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L'adolescence, une crise ?
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du magazine Sciences Ouest
À la rentrée 2023, la métropole rennaise accueillait 73 586 étudiants, et pourrait en compter jusqu’à 77 500 à l’horizon 20301. Comme dans la plupart des villes universitaires, la tension immobilière s’accroît d’année en année.
Face aux difficultés pour se loger, nombreux sont ceux qui choisissent la colocation. Sociologue au laboratoire Arènes (Rennes) et spécialiste du logement, Emmanuelle Maunaye décrypte ce phénomène.
Ils sont en effet les premières victimes de la crise du logement, leurs spécificités font qu’ils y sont confrontés de manière très brutale. Ce sont des populations assez mobiles, qui ne restent pas forcément longtemps au même endroit et peuvent avoir besoin de deux appartements en cas d’alternance loin de l’école. Souvent, ils n’ont ni emploi ni ressources et sont donc très dépendants de la famille, que ce soit pour payer le loyer ou avoir des garants. En fait le marché du logement n’est pas adapté aux jeunes.
L’entrée dans le premier appartement fait en effet partie des étapes de la construction de l’adulte. La jeunesse est un moment de prise d’autonomie, c’est notamment en se détachant des parents que l’identité se forme. Avec l’exemple du logement, on remarque que les jeunes sont confrontés à des injonctions contradictoires : on leur demande d’être autonomes mais dans les faits ils sont tributaires de la solidarité familiale, c’est un peu schizophrène. C’est aussi encouragé par les politiques publiques qui, en France, sont quasi-exclusivement familiales. Les bourses, par exemple, dépendent des revenus des parents.
Elle permet de payer moins cher, d’avoir un espace plus grand et souvent moins excentré que ce qu’un étudiant aurait pu avoir seul. Mais les motivations ne sont pas uniquement matérielles. Dans les entretiens que je mène pour mes recherches, j’entends souvent le fait de ne pas vouloir vivre seul et l’importance de valeurs comme la communication, le partage ou encore l’entraide.
Oui, certaines personnes n’envisagent pas la colocation comme un passage temporaire lié aux études mais bien comme une manière d’habiter sur le long terme. À travers ça, elles interrogent les normes de passage à l’âge adulte, le fait de ne pas vouloir s’enfermer dans le schéma classique « couple, maison, chien, enfant ». Habiter devient un choix politique, qui s’articule avec la volonté de donner un sens à son existence via la communauté. Il y a aussi des gens qui sont en couple mais revendiquent le fait de vivre en colocation chacun de leur côté. Ça s’accompagne d’un discours qui distingue la vie amoureuse et le fait de vivre ensemble. En fait, la colocation est comme une mini société à partir de laquelle on peut étudier l’évolution des rapports au couple, à l’amitié et à la famille.
1. Selon les données du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche et les estimations de l'Audiar.
La fin de la construction de la station polaire Tara marque le début d’une aventure, tout aussi hors-norme que le chantier qui se termine cet automne.
Des dizaines d’ouvriers s’affairent autour d’une gigantesque structure métallique aux allures de vaisseau spatial. Entre les coups de marteau et le soufflement des machines, ils coupent, meulent et soudent avec minutie. Depuis septembre 2023, les Constructions mécaniques de Normandie (CMN), à Cherbourg, fabriquent un bateau d’un genre nouveau pour la Fondation Tara Océan, qui sillonne les mers du globe pour la science depuis plus de vingt ans, avec sa goélette basée à Lorient. Le chantier, qui doit s’achever à l’automne, représente plus de 100 000 heures de travail.
« C’est du jamais vu », souffle Ludovic Marie, ingénieur en charge du programme pour les CMN, plutôt habitué aux navires militaires. Il faut dire que le bateau ne ressemble à aucun autre. Vingt-six mètres de long, onze de haut et seize de large. Mais surtout entièrement lisse. « Il n’y a aucun angle droit sur la coque, pour ne pas laisser de prise à la glace », explique Romain Troublé, directeur général de la fondation. Car la Tara Polar Station, sorte d’igloo flottant, est conçue pour dériver sur la banquise de l’Arctique au rythme de 10 kilomètres par jour, de 2026 à 2045. Dix missions de dix-huit mois devraient s’enchaîner, l’équipage vivant au rythme des jours et des nuits polaires qui durent six mois, pour réaliser des prélèvements et les analyser à bord.

La mise en glace pour la première mission, Tara Polaris I, est prévue en septembre 2026.
« Le dérèglement climatique va quatre fois plus vite en Arctique qu’ailleurs et nous ignorons encore beaucoup sur cet environnement, il est nécessaire de mener des études sur le long terme », explique Romain Troublé. Mais la recherche est compliquée lorsque les températures oscillent entre - 20 et - 45 °C. « Imaginez manipuler des pipettes avec des moufles… », soupire-t-il. La station sera donc équipée de six laboratoires, reliés à une moonpool, une sorte de puits au centre du bateau qui « permet d’envoyer des sondes ou de faire des prélèvements d’eau simplement en se baissant », indique le directeur de Tara Océan. Mais à bord, biologistes, physiciens, glaciologues ou encore océanographes étudieront aussi l’atmosphère, la neige, la glace et la biodiversité. Le tout pour mieux comprendre les mécanismes et les effets du dérèglement climatique au pôle Nord ou encore comment les espèces se sont adaptées pour survivre dans cet environnement extrême, si difficile d’accès. C’est d’ailleurs pour cela qu'il a fallu concevoir un nouveau genre de bateau.
