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Les secrets d’un tumulus
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À Leuhan, des archéologues ont démonté une tombe recouverte par un tumulus pour l’étudier avec soin et mieux comprendre l’organisation de la société à l’âge du bronze ancien dans la vallée de l’Odet.
Rendez-vous chez Denise. On nous avait dit que la maison n’était pas difficile à trouver. Une ancienne ferme au portail gris à la frontière du Finistère et du Morbihan, à Leuhan. Quelques centaines de mètres plus loin, un champ de maïs dissimule un important tumulus1 de l’âge du bronze ancien (2200 – 1600 av. J.-C.). Mais dans la cour de la ferme, c’est une autre scène qui attire l’attention. Sous la météo capricieuse d’un début d’automne, une drôle d’équipe observe, pèse et mesure des dizaines de pierres soigneusement alignées au sol. Ils sont archéologues, étudiants ou simples bénévoles, comme le frère de Denise, et prennent la tâche très au sérieux. Il faut dire qu’il s’agit là des éléments de la tombe englobée sous le tumulus depuis quatre millénaires.
Remonter le fil
En 2021, Yvan Pailler, professeur en archéologie à l’UBO2 et Clément Nicolas, chargé de recherche au CNRS, ont suivi les traces de Paul du Châtellier, un préhistorien qui a découvert le tumulus en 1900. En étudiant une dalle de schiste gravée retrouvée à l’intérieur, ils en ont déduit qu’il s’agissait de la plus ancienne carte d’un territoire en Europe3. En 2022, les chercheurs ont rouvert la tombe pour tenter d’en percer les nombreux mystères. Comment la sépulture a-t-elle été construite ? Pourquoi la carte a-t-elle été insérée dans la tombe ? Quels sites y sont représentés ? « Pour comprendre la dalle, il faut reconstituer son histoire et avec la sépulture nous en avons la fin », explique Clément Nicolas. Alors, les deux archéologues s’apprêtent à remonter le fil du temps, à reconstituer l’histoire en partant de son dénouement.
Les pierres qui formaient les parois et la couverture de la tombe ont toutes été déplacées à la ferme voisine pour pouvoir les observer sous toutes les coutures. « C’est la première fois qu’une tombe d’une telle importance de cette période est étudiée avec précision dans la région », note Clément Nicolas en soupesant un bloc de schiste : « Comme de nombreuses pierres, il présente des encoches sur certains coins pour bien se caler avec les autres, on voit clairement la trace de l’outil ».
Petit royaume
Au total, les roches proviennent de cinq gisements que les chercheurs veulent maintenant retrouver. « C’est considérable, pourquoi se sont-ils donné tant de mal ?, s’interroge Yvan Pailler. Nous pensons que le territoire représenté sur la carte correspond à un petit royaume à cheval sur les montagnes Noires, et qu’il pourrait s’agir de la sépulture d’une élite dirigeante. » Clément Nicolas complète : « À un moment, la carte est probablement tombée en désuétude et a été réemployée pour former la paroi ouest de la sépulture », où elle a dormi pendant des millénaires avant que des archéologues ne fassent à nouveau entrer le jour dans la tombe. Pas suffisamment toutefois pour éliminer toutes les zones d’ombre…
1. Grand amas artificiel de terre ou de pierres dans lequel était englobée la sépulture.
2. Université de Bretagne Occidentale.
3. Lire Sciences Ouest n°388, mai 2021.
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Sur les traces de la biodiversité en danger
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Le mois dernier, deux associations de protection de la nature se sont réunies pour faire un état des lieux des populations de mammifères sauvages dans la région. Parmi elles, le muscardin, une espèce protégée de plus en plus rare en Bretagne.
D’après l’Union internationale pour la conservation de la nature, 26 % des mammifères sont menacés d’extinction au niveau mondial, et la France figure parmi les dix pays hébergeant le plus grand nombre d’espèces menacées. Face à ce constat alarmant, deux associations locales, le GMB1 et Bretagne Vivante, ont organisé en octobre les premières Rencontres mammalogiques bretonnes. « C’était l’occasion de faire le point sur des études scientifiques menées par nos membres, mais aussi de
proposer des ateliers pour former certains des bénévoles », raconte Catherine Caroff, chargée de mission au GMB.
Une répartition fragmentée
« On observe beaucoup de personnes qui veulent passer à l’action et qui se demandent comment faire, ces journées sont le moment parfait pour montrer que ce n’est pas si difficile », poursuit-elle. Des naturalistes amateurs ont ainsi pu apprendre à reconnaître les noisettes rongées par le muscardin, un rongeur seulement identifiable par les traces de dents qu’il laisse sur ce qu’il a mangé. Contrairement à d’autres petits mammifères, il est impossible de retrouver sa trace dans les pelotes de réjection laissées par les chouettes car il est si discret que le rapace ne le détecte pas.
« Nos bénévoles explorent donc la nature à la recherche de noisettes rongées par ce petit mammifère, ce qui nous permet d’avoir une cartographie approximative de sa répartition », explique Catherine Caroff. De moins en moins présent en Bretagne, en particulier dans l’ouest des Côtes-d’Armor où sa répartition est fragmentée, l’animal, qui fait pourtant partie des espèces protégées, n’est signalé que dans un quart de la région. « Il est très sensible à la destruction du bocage et des lisières de forêts, où il vit, note la chargée de mission. Il se déplace peu, son territoire est si petit que supprimer une haie lui est fatal. »
1. Groupe mammalogique breton.
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« La crise climatique est un risque social »
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Les 26 et 27 novembre, Josépha Dirringer, enseignante-chercheuse à l'Université de Rennes en droit du travail et de la protection sociale, co-organise un colloque à Rennes qui interroge la place du droit du travail dans la transition écologique.
En quoi la crise climatique concerne-t-elle le monde du travail ?
Karl Marx a bien montré que le capitalisme est un système d’exploitation à la fois de la nature et de l’Homme, les deux sont très liés. Il me semble que la crise climatique nous oblige, en tant que juristes, à penser de nouvelles institutions et formes de régulation. Le système de protection sociale n’est par exemple pas adapté à l’ampleur des conséquences du dérèglement climatique.
C’est-à-dire ?
On va assister à l’apparition de nouvelles pathologies qui risquent de montrer les limites du système d’assurance AT/MP1. Par le passé, on a eu du mal à reconnaître le rôle des pesticides ou de l’amiante dans les cancers de travailleurs exposés car les employeurs ne voulaient pas être tenus responsables. Nous aurons certainement le même problème avec des risques liés au dérèglement climatique. Et cela pose la question de la responsabilité, donc de savoir à qui est imputable la crise climatique et qui doit donc se charger de la réparation des dommages.
Peut-on désigner un coupable ?
Les premières victimes sont en tout cas les travailleurs. Des catastrophes comme Lubrizol ou AZF montrent bien comment le système capitaliste nuit à l’environnement et à la santé humaine. Les premiers responsables sont ceux qui exposent aux risques : les employeurs. On vise souvent l’activité humaine comme cause du dérèglement climatique ; en réalité, c’est l’activité humaine telle qu’elle fonctionne dans le système capitaliste qui, par son action sur la nature, en est à l’origine et cherche continuellement à en tirer profit.
Comment le droit du travail peut-il s’adapter ?
Avoir érigé la crise climatique comme une question globale et éloignée du travail a conduit à sa prise en charge par l’État. Mais elle doit être considérée comme un risque social. Elle a déjà des effets sur la santé, la vie économique ou encore l’accès à une alimentation saine. À ce titre, le dérèglement climatique, ses causes et ses conséquences relèvent du monde du travail. Il faut donc adapter le système de protection sociale pour y faire face. Il est nécessaire de mettre en place des systèmes de régulation pour encadrer la participation des employeurs à la réparation des dommages causés par la crise écologique.
Capitalisme et écologie sont-ils inconciliables ?
Il y a une vraie tension entre le capitalisme et l’écologie. Est-ce qu’on peut dépasser les contradictions qui les opposent ? La voix la plus radicale assure qu’il n’y aura pas de salut sans révolution anticapitaliste. Une autre, plus modérée, pense que c’est par une logique de réforme du système que l’on pourra répondre aux défis socio-climatiques qui nous attendent.
1. Accidents du travail, maladies professionnelles.
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