La mémoire face aux traumatismes

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N° 426 - Publié le 31 janvier 2025
© OLIVIER DONNARS / NURPHOTO VIA AFP
Recueillement et hommage aux victimes, le 15 novembre 2015, boulevard Richard Lenoir, à quelques mètres de la salle de concert du Bataclan.

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À la suite d’un événement traumatisant, le cerveau peut bloquer l’accès aux images intrusives. Un mécanisme crucial que des scientifiques tentent de mieux comprendre.

Attentat, annonce d’une mort violente, agression… le trouble de stress post-traumatique (TSPT) peut se développer après un événement traumatisant et impacter durablement la vie des victimes ou témoins. « Les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, ont été un moment de sidération dans la société française et il y a eu une volonté commune de réagir avec nos moyens de chercheurs », confie Francis Eustache, neuropsychologue et co-responsable du programme de recherche interdisciplinaire « 13-Novembre1 » à l’Inserm2, à l’Université de Caen-Normandie et à l’École pratique des hautes études.

Intrusions envahissantes


Au sein de ce programme, le projet Remember étudie le TSPT et les processus de résilience en sélectionnant des personnes volontaires suivies depuis 2016 : les victimes et témoins des attentats mais aussi des participants non-exposés. Des examens psychiatriques, neuropsychologiques et d’autres faisant appel à l’imagerie cérébrale ont été réalisés afin d’expliquer les effets d’un événement traumatisant sur les structures et le fonctionnement du cerveau. La question est de comprendre pourquoi certaines personnes souffrent de stress post-traumatique et d’autres pas.
Les intrusions en sont les symptômes centraux, « des images, des pensées ou des impressions sensorielles très fortes émotionnellement, qui relient les victimes à l’événement, comme un bruit de tôle pouvant évoquer une mitraillette, détaille Francis Eustache. Elles sont récurrentes et très envahissantes ». Pour savoir si les mécanismes de contrôle de la mémoire peuvent s’améliorer avec le temps et empêcher l’accès aux souvenirs intrusifs, une étude publiée le mois dernier3, rassemblant des chercheurs normands, bretons, suisses et parisiens, a analysé les images cérébrales de 100 personnes exposées aux attaques terroristes du 13 novembre 2015. Au moment des examens, 34 souffraient de TSPT chronique et 19 s’en étaient remises.

Une incroyable résilience


Résultat ? Lorsque les mécanismes de contrôle de la mémoire sont défaillants, le volume de l’hippocampe, une structure cérébrale qui joue un rôle essentiel dans la cognition, est plus faible, et les intrusions perdurent. Les participants souffrant de TSPT chronique présentent toujours ces altérations neurocognitives. Au contraire, les images cérébrales des personnes ayant surmonté le trouble montrent que ces processus se refaçonnent au fil du temps. Ainsi, la normalisation des réseaux cérébraux permet de bloquer l’accès aux intrusions. « C’est un message positif, certaines personnes retrouvent de bonnes capacités de fonctionnement du cerveau, une incroyable résilience », sourit le chercheur. L’une des hypothèses actuelles avance que le soutien social, qu’il soit médical, familial, amical ou commémoratif, aiderait à surmonter le traumatisme. « C’est la mémoire des personnes qui s’intègre dans une mémoire collective », conclut Francis Eustache.

Fabio Perruchet

1. Programme de recherche dédié aux impacts des attentats du 13 novembre 2015 sur la mémoire individuelle et collective.
2. Institut national de la santé et de la recherche médicale.
3. Dans la revue Science Advances.

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« Ces peintures ne sont pas là par hasard »

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N° 426 - Publié le 31 janvier 2025
© TEDDY BÉTHUS
Chapiteau peint daté du 13e siècle, sur l'un des piliers de l'église des Jacobins.

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À l’église des Jacobins de Morlaix, la découverte de peintures médiévales intrigue les archéologues, qui cherchent à savoir comment elles pourraient éclairer l’histoire du lieu.

L’un des plus vieux bâtiments de Morlaix n’a pas fini de révéler ses secrets. Depuis septembre 2023, l’église des Jacobins est étudiée de près par des archéologues de l’Inrap1. L’année dernière, une fouille avait mis au jour plus de 230 tombes, ouvrant une fenêtre sur les pratiques funéraires de nos ancêtres2. 
Et depuis septembre, l’étude se concentre sur l’architecture de l’église, dont la plus ancienne phase de construction remonte au 13e siècle. « Avec des topographes, des historiens ou encore des géologues, on essaie de collecter un maximum d’indices pour retracer la vie du monument et notamment les différentes étapes de sa construction », explique Teddy Béthus, archéologue à l’Inrap, qui coordonne cette étude du bâti. 

Montrer son pouvoir 


Et une découverte inattendue pourrait bien les aider. En septembre, des peintures médiévales recouvertes pendant des siècles de couches de badigeons ont été retrouvées sur certains murs et piliers. « Il est rare que ce type de traces se soient conservées », note l’archéologue, qui cherche aujourd’hui à comprendre à quoi elles servaient. « Ces peintures ne sont pas là par hasard. On a par exemple retrouvé le blason des Penhoët, une famille noble de Morlaix qui a sans doute voulu s’approprier une partie du lieu pour montrer son pouvoir. »

Les vestiges sont encore en cours d’analyse, notamment pour pouvoir les dater. « Ce qui nous intéresse, c’est de replacer les éléments de la vie de l’église dans le contexte historique le plus précis possible », souligne Teddy Béthus. En Bretagne, le Moyen Âge, et le 14e siècle en particulier, furent marqués par des guerres. « Des peintures comme celles-ci, mettant en scène la dévotion et la puissance de certaines familles, avaient un fort pouvoir symbolique et on peut lire des enjeux politiques derrière, notamment sur la volonté d’être bien perçus de l’Église », résume l’archéologue. 

Violette Vauloup

1. Institut national de recherches archéologiques préventives.
2. Lire Sciences Ouest n°418 (avril 2024).

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Comment prendre en charge les sexualités hors normes ?

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N° 426 - Publié le 31 janvier 2025
© EDWARD GEORGE / ALAMY

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Qu’elles soient simplement hors normes ou répréhensibles par la loi, certaines formes de sexualité restent mal connues du monde médical et complexes à prendre en charge, en raison du tabou dont elles font l’objet.

Le terme paraphilies ne vous dit sûrement rien ; elles sont pourtant connues de tous. Classées dans la catégorie des « troubles de la personnalité et du comportement chez l’adulte » par la psychiatrie, elles désignent l’ensemble des troubles de la préférence sexuelle. Et la liste est presque infinie : excitation provoquée par un objet ou une machine, une partie du corps, un comportement… « Si certaines ne dépassent pas la bizarrerie, comme le fait d’être attiré sexuellement par l’urine ou une paire de chaussures, d’autres sont interdites par la loi en cas de passage à l’acte, comme la pédophilie, l’exhibitionnisme, le frotteurisme, la zoophilie ou la nécrophilie », explique Amélie Agaësse, psychologue clinicienne et sexologue au sein du service de médecine légale du CHU de Rennes.
Malgré la stigmatisation et les craintes qui y sont associées, « ces attirances sexuelles ne sont pas des choix personnels », tient à préciser la scientifique. L’attirance sexuelle se construit en principe au cours de l’enfance et de l’adolescence, grâce au vécu et aux expériences autour de la sexualité. Elle peut donc se développer hors de la norme, définie comme « une attirance sexuelle envers un être humain phénotypiquement normal » par la médecine.

