Bonne année 2025
VIDÉO
L’Espace des sciences vous présente ses meilleurs vœux pour 2025 !
Toutes les planètes se sont alignées pour vous offrir une année riche en science 🪐.
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Illustration : Fanny Callipel / @deplumeusedechats
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Cela fait cinquante ans ce mois-ci qu’avorter est légal en France. Une historienne et une spécialiste du droit reviennent sur ce lent combat pour le droit des femmes à disposer de leur corps.
Le 17 janvier 1975, la promulgation de la loi sur l’IVG1, dite « loi Veil », dépénalisait l’avortement. Cet acte, jusqu’alors puni d’une peine d’emprisonnement et d’une amende, sortait de l’illégalité, « garantissant aux Françaises majeures le droit d’interrompre une grossesse jusqu’à dix semaines », précise Lydie Porée, chercheuse en histoire des mobilisations féministes à Rennes. Depuis, ce droit s’est élargi à toutes les femmes, peu importe l’âge et la nationalité, jusqu’à 14 semaines, et est totalement remboursé.
C’est la publication en 1971 du manifeste des 343, en Une du Nouvel Obs, dans lequel 343 femmes déclarent avoir avorté, qui « lance la bataille pour la légalisation », raconte Caroline Delahais, docteure en droit à l’Université de Rennes. L’année suivante, au procès de Bobigny, Gisèle Halimi défend avec succès Marie-Claire Chevalier, une jeune fille qui avait avorté à la suite d’un viol et quatre femmes accusées de l’avoir aidée. « La victoire judiciaire a entraîné une forte baisse des condamnations », souligne Caroline Delahais. De 1973 à 1975, la pratique est d'ailleurs toujours illégale mais de plus en plus revendiquée. « Ce n’est plus tenable pour l’État », résume Lydie Porée. Valéry Giscard d’Estaing charge alors sa ministre de la Santé, Simone Veil, d’un projet de réforme.
Il faut remonter aux années 1920 pour trouver trace de l’interdiction de l’avortement dans la loi. « La France était alors en pleine hémorragie démographique après la guerre », recontextualise Lydie Porée. Mais peu importe les lois et les époques, les femmes ont toujours avorté. Ce qui change avec la loi Veil, c’est la médicalisation de l’acte. Pourtant, dans de nombreuses villes, l’IVG a connu des débuts difficiles.
« À Rennes par exemple, le chef de service de gynécologie du CHU a fait jouer sa clause de conscience2 et il a fallu que des médecins formés clandestinement avant 1975 prennent des vacations à l’hôpital pour que la loi soit appliquée », note l’historienne.
En mars 2024, la France est devenue le premier pays à inscrire le droit à l’IVG dans sa Constitution. « Une mesure symbolique qui n’en fait pas un droit absolu pour autant », relativise Caroline Delahais. Fortement influencée par le choix de la Cour Suprême américaine de ne plus protéger l’avortement au niveau fédéral, cette décision n’empêche pas la spécialiste de rester prudente : « La Constitution garantit le principe de l’accès à l’avortement, pas ses conditions ».
Aujourd’hui 85 % des Français se déclarent très attachés au droit à l’IVG3. « Il y a une charge symbolique qui protège la loi Veil, acquiesce Lydie Porée. Là où les risques sont plus insidieux, c’est dans l’accès à une information fiable et aux infrastructures dans des régions qui manquent de moyens, je pense que ce sont les menaces indirectes qui sont les plus dangereuses actuellement. »
1. Interruption volontaire de grossesse.
2. Cette disposition légale permet à un professionnel de s'affranchir de certaines obligations.
3. Selon une enquête réalisée par le Planning familial avec l’Ifop en juillet 2024.
Un livre breton du haut Moyen Âge vient de revenir dans la région. Une opportunité pour des chercheurs, qui y voient déjà une manière d’en savoir plus sur les échanges entre la Cornouaille et les îles Britanniques à l’époque.
Un texte un peu particulier vient de rejoindre les collections de la bibliothèque des Champs Libres, à Rennes. Ce Commentaire sur l’Évangile selon Marc par Bède le Vénérable, un moine anglo-saxon des 7e et 8e siècles, daté d’environ 1100, fait son retour en terre bretonne après 29 ans dans une collection privée de Norvège. L’ouvrage, qui aurait, au 12e siècle, appartenu à l’abbaye de femmes de Locmaria, à Quimper, « a probablement servi à la formation des religieuses », avance Julien Bachelier, maître de conférences en histoire médiévale à l’UBO1. Il fait partie des 250 manuscrits bretons du haut Moyen Âge (750 - 12e siècle) recensés dans le monde. Parmi eux, seulement cinq sont conservés dans la région.