Une fois sur la glace, le vaisseau de plus de 400 tonnes dérivera. « Tout est en aluminium pour le rendre le plus léger possible », précise Ludovic Marie, qui insiste sur le défi technique que représentent la conception et la construction de la station. « Nous avons dû développer des modes de soudage spécifiques car la tôle est plus épaisse que ce qu’on travaille d’habitude », illustre l’ingénieur en jetant un œil au chantier presque achevé. « Ça fait dix ans qu’on y pense et ça devient concret », sourit Romain Troublé.
Méconnu du grand public, cet animal marin fait l’objet de recherches approfondies menées par l’association Al Lark.
Où vont les dauphins de Risso durant l’hiver ? Et pourquoi reviennent-ils chaque année nager dans les eaux de la côte bretonne ? Pour mieux connaître ce mammifère, l’association cancalaise Al Lark porte un projet de thèse pour les étudier de près.
« Notre hypothèse, c’est que cette espèce suivrait la migration des céphalopodes dont elle se nourrit, indique Oihana Olhasque, la responsable scientifique de l’association qui devrait mener l’étude. C’est un comportement plutôt singulier chez les mammifères marins, qui sont habituellement soit résidents, soit de grands migrateurs comme les baleines à bosse. » Pour vérifier cette théorie, la thèse devrait comporter trois volets : d’abord, l’élaboration de modèles démographiques, c’est-à-dire d’estimations de la taille de la population. Ensuite, la création de modèles de distribution spatiale et enfin, les données récoltées lors des biopsies1 pourraient permettre de déterminer la place des dauphins dans la chaîne alimentaire.
Ces recherches viendraient compléter le projet Risso, auquel participe l’association, en collaboration notamment avec l’Office français de la biodiversité, l’Université de La Rochelle et son laboratoire Pelagis. Les équipes comptent réunir les experts au niveau de la Manche, voire de l’Europe, afin d’en savoir plus sur cette espèce bien discrète, grâce à la mise en commun de leurs méthodes de travail et des données existantes. « Il y a de nombreuses manières d’étudier cet animal, depuis les données de survol, celles des sciences participatives ou encore la photo-identification2, précise la biologiste. En les recoupant, nous pourrions en apprendre plus sur le dauphin de Risso, afin de mieux le protéger et d’informer les citoyens à son sujet. »
1. Examens médicaux réalisés sur les animaux après leur échouage, généralement pour déterminer la cause de la mort.
2. Technique d’identification grâce à des photos d’ailerons, assez répandue pour l’observation des dauphins.
Tout est parti du stéréotype selon lequel les populations les plus précaires ne se sentiraient pas concernées par les sujets d’écologie.
« Ce sont pourtant les moins pollueuses et les plus impactées par les dégradations environnementales », révèle Édith Gaillard, enseignante-chercheuse en sociologie au Labers1, à Brest. Avec son équipe, elle s’est alors posé la question suivante : quels savoirs existe-t-il dans les quartiers populaires pour faire face au changement climatique ? Le projet Précarité et climat2 a pour objectif de visibiliser les pratiques des habitants de quartiers populaires de Vannes. Grâce à un appel lancé en 2023 pour échanger avec eux sur le logement et la mobilité, les sociologues ont mené des entretiens avec une dizaine de personnes.
Célibataires, mères ou retraitées, toutes les participantes sont des femmes. Parmi elles, cinq séniores ont montré un fort engagement. « Elles ont un mode de vie économe, leurs gestes du quotidien vont de soi, précise Édith Gaillard. Par exemple, elles récupèrent l’eau froide de leur douche pour arroser les plantes et s’impliquent dans des jardins partagés. »
Les interrogées ont aussi une conscience aigüe des modes de consommation, au-delà des enjeux financiers. « Les mères parlent de faire circuler les objets de puériculture pour en faire profiter d’autres », confie Christophe Vernier, chargé de mission à Clim’Actions Bretagne. Des témoignages qui devraient nourrir les futures actions de sensibilisation prévues pour 2025.
1. Laboratoire d’étude de recherches en sociologie à l'Université de Bretagne Occidentale.
2. Porté par l’association Clim’Actions Bretagne, dans le cadre du programme « Recherche et société » de la Région Bretagne.
Le projet est ambitieux. Séquencer le génome de 4 500 espèces marines eucaryotes1, soit le tiers de celles connues en France, pour en faire une base de données ouverte. Le coup d’envoi d’ATLASea, donné en juin à la Station marine de Dinard, marque le début de huit ans de travail. « Le génome est la carte d’identité qui recense toutes les informations génétiques d’un organisme, le séquençage permet de la lire », clarifie Line Le Gall, professeure au MNHN2 et pilote du projet DIVE-Sea, premier maillon de la chaîne d’ATLASea. Son objectif : collecter les espèces, les identifier et prélever un morceau de tissu contenant l’ADN. Congelé à - 196 °C dans de l’azote liquide, il est ensuite acheminé à Évry (Essonne) et séquencé par les scientifiques du CEA3. « C’est impossible de prédire toutes les retombées scientifiques mais on pourrait par exemple mieux comprendre la sortie des eaux des organismes marins pour conquérir les terres. Dans tous les cas, cela va bouleverser la connaissance, jamais nous n’aurons eu cette quantité de données sur le milieu marin », assure la chercheuse.
1. Organismes possédant au moins une cellule avec un noyau.
2. Muséum national d'histoire naturelle.
3. Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives.