Les mystères des mines de cuivre

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N° 427 - Publié le 3 mars 2025
© ZOE POTTIER
Les oxydes de cuivre sont visibles sur ce prélèvement en vert la malachite, en bleu l'azurite.

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Malachite et azurite comptent parmi les oxydes de cuivre : des minéraux formés à partir de ce dernier et que l’on retrouve dans la roche. S’ils intéressent Zoé Pottier, étudiante du master 2 en Sciences de la Terre, des planètes et de l’environnement à l’Université de Rennes, c’est parce qu’elle revient du Mexique où elle a étudié le gisement de cuivre de Milpillas. En analysant des échantillons prélevés dans la mine, elle souhaite dater la formation de ces composés pour mieux comprendre la formation des gisements. « Ils sont les résultats d’infiltrations d’eau qui ont entraîné des particules dans une zone où elles se sont accumulées, ainsi que de l’érosion qui exhume ces roches. En comprenant mieux les altérations propices à la concentration du cuivre, on peut potentiellement trouver de nouveaux gisements », explique l’étudiante. Une question qui fait directement écho à l’actualité puisqu’à l’heure de l’électrification de la société, la demande en cuivre (nécessaire à la production de câbles et de batteries) est multipliée et que les gisements connus s’épuisent.

Violette Vauloup

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Les jeunes lorientais et la mer

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N° 427 - Publié le 3 mars 2025
© ANNA SARDIN
Avec l'option Sciences de la mer, les lycéens découvrent des facettes variées du monde maritime.

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Une toute nouvelle option pour les Secondes du Lycée Colbert, à Lorient, leur permet de découvrir le monde maritime en passant par les sciences.

Dans la criée glacée du port de pêche de Lorient, un petit groupe se tient devant des rails vides. Au petit matin y circulent normalement des caisses entières de poissons fraîchement pêchés, que des professionnels viennent acheter depuis les estrades métalliques. Cet après-midi de février, la place est prise par Pauline Siloret, médiatrice scientifique à l'Espace des sciences/Maison de la Mer, qui détaille pour quelques élèves de Seconde le fonctionnement de ce marché au poisson bien particulier.

Depuis la rentrée


S’ils sont en visite guidée au port plutôt que dans une salle de classe, c’est parce qu’ils ont choisi de suivre l’option Sciences de la mer, une nouveauté depuis la rentrée dernière au Lycée Colbert. « C’est un projet qui permet de faire découvrir les activités portuaires et maritimes aux élèves, à l’interface entre le lycée et le monde de la recherche », explique Julie Durand, responsable du projet à la Maison de la Mer. Au programme : des interventions par des chercheurs de l’UBS1, également partenaire du programme, comme celle de la semaine précédente qui abordait les conséquences de l’élévation du niveau des océans. Une autre partie du temps est dédiée aux SVT et à la physique, ainsi qu’à l’information sur le matériel et la navigation.

Une « chouette option qui diversifie les sujets et fait intervenir plein d’acteurs différents », résume Pauline Siloret. Une fois sur les quais, la médiatrice retrace dans les grandes lignes l’historique du port, détaille son fonctionnement et présente sa flotte. « Lorient est le troisième port national en ventes à la criée, avec 17 000 tonnes de poisson vendues en 2023 », précise-t-elle aux élèves, entre deux discussions sur le salaire des marins-pêcheurs et la diversité des engins de pêche. « Nous sommes déjà venus en septembre, lors de la toute première séance, pour observer l’aire de réparation navale », se souvient Yoann Madec, professeur de sciences industrielles, qui accompagne le groupe ce jour-là. Deux heures de l’agenda hebdomadaire des lycéens volontaires sont consacrées à cette option. 

Séance à l'Ifremer


À la fin de l’année, ils pourront passer le BIMer2, une certification qui atteste de leur découverte de la culture maritime. « À l’initiative du chef d’établissement, quelques professeurs se sont formés pour faire passer cette certification, mettre en place un programme et accompagner les élèves », indique l’enseignant. Et pour la suite ? « La prochaine séance se déroulera à la station Ifremer de Lorient, pour voir le bassin d’essai d’engins de pêche et les dernières innovations », confie Julie Durand. Yoann Madec voit même plus loin : « Cette année, c’est encore expérimental, mais nous voudrions étendre cette option aux classes de Première et de Terminale ». Avis aux futurs lycéens !