Son rachat2 est une opportunité pour la recherche. Cyprien Henry, responsable de la mission des archives et du patrimoine culturel au ministère de l’Éducation nationale et historien spécialiste de l’écrit en Bretagne au Moyen Âge, avait déjà fait sa rencontre en 2023, le temps d’une journée, dans la banlieue d’Oslo. Pas assez pour étudier le document en détail, mais suffisant pour remarquer le « grain pelucheux du parchemin, un peu comme du daim », se souvient-il. Pas de doute, il s’agit d’une technique de fabrication importée des îles Britanniques et assez rare sur le continent à cette période, mais dont on avait déjà relevé la trace en Cornouaille Sud. « Cela peut vouloir dire qu’une tradition locale s’est ancrée ici à partir d’un savoir-faire insulaire », avance le chercheur. Plus largement, l’étude approfondie de l’objet, comme sa reliure ou la réglure3, pourrait nous en apprendre plus sur les échanges culturels en Bretagne au haut Moyen Âge.
« On sait bien que la pointe de la Bretagne avait des échanges avec les îles Britanniques mais prouver qu’il existait un lien intellectuel et des transactions de manuscrits serait une belle avancée », poursuit le spécialiste, qui s’attache également à relever les variantes du texte entre plusieurs copies de ce commentaire. « Le texte est bien connu, il en existe de nombreux exemplaires, mais ils sont tous un peu différents », explique Cyprien Henry. Variations de l’orthographe, passages changés, mots intervertis… retrouver les mêmes variantes sur plusieurs manuscrits permet de reconstituer la chaîne de copie, c’est-à-dire de savoir sur quel texte les copistes ont pris modèle.
« Il est probable que le modèle du manuscrit de Locmaria provienne des îles Britanniques, la prochaine étape est d’aller lire le même texte outre-Manche, anticipe l’historien. Si on parvenait à prouver un tel échange, cela casserait un peu l’image stéréotypée d’une Bretagne isolée, sans échanges culturels avec le reste de l’Europe à cette période. » Affaire à suivre, donc…
1. Université de Bretagne Occidentale.
2. Majoritairement financé par le ministère de la Culture.
3. Sorte de quadrillage tracé sur la feuille afin d'y permettre la régularité de l'écriture.
La féminisation des artistes de musiques électroniques a de nombreuses conséquences, et des données chiffrées pourraient aider à mieux les connaître.
Clubs électro, loges de festivals et backstages, c’est le terrain d’étude d’Alice Laurent-Camena, doctorante en sociologie au laboratoire Arènes (Rennes). Elle s’intéresse pour sa thèse à la féminisation des artistes de musiques électroniques. « Dans ce milieu, l’égalité est un véritable sujet. Globalement, les individus ont conscience de la place prépondérante des hommes sur scène, et il y a une aspiration commune à plus d'égalité et d'inclusion. » Ce qui a entraîné certaines modifications des usages : plus de femmes programmées en tête d’affiche, la mise en place de protocoles pour lutter contre les violences ou encore l’acceptation des quotas de genre parmi les artistes annoncés. Pourtant, « les femmes sont toujours nettement minoritaires sur les scènes des clubs », constate la chercheuse. « Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la féminisation d’un ancien bastion masculin ne signifie pas automatiquement l’égalité du point de vue du genre. Il faut donc s’intéresser à la manière dont les rapports sont réorganisés et comment les hiérarchies genrées continuent d’opérer. »
C’est pour étudier dans le détail ces évolutions contrastées, qu’après avoir suivi une centaine d’artistes de la scène électronique dans leur quotidien, la chercheuse se lance avec le projet Gepame1 dans une récolte de données chiffrées. Aidée par un ingénieur de recherche, elle va comparer les programmations de six lieux emblématiques des musiques électroniques, sur plusieurs années, pour récupérer « des informations sur la visibilité des artistes selon leur genre ». Deuxième volet, l’analyse d’une grande enquête sur les pratiques culturelles des Français qui sonde, entre autres, goûts musicaux et pratique en amateur.
« L’intérêt, c’est de pouvoir dresser un portrait type de ces gens : celles et ceux qui écoutent de la musique électro sont-ils des citadins ? De quelle catégorie socioprofessionnelle viennent les DJ amateurs ? Sont-ils plutôt jeunes ou vieux ? » Des données qui lui permettront d’éclairer ses recherches sur les artistes.
1. Genre de l’écoute et des pratiques en amateur des musiques électroniques. Porté par la Maison des sciences de l’Homme en Bretagne (MSHB).