notre société, et ce malgré des critiques émanant principalement du milieu universitaire et de professionnels du droit sur le développement de ce mode de gouvernance par l’urgence. Pour Nicolas Le Merrer, « le débat sociétal relativement faible autour de ce sujet peut être assimilé à une accoutumance de notre société à ces restrictions, et risque ainsi d'affecter, peu à peu, la conception même que nous nous faisons de nos libertés ».

Charles Paillet

1. Il en existe quatre : l’état d’urgence, l’état d’urgence sanitaire, l’état de siège et l’Article 16 de la Constitution (les pouvoirs exceptionnels au Président).
2. Université de Bretagne Occidentale.
3. Sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme.

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Lumière sur la biodiversité nocturne

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N° 419 - Publié le 30 avril 2024
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Comment la nuit est-elle perçue en ville ? C’est la question que se pose la chaire universitaire Noz Breizh qui rassemble une diversité d’acteurs sur cette thématique : sociologues, psychologues, urbanistes et écologues.

Les terrains d’étude choisis pour y répondre sont situés dans plusieurs quartiers de Brest. « Ils permettent de croiser les trois dimensions du projet : l’aspect sociologique1 de la vie nocturne, le numérique en ville et le lien entre pollution lumineuse et biodiversité », précise Edna Hernández González, coordinatrice de la chaire et maîtresse de conférences en urbanisme à l’Institut de Géoarchitecture de l’UBO2 à Brest.

L’impact de la pollution lumineuse est actuellement étudié sur un taxon3 peu connu des habitants : les chauves-souris. « L’hypothèse est que ces espèces nocturnes fréquentent les haies moins soumises à l’éclairage », explique Yoann Roulet, doctorant en écologie au laboratoire Géoarchitecture de l’UBO. Un programme national de sciences participatives aide à l’analyse des données acoustiques. Son nom ? Vigie Chiro. Le grand public peut prendre part au projet en se formant, à l'aide d'un tutoriel, à la reconnaissance des cris chez les chauves-souris.
« Il n’y a pas besoin d’être un expert pour participer, ces données permettent un suivi et un partage des connaissances au niveau national », précise l’écologue.

Dans l’œil des chauves-souris


En partenariat avec le Centre européen de réalité virtuelle, un prototype est développé pour se représenter la vision des animaux et comprendre comment leur œil est sensible à la lumière. Quatre espèces ont été sélectionnées : la chauve-souris, l’oiseau, la grenouille et le papillon de nuit. « L’idée est de choisir des animaux qu’on peut croiser dans la région, en contact avec les activités humaines et la pollution lumineuse. Si je voyais comme une chauve-souris, est-ce que la lumière me dérangerait ? », déclare Yoann Roulet. Ce nouvel outil de sensibilisation sera bientôt présenté lors d’événements grand public pour relever le ressenti des usagers.

Fabio Perruchet

1. Lire Sciences Ouest n°407, mars 2023.
2. Université de Bretagne Occidentale.
3. Groupe défini d’êtres vivants.

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Que cherche le RN au Parlement européen ?

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N° 419 - Publié le 30 avril 2024
© ARIS OIKONOMOU / AFP
Estelle Delaine a débuté son travail de terrain en tant que stagiaire aux ressources humaines du Parlement, un moyen d'accéder au bâtiment et de découvrir son fonctionnement.

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À un mois des élections européennes, la sociologue Estelle Delaine décrypte les stratégies du Rassemblement national au Parlement européen et les intérêts du parti à intégrer ses bancs. 

Le 9 juin, les Français éliront leurs représentants au Parlement européen. Le Rassemblement national, en tête des intentions de vote depuis le lancement de la campagne, espère poursuivre sur sa lancée. Lors des deux derniers scrutins, il avait obtenu le plus de voix, envoyant 24 et 23 députés à Bruxelles. Mais qu’est-ce qu’un parti ouvertement eurosceptique cherche donc à travers les élections européennes ?

Nouveaux codes 


« Pour le RN, le Parlement européen est un outil dans la conquête du pouvoir au niveau national », analyse Estelle Delaine, enseignante-chercheuse en sciences politiques à l’Université Rennes 2 et autrice de À l’extrême droite de l’hémicycle1. Pendant trois ans, la chercheuse a enquêté, des commissions parlementaires bruxelloises aux meetings de Marine Le Pen, pour tenter de comprendre comment le parti bénéficie des ressources d’un système qu’il dénonce.

« Il y a une théorie qui voudrait que lorsque l’extrême droite s’intègre à la démocratie, elle se déradicalise. En réalité, l’étape parlementaire est un apprentissage à la démocratie, l’occasion de développer de nouveaux codes, nuance Estelle Delaine. Il faut garder en tête que les élus, conseillers et assistants parlementaires sont des élites sociales, qui peuvent adopter un langage modéré et se montrer courtois, ce n’est en aucun cas synonyme de déradicalisation. » Il semble presque naturel pour ces eurodéputés et leur équipe de se construire en opposition à l’institution européenne. Bien conscients de la contradiction, ils la justifient comme un moyen de poursuivre leur militantisme. « Quand on fait partie de l'élite sociale, on ne colle pas des affiches », résume la chercheuse.

Connexions


Pourtant, une fois au Parlement européen, différentes postures s’observent. « Il y a ceux qui refusent de participer au processus législatif sous prétexte qu’ils sont contre l’institution, comme Jordan Bardella et Marine Le Pen », note Estelle Delaine. Au contraire, d’autres jouent pleinement le jeu démocratique et cherchent le consensus. Entre les deux, des députés abandonnent le processus législatif pour préférer un positionnement antisystème. « Ça renvoie une certaine image auprès des électeurs et c’est plus simple de s’opposer que de chercher la conciliation », décrypte la chercheuse. Entré au Parlement européen dès 1984, le RN a très vite compris l’intérêt qu’il avait à intégrer cette sphère. « L’espace politique ne se résume pas à des salles de travail, il y a beaucoup de lieux de sociabilité qui permettent de créer des connexions avec d’autres partis, d’autres élus, des financeurs. Et ce sont des variables qui jouent dans l’issue d’une élection », souligne Estelle Delaine. Si l’intégration de l’extrême droite à la démocratie parlementaire n’entraîne pas une déradicalisation, elle contribue bel et bien à sa normalisation dans le champ politique.

Violette Vauloup

1. Aux éditions Raisons d’agir (2023).

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12 espèces de champignons menacées de disparition

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N° 419 - Publié le 30 avril 2024
© CC BY-SA 4.0 / SERGEY CHERKASOV
Le bolet rose pastel fait partie des espèces menacées.

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Pour la première fois, la liste rouge de l’UICN1 des espèces menacées en France est consacrée aux champignons. Cet état des lieux diffusé début avril s’est porté sur trois groupes : les bolets, les lactaires et les tricholomes. Parmi les 319 espèces qu’ils rassemblent, douze sont menacées de disparition. « Les humains exercent une pression sur la nature qui devient intolérable pour certains éléments », regrette Pascal Hériveau, président de l’Association mycologique Ploemeur-Morbihan. Urbanisation, sylviculture intensive, abattage de vieux arbres, dérèglement climatique… les menaces ne manquent pas pour les champignons et leurs habitats. Pourtant, ils jouent un rôle majeur : certains apportent des éléments nutritifs aux arbres et les rendent plus résistants, tandis que d’autres dégradent les organismes morts. « Sans champignons, les feuilles et les branches qui tombent au sol finiraient par étouffer les forêts », illustre le mycologue.

Violette Vauloup

1. Union internationale pour la conservation de la nature.

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Coup de chaud chez les manchots

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N° 419 - Publié le 30 avril 2024
© AGNÈS LEWDEN
Grâce à une caméra thermique, la chercheuse connaît les parties du corps les mieux isolées des manchots.