Anna Sardin

1. Université Bretagne Sud.
2. Brevet d’initiation à la mer.

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Ces femmes qui font la science

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N° 427 - Publié le 3 mars 2025

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« L’idée est née d’un constat, celui d’un manque de reconnaissance des femmes dans les sciences », se souvient Joanna Robic, cheffe de projet à l’Université de Rennes. Cette idée, c’est l’exposition Les vies intenses, présentée du 4 au 28 mars au Jeu de Paume, à Rennes. Issue d’une collaboration entre six organismes de recherche1 et l’Agence Sensible, spécialisée dans la réalisation de dispositifs artistiques et participatifs, elle esquisse les portraits de neuf chercheuses bretonnes.

« On voulait rendre ces femmes accessibles en proposant une imagerie un peu décalée et des textes abordables, pour donner envie à des jeunes de collège et de lycée, en particulier les filles, de devenir chercheuses, de montrer que c’est possible », raconte Marion Poupineau, responsable de projet à l’Agence Sensible. Le tout à travers des triptyques composés d’un portrait, d’une nature morte d’objets chers à chaque chercheuse et d’un texte qui revient sur leurs parcours. « Il était important pour nous de montrer qui elles sont en dehors de leurs recherches, ça contribue à créer une forme d’empathie qui permet d’en faire des modèles », note Marion Poupineau. C’est ainsi que la théière et le mors d’Hélène Hivert, les médiators de Marta Mira Osuna ou encore le gant de karaté de Fabienne Gauffre, racontent d’une autre manière les vies intenses de la mathématicienne, la biologiste et la chimiste. L’exposition est en accès libre, des visites guidées et ateliers spécifiques incluant des rencontres avec les chercheuses sont prévus sur inscription.

Violette Vauloup

1. L’Université de Rennes, l’EHESP, l’Insa Rennes, le CNRS, l’Inserm et l’Inria.

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Urbex : exploration de l’abandon

Grand angle

N° 427 - Publié le 3 mars 2025
© AUDE LE GALLOU

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Depuis quelques années, la pratique suscite un engouement grandissant. De la simple recherche du frisson d’adrénaline à l’enquête historique, l’exploration de lieux désaffectés invite à repenser la notion d’abandon et le rôle de ces sites à la marge.

Un manoir déserté, une usine délaissée, une église ouverte à tous les vents… On les imagine silencieux, ces lieux abandonnés. Comme si le temps les avait rendus muets. Les années sont passées, le vent s’y est engouffré, la poussière s’y accumule et parfois, les traces de passage aussi, symptômes parmi d’autres de la vie qui continue de traverser ces endroits aux frontières de l’habité, que certains explorent.

Vestiges des temps modernes


« Au sens large, l’urbex – ou exploration urbaine – concerne tous les espaces cachés et difficilement accessibles comme les toits, les souterrains ou les grues. Une définition plus restreinte limite la pratique aux lieux abandonnés », indique Aude Le Gallou, chercheuse en géographie à l’Université de Genève et spécialiste du sujet. « Les ruines ont toujours fasciné mais ici les vestiges sont récents, l’investissement social et émotionnel est plus fort », poursuit-elle. Si la pratique s’inscrit dans un héritage relativement ancien, elle s’est formalisée dans les années 1990, autour de la figure de Jeff Chapman, explorateur urbain canadien connu sous le pseudonyme de Ninjalicious, à travers son fanzine1. Dans le même temps, l’émergence d’Internet a permis à des communautés de se créer et trois règles sont apparues : ne pas divulguer les lieux, ne pas abîmer et ne rien emporter. « Mais que signifie avoir des règles dans une pratique illégale ? », soulève Aude Le Gallou.


© AUDE LE GALLOU
Longtemps, seules les ruines anciennes ont fasciné. Avec l'urbex, ce sont des vestiges contemporains qui sont explorés.