Éviter les passages à l’acte


Dans certains cas, il peut être nécessaire de consulter le corps médical pour « mettre en place un protocole adapté » en fonction de l’ampleur de la paraphilie, de son degré de dangerosité, des ressources et des facteurs de risque de la personne (psychothérapie, sexothérapie, etc.). Alors que ces pathologies sont identifiées depuis que l’on a commencé à décrire médicalement le comportement sexuel des êtres humains1, elles ne font l’objet que de très peu de recherches. « Ce sont des sujets qui dérangent et les financements sont compliqués à obtenir », déplore Amélie Agaësse. Il en résulte une prise en charge thérapeutique compliquée, dans laquelle les professionnels de santé sont souvent démunis. « Très peu sont formés sur le sujet, ce qui rend la prise en charge médicale très complexe, alors qu’elle est nécessaire afin d’éviter les passages à l’acte pour les paraphilies pénalement répréhensibles. »

Encore un tabou


Ces troubles sont difficiles à aborder dans des lieux de soin ou chez le médecin, où « l’on parle peu de sa sexualité, encore moins de ses bizarreries sexuelles, même lorsqu’elles ont une influence sur nos relations aux autres et qu’elles peuvent nous faire souffrir », souligne la chercheuse. Pas facile, donc, d’identifier la prévalence des paraphilies, sauf celles dites offensives, c’est-à-dire qui peuvent impliquer une infraction pénale. « En se basant sur les chiffres de la pédocriminalité, on estime qu’entre 3 et 10 % de la population serait pédophile. On sait que beaucoup de personnes ne passent jamais à l’acte mais il est nécessaire de lever le tabou. » Ce que tentera de faire un colloque autour des paraphilies, organisé par le CRAVS Bretagne2 le 7 février, à Rennes.

Anna Sardin

1. Vers la fin du 19e siècle, notamment dans l’ouvrage Psychopathia sexualis du psychiatre germano-autrichien Richard Von Krafft-Ebing.
2. Centre de ressources régional sur les auteurs de violences sexuelles.

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Comment lutter contre les micro-algues toxiques ?

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N° 426 - Publié le 31 janvier 2025
© FERNANDO QUEIROGA
Larves de bivalves en présence de Pseudo-nitzschia australis.

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Alexandrium minutum, Pseudo-nitzschia australis, Karenia mikimotoi… toutes ces micro-algues ont un point commun : leur toxicité pour les organismes marins ou les humains lors d’épisodes d’efflorescence. Soit parce qu’elles produisent des molécules toxiques, soit par un effet de masse qui entraîne par exemple l’absorption d’une grande quantité d’oxygène dans une zone donnée. Naturellement présents dans l’océan, ces micro-organismes à la base de la chaîne alimentaire sont filtrés par les coquillages. Les toxines s’y accumulent, ce qui peut perturber leur bon fonctionnement et générer un risque d’intoxication en cas d’ingestion par l’humain, et nécessite parfois de fermer la pêche.

Intérêt commercial


Alors que la situation préoccupe le secteur conchylicole, depuis 2023, le projet Habis1, « à l’interface entre recherches fondamentale et appliquée, vise à caractériser précisément les effets de micro-algues toxiques sur cinq bivalves d’intérêt commercial2 », souligne Caroline Fabioux, chercheuse au Lemar3 à Plouzané et co-porteuse du projet. Pour cela, les scientifiques vont isoler les couples micro-algues – bivalves les plus à risques afin de mieux comprendre la manière dont les toxines affectent les mollusques.
À terme, cela pourrait par exemple permettre d’adapter les pratiques professionnelles : 
« Si l’on sait que tel coquillage, à tel stade de vie, est particulièrement sensible à une micro-algue, on peut dire aux producteurs de ne pas poser leurs collecteurs à certains endroits et moments », illustre Hélène Hégaret, également chercheuse au Lemar et co-porteuse du projet.

Violette Vauloup

1. Harmful algal blooms : a threat for sustainability of exploited bivalves.
2. Huîtres creuses et plates, coquilles Saint-Jacques, moules bleues et palourdes.
3. Laboratoire des sciences de l'environnement marin.

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