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« Imaginez faire un footing en combinaison de ski. C’est un peu ce que vivent les manchots durant leur mue ! », nous confie Agnès Lewden, chercheuse ISblue1 à l’UBO2 et au Lemar3 à Brest. Lors de cette étape cruciale pour leur développement, la pousse de nouvelles plumes augmente la production de chaleur corporelle. Souhaitant observer comment les manchots régulent la chaleur avec ce nouveau plumage, la biologiste a mesuré les températures de surface des manchots papous (Pygoscelis papua) à Océanopolis durant leur mue grâce à une caméra thermique. Son étude, qui vient d’être publiée4, révèle qu’en début de mue, le corps des manchots est bien plus isolé en raison d’une double couche de plumage. Les nouvelles plumes poussent sous les anciennes sans que ces dernières ne tombent immédiatement.

Dissiper le surplus de chaleur


Alors comment éviter un coup de chaud ? Les manchots vont tenter de dissiper le surplus de chaleur provoqué par cette double isolation, vers les zones du bec et des pieds. Appelées fenêtres thermiques, ces parties sont dépourvues de plumage et donc moins isolées. La chercheuse a ainsi montré que les températures de surface de ces zones augmentent. Agnès Lewden réalise actuellement une nouvelle étude pour savoir si cette dissipation de chaleur par les extrémités suffit aux manchots et leur évite d’avoir trop chaud. « L’objectif ultime est de comprendre si les manchots seraient plus vulnérables en période de mue dans le contexte actuel de changement climatique. »

Fabio Perruchet

1. École universitaire de recherche interdisciplinaire spécialisée en sciences et technologies marines.
2. Université de Bretagne Occidentale.
3. Laboratoire des sciences de l’environnement marin.
4. Journal of Experimental Biology, 2024.

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Détecter les drones grâce à la télévision

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N° 419 - Publié le 30 avril 2024
© LAURENT GUIZARD
À Rennes, Stéphane Méric et Jean-Yves Baudais (de gauche à droite) développent un système pour détecter des drones.

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Et si les ondes qui diffusent la télé pouvaient aussi servir à protéger des sites sensibles ? C'est sur cette piste que sest lancée une équipe de chercheurs rennais.

Ce n’est pas la première fois qu’à l’IETR1, à Rennes, on planche sur la radio-opportunité, ou l’utilisation d’ondes déjà existantes, pour une tout autre application. Cette fois, c’est au tour des ondes DVB-T d’être « recyclées » : réceptionnées grâce aux fameuses antennes râteaux, elles permettent la diffusion de la télévision à grande échelle. « L’idée nous est venue d’un brevet déposé par Télédiffusion de France (TDF), l’entreprise qui assure l’implantation des émetteurs et la bonne diffusion de la télé, pour le DVB-T2, une version améliorée du signal actuel », commente Stéphane Méric, professeur des universités à l’Insa2 de Rennes et co-responsable du projet Ambra3, avec Jean-Yves Baudais, chargé de recherche CNRS à l’IETR. Dans cette nouvelle version, il y a une place libre pour un bout de signal différent, qui pourrait permettre la détection d’objets particuliers. 

Une « onde augmentée »


Le principe est simple : ajouter dans le signal général un bout d’onde qui pourrait amplifier la signature radar d’un drone, pour indiquer avec précision sa présence et sa position. « Ce sont déjà des choses que l’on peut détecter, de la même manière que les oiseaux, par exemple, mais nous voulons développer un système plus précis », continue Stéphane Méric. Voilà pour la théorie. Reste la pratique qui, bien sûr, donne du fil à retordre aux chercheurs.
Lancée en septembre 2020, une première phase du projet a permis de valider le concept et d’identifier quelques points d’amélioration. « Il nous reste à perfectionner la forme de l’onde, pour l’adapter au maximum à ce que nous voulons détecter, et à prendre en compte la signature spécifique des drones, précise-t-il. Enfin, nous devons développer des récepteurs eux aussi spécifiques à cette application. » Pour l’instant, les chercheurs ont testé « des récepteurs du marché, un peu bricolés », mais la présence du drone se devine tout juste.