En effet, puisque les sites appartiennent toujours à quelqu’un, y pénétrer relève de la violation de propriété privée, « même si tous les endroits ne sont pas protégés des intrusions au même niveau et qu’il y a différents degrés de tolérance », nuance la géographe. Quoi qu’il en soit, le caractère illégal de l’urbex ne semble pas freiner l’engouement croissant pour la pratique. Depuis quelques années, difficile de ne pas remarquer l’inflation de contenus à ce sujet sur les réseaux sociaux et dans les médias, à la fois cause et conséquence d’un effet de mode difficile à quantifier. « Il est très délicat d’étudier une activité informelle, il n’existe pas de fédération française de l’urbex qui permette d’avoir une vue générale du profil des pratiquants », souligne Aude Le Gallou. Comme la plupart des chercheurs qui étudient le phénomène en France, la géographe pratique l’exploration urbaine, ce qui nourrit
ses recherches.

Adrénaline, intrépidité, performance


Discutez avec quelques urbexeurs et vous remarquerez la diversité des motivations. Souvent perçus comme des oasis de calme et des espaces de liberté, les lieux abandonnés sont parfois recherchés en guise d’échappatoires à un espace urbain ultra contrôlé. De nombreux pratiquants sont aussi attirés par l’esthétique des ruines et les photographient, à tel point qu’une véritable iconographie des lieux abandonnés voit le jour. « Mais il y a également des gens qui font ça pour l’adrénaline et qui mettent en scène leur propre intrépidité en se filmant dans des situations risquées, ajoute Aude Le Gallou. L’urbex peut être une recherche de performance physique très liée à l’exhibition d’une certaine forme de virilité. »

Enfin, d’autres le pratiquent par intérêt pour l’histoire et le patrimoine, comme Bleuenn, 22 ans. Depuis quatre ans, cette passionnée explore surtout la batterie du Bégo, dans le Morbihan. Cet ensemble de fortifications constituait l’un des sites les plus importants du Mur de l’Atlantique, sous l’Occupation. « Souvent, je visite un lieu, ça attise ma curiosité, alors je me renseigne sur son passé puis j'y retourne, raconte celle qui peut passer des heures à se documenter. Je fais des plans des bunkers sur du papier millimétré et je traduis des inscriptions ».
 

Une autre dimension de l’Histoire


Parce qu’ils conservent, parfois depuis des dizaines d'années, des traces de vie dans un contexte préservé, certains lieux abandonnés sont des mines d’or pour les historiens. Dans sa thèse, Guillaume Yverneau, doctorant en histoire contemporaine à l’Université de Caen, s’intéresse aux relations entre l’armée britannique et les civils à la Libération. « J’essaie de comprendre comment l’urbex peut être un outil pour comprendre la Seconde Guerre mondiale, une nouvelle méthodologie pour accéder à des sources supplémentaires », explique le chercheur.

Il y a quelques mois, en explorant un hôtel particulier en Normandie, il a trouvé des inscriptions en anglais faites au pochoir, indiquant des types de pièces, comme Main room2. « Je me suis lancé dans des recherches sur les archives et j’ai retrouvé le dossier de réquisition de l’armée britannique pour ce bâtiment, à la Libération. Sans l’urbex, je n’aurais sans doute pas eu cette information », raconte le doctorant, pour qui il s’agit de « tirer le fil de la pelote » à partir d’indices récoltés plus ou moins au hasard sur le terrain.

Témoins vieillissants d’un passé dont ils abritent encore quelques traces, les lieux abandonnés donnent « une autre dimension à l’Histoire, assure Guillaume Yverneau. Dans une ancienne usine par exemple, on passe devant les vestiaires des ouvriers, on peut toucher les machines… c’est incarné, on voit les choses avec un autre regard que depuis la salle de lecture des archives ». Aude Le Gallou acquiesce : si les lieux abandonnés attirent, c’est en partie « parce qu’ils procurent des sensations physiques et des émotions particulières ».


© BLEUENN
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la batterie du Bégo constituait l'un des sites les plus importants du Mur de l'Atlantique.
 