Un système anti-drones alternatif


« L’intérêt de pousser plus loin le développement est de permettre la détection de drones en installant simplement les quelques récepteurs dédiés, explique Stéphane Méric. Des systèmes anti-drones complexes existent déjà, mais valent des millions d’euros. Avec la radio-opportunité nous utilisons des ondes déjà émises sur plus de 99 % du territoire. » Alors que la première phase du projet se termine cette année, une deuxième pourrait mener à terme ces recherches. « L’objectif, c’est de pouvoir tester dans quatre ans le système sur un site opérationnel, militaire ou civil : un stade, un port, ou encore une centrale nucléaire. » Avant toute commercialisation, il faudra aussi vérifier que la transformation du signal DVB-T2 ne nuise pas à la fonction première du signal… c’est-à-dire diffuser la télé en haute qualité.

Anna Sardin

1. Institut d’électronique et des technologies du numérique.
2. Institut national des sciences appliquées.
3. Active multistatic broadcast radar, en français « radar de radiodiffusion multistatique actif ».

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Vrai pétrole, fausse marée noire

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N° 419 - Publié le 30 avril 2024
© VIOLETTE VAULOUP
Aujourd'hui, un gros porte-conteneur contient environ 10 000 ma3 de fioul de propulsion (son carburant), l'équivalent de ce que peut transporter un petit pétrolier.

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À Brest, les équipes du Cedre forment chaque année plus de 1 000 personnes du monde entier à la lutte contre les pollutions accidentelles des eaux. Reportage.

Un jet visqueux s’écrase à la surface de l’eau, une nappe noire recouvre le bassin. Sur la flaque lisse et brillante, miroitent des visages fouettés par le crachin glacial. L’eau dégouline des casques et une odeur de mazout flotte dans l’air. Au loin, on distingue à peine les têtes des grues du chantier naval, perdues dans le brouillard.  Au beau milieu du plateau technique du Cedre1, à Brest, des stagiaires s’entraînent à gérer un déversement d’hydrocarbures en mer. Ils font partie des 1 300 personnes formées chaque année – pompiers, garde-côtes ou encore employés de compagnies de transport maritime – par ce centre expert de la pollution des eaux. Avec sa plage artificielle, sa zone portuaire et son plan d’eau, le site est l’un des rares au monde autorisé à simuler des pollutions en conditions réelles. Créé en 1978, quelques mois après le naufrage de l’Amoco Cadiz, le Cedre combine aujourd’hui recherche, formation, intervention et conseil dans le monde entier.

Arbitrages


Mi-avril, pour la première formation de l’année, il accueillait neuf stagiaires, en majorité des employés de compagnies pétrolières, comme Total Energies. Quatre jours pour apprendre les stratégies d’intervention et le fonctionnement des équipements de lutte contre les déversements d’hydrocarbures en mer et sur le littoral. Emmitouflés dans leur équipement de protection, les participants déploient la pompe qui doit aspirer le pétrole sous l’œil attentif de Loïc Harang, ingénieur d’études au Cedre. « Il n’y a pas de vérité dans l’antipollution, c’est extrêmement compliqué car chaque situation est différente », lance-t-il. Ainsi, il arrive que les risques d’intoxication ou d’inflammation liés à certains produits empêchent l’intervention. « Et une opération de dépollution sur des zones sensibles, comme les mangroves, pourrait entraîner de graves dégâts, ce sont des arbitrages constants », résume l’ingénieur. Comme tout le monde au Cedre, Loïc a plusieurs casquettes. Il forme, dresse des stratégies de gestion des risques pour des clients (des ports par exemple) et peut être mobilisé en cas d’urgence.

Production de savoir


Mais si le Cedre s’est imposé comme une référence dans le monde entier, c’est aussi parce qu’il produit du savoir. « Chaque hydrocarbure réagit différemment dans l’eau. Ceux qui les manipulent savent comment ils se comportent dans leurs tuyaux ou leurs fûts, mais dans l’eau, nous avons peu de données, indique Natalie Monvoisin, cheffe du service études et formations. Ici, nous étudions leur comportement, leur vieillissement et leur impact sur l’environnement. C’est nécessaire pour établir des stratégies de lutte », poursuit-elle en jetant un regard par la fenêtre. Quelques mètres plus loin, près du bassin, le pétrole a rejoint sa cuve. L’eau est de nouveau claire.