Disparition programmée


Mais au fond, qu’est-ce qu’un lieu abandonné ? Le terme ne veut pas dire grand-chose. Sur les plages du Morbihan, « les constructions en béton sont posées sur la dune qui regorge de vie, je vois beaucoup d’oiseaux et de lapins, sourit Bleuenn. Et à l’intérieur la nature reprend ses droits, des colonies de chauves-souris se sont installées dans certains bunkers ». Parfois, elle s’assied en hauteur et observe les promeneurs les plus curieux s’approcher des anciennes fortifications. Quelques-unes servent de squats ou de lieux de fêtes, des adolescents s’y aventurent pour se faire peur tandis que d’autres sont prisées des artistes. Le graffeur rennais WAR! fait partie de ceux qui y ont un jour laissé leur trace.

« Derrière la notion d’abandon, il y a celle de désaffectation : c’est la perte de la fonction originelle », retrace Aude Le Gallou. Mais les lieux qui cessent de servir ne s’arrêtent pas pour autant de vivre. « L’abandon recouvre des réalités très différentes et parfois le terme est utilisé pour désigner des sites qui ne le sont plus tellement, tant ils sont connus et valorisés, même si c’est de manière informelle. On pourrait même dire que, si l’abandon correspond à la disparition totale de toute forme d’appropriation, quasiment aucun lieu n’est abandonné », pointe la chercheuse. 


© AUDE LE GALLOU
Les photos d'urbex contribuent à donner une valeur esthétique aux friches et à requalifier ces lieux dans les imaginaires collectifs.

À la lisière de l’habité, ces endroits font office de passerelle entre le passé et le présent. Au gré des passages et du temps, « des choses sont déplacées, enlevées et détruites. Rien n’est figé, les lieux évoluent perpétuellement », note Guillaume Yverneau. Dans le Morbihan, la dune avale petit à petit la batterie du Bégo, les bunkers disparaissent dans le sable. « Depuis ma première exploration il y a quatre ans, j’ai vu les lieux changer, des inscriptions de la Seconde Guerre mondiale sont maintenant recouvertes par des graffs et certains bâtiments sont devenus inaccessibles », témoigne Bleuenn. De l’érosion aux chantiers de réhabilitation, « on ne peut pas lutter contre la disparition des sites », résume Guillaume Yverneau. Leur fin n’est un mystère pour personne. Après la lente déréliction vient la disparition. Et avec elle, celle de petits fragments d’Histoire.

TOURISME SUR LES RUINES

De Détroit à Berlin en passant par le Kazakhstan, une nouvelle forme de tourisme voit le jour. Il y a quelques années, Aude Le Gallou, chercheuse en géographie à l’Université de Genève, a dédié sa thèse3 à ce « tourisme de l’abandon », soit l’ensemble des pratiques inspirées de l’urbex consistant à explorer des sites désaffectés. « Il en existe des formes très différentes mais on retrouve toujours trois points communs : l’introduction d’un rapport marchand, l’intermédiation entre le visiteur et le lieu par un prestataire ainsi qu’une forme de sécurisation, voire de légalisation, de la pratique », souligne la chercheuse.

Normalisation des marges


Ce genre de tourisme peut aider à financer une reconversion des lieux, sensibiliser à la valeur patrimoniale d’un site ou encore faire connaître des mémoires peu entendues, comme celles des communautés ouvrières. Mais il inscrit surtout l’urbex dans une dynamique plus large de normalisation des marges.

« Globalement, l’intérêt du grand public s’étend à des choses auparavant considérées comme marginales voire déviantes, telles que l’urbex ou le street art, qui entrent peu à peu dans la norme, le front de marginalité est repoussé », analyse Aude Le Gallou. Résultat : l’appropriation par la culture dominante de ces espaces – qui se sont souvent développés en opposition au capitalisme et à un système marchand – absorbe et annule leur dimension subversive et politique. « On assiste à une normalisation des cultures underground », résume la géographe.

Violette Vauloup

1. Infiltration, qui a ensuite abouti à un livre : Access all areas, a user’s guide to the art of urban exploration (Infilpress, 2005).
2. Pièce principale.
3. Géographie des lieux abandonnés. De l’urbex au tourisme de l’abandon : perspectives croisées à partir de Berlin et Détroit (2021).

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