Violette Vauloup

1. Centre de documentation, de recherche et d’expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux.

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Mieux analyser la santé des soignants

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N° 419 - Publié le 30 avril 2024
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La pandémie du Covid l’a bien montré : les professionnels de santé sont exposés à de nombreux risques liés à leur métier. Mais ces expositions et leurs conséquences sont peu documentées. Pourtant, il existe des données. La cohorte Constances regroupe des informations sur l’état de santé de 220 000 Français, dont 12 500 professionnels de santé. Depuis fin 2023, une équipe de l’Irset1, basé à Rennes, s’attache à étudier les liens entre l’exposome2 de ces professionnels et leur santé physique et mentale en créant « un outil qui associe à des métiers et des secteurs certaines nuisances, comme les horaires prolongés, les risques de troubles musculosquelettiques ou encore un faible sentiment de reconnaissance », explique Alexis Descatha, médecin au CHU d’Angers et coordinateur du projet, persuadé qu’analyser la santé de « ces fonctionnaires d’exception permettra de mieux les protéger, et au fond, c’est aussi notre santé qui en dépend », résume-t-il.

Violette Vauloup

1. Institut de recherche en santé, environnement et travail.
2. Ensemble des expositions environnementales auxquelles un individu est soumis tout au long de sa vie.

alexis.descatha [chez] inserm.fr (alexis[dot]descatha[at]inserm[dot]fr)

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Comment percevons-nous les animaux ?

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N° 419 - Publié le 30 avril 2024
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Le 23 mai, Rennes accueille la 6e journée interdisciplinaire sur la condition animale, pendant laquelle des scientifiques exploreront les multiples facettes des relations entre les humains et les autres animaux. Il faut dire que nous interagissons depuis la nuit des temps. « D’après la théorie évolutionniste, nous avons même été programmés pour nous intéresser à ces derniers afin d’assurer notre survie », explique Émilie Dardenne, responsable du diplôme Animaux et société à l’Université Rennes 2 et co-organisatrice de l’événement. Il a d’ailleurs été prouvé que le contact avec les animaux de compagnie contribue à développer le partage et l’empathie chez les enfants. « Mais à mesure que ces derniers s’imprègnent des normes anthropocentriques, leur affinité pour les organismes non humains a tendance à décroître », souligne la chercheuse, qui insiste sur l’importance des constructions culturelles dans notre rapport aux animaux : « Nous avons par exemple tendance à sous-estimer les capacités cognitives et émotionnelles des animaux d’élevage pour pouvoir continuer à les manger ».

Violette Vauloup

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Un probiotique contre l’anxiété post-partum ?

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N° 419 - Publié le 30 avril 2024
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Inquiétude écrasante, hypervigilance, sentiment de panique… « Des niveaux cliniques d’anxiété existent chez 11 à 17 % des femmes en post-partum », souligne Jodi Pawluski, neuroscientifique à l’Université de Rennes. Début avril, cette spécialiste de la parentalité a co-publié une étude dans laquelle une équipe internationale montre qu’un traitement avec un type spécifique de probiotique – une bactérie qui modifie le microbiote intestinal – réduit l’anxiété chez les rongeurs post-partum. « Nous ne connaissons pas le mécanisme à l'origine de ces changements, précise la chercheuse, mais l'axe intestin-microbiote-cerveau joue un rôle important dans la santé mentale des mères. » Ces neuroscientifiques ont peut-être ouvert une voie vers de nouveaux traitements pour apporter une certaine résilience aux femmes souffrant d’anxiété post-partum. « Les probiotiques ne guériront probablement pas la dépression ou les niveaux cliniques d'anxiété, relativise Jodi Pawluski, mais ils pourraient déjà changer la vie de certaines mères. »

Violette Vauloup

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