Une BD sur le remembrement

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N° 424 - Publié le 28 novembre 2024
© INES LERAUD / PIERRE VAN HOVE

Durant la deuxième moitié du 20e siècle, le remembrement rural en Bretagne a fortement et durablement modifié le monde paysan. Les conséquences de ce bouleversement font l’objet d’études historiques, sur lesquelles se base une bande dessinée récemment parue.

Avant 1950, la Bretagne apparaissait dans l’imaginaire collectif comme archaïque et sous- développée. Pourtant, trente ans plus tard, la région est un modèle d’élevage industriel en France. Ce passage d’un extrême à l’autre a résulté du remembrement agricole, sujet de la bande dessinée Champs de bataille1 publiée le 20 novembre. La journaliste Inès Léraud2, autrice de l’ouvrage, présentera son roman graphique aux Champs Libres le 12 décembre. Elle sera accompagnée de Léandre Mandard, historien au CHSP3 et conseiller pour la BD.

Croiser les sources


Le remembrement est une politique de modernisation agricole qui consiste en une redistribution obligatoire des parcelles, de façon à les regrouper et les agrandir. En Bretagne, deux tiers des terres agricoles ont été concernées par cette réorganisation, principalement entre 1950 et 1990. Étant donné le caractère récent des faits, de nombreuses archives officielles de l’État sont accessibles. Néanmoins, « ce type de documents donne essentiellement accès au point de vue de l’institution et présente un certain nombre de biais », explique Léandre Mandard. Afin d’y remédier, l’historien et la journaliste ont croisé les informations contenues dans ces écrits avec des témoignages oraux récoltés dans le cadre de la rédaction du roman graphique. Et si les textes officiels font état d’un remembrement sans anicroche, les entretiens livrent une toute autre version des faits.

Au fil des pages de la bande dessinée, le lecteur apprend effectivement que la réorganisation foncière s’est globalement déroulée au profit des exploitants les plus modernistes, possédant ou pouvant acquérir des machines aptes à cultiver des parcelles de grandes tailles. « Les agriculteurs âgés ou exerçant une autre activité en parallèle, et ceux ne pouvant ou ne voulant pas prendre le train du productivisme, étaient marginalisés dans les décisions et se considéraient comme les perdants du remembrement », constate Léandre Mandard. Des conflits locaux sont ainsi rapidement apparus, du fait de la mise en concurrence des exploitants, cumulée à un sentiment d’injustice parfois provoqué par les réattributions de parcelles. « Mettre en lumière ces faits, véritables angles morts des études sur le remembrement, était l’un des objectifs de la BD », révèle l’historien qui considère que « cet aménagement brutal a favorisé la liquidation de la société paysanne ».

Des conséquences colossales


Second but du roman graphique : contribuer aux réflexions sur le devenir du bocage et de l’agriculture en Bretagne. Cette politique de modernisation, bien souvent réduite aux gains économiques qu’elle a permis, a entraîné des conséquences environnementales colossales. Entre destruction des haies et talus, drainage de parcelles et disparition de zones humides, le bocage breton a été considérablement dégradé. Un élément à prendre en compte dans l’adaptation des pratiques agricoles.

CHARLES PAILLET

1. Illustrée par Pierre Van Hove et publiée aux éditions Delcourt.
2. Également autrice de Algues vertes, l’histoire interdite (éditions Delcourt, 2019).
3. Centre d'histoire de Sciences-Po.

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Au-delà des croyances, qui est le renard ?

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N° 424 - Publié le 28 novembre 2024
© ANGELA / PIXABAY

 

Rusé, fourbe, voleur… Le renard n’a pas très bonne réputation. Voilà qui le prédestinait à attirer l’attention de l’Écomusée de la Bintinais, à côté de Rennes, qui poursuit du 1er décembre au 5 janvier son cycle sur l’histoire symbolique et culturelle des animaux bien-aimés et mal-aimés, avec une animation sur le fameux canidé. « Cela fait écho au spectacle Goupil et Kosmao d’Etienne Saglio, qui passe au Théâtre national de Bretagne au même moment. On veut créer un lien entre nos publics », raconte Philippe Dargon, médiateur à l’écomusée.

Déconstruire son image


Dans la reconstitution d’une cuisine de 1866, le public est invité à venir écouter des histoires mettant en scène le renard, pour mieux déconstruire l’image qui lui colle à la peau. « L’idée est que les enfants apprennent des choses mais que les adultes s’y retrouvent aussi, note le médiateur, ce qui passe notamment par une analyse de la symbolique. Par exemple, dans de nombreux récits du Moyen Âge comme le Roman de Renart, on peut voir derrière l’image de l’animal trompeur une métaphore du peuple qui utilise la ruse au lieu de la force pour s’opposer aux puissants. » D’ailleurs, on apprend lors de cette animation que le mot renard trouve son origine dans le prénom du personnage principal du fameux récit. Le conte a connu un tel succès que le nom s’est peu à peu substitué au terme « goupil » pour désigner cet animal indispensable à la bonne santé de nombreux écosystèmes, notamment par son rôle dans la régulation des rongeurs. Et s’il était temps de redorer son blason ?

VIOLETTE VAULOUP

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« Les jardiniers ces savants-artistes »

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N° 424 - Publié le 28 novembre 2024
© ERIC DERVAUX / HANS LUCAS VIA AFP

Ingénieur agronome et paysagiste de formation, Gilles Clément se définit surtout comme un jardinier. Auteur, artiste, philosophe… il rejette les cases et refuse les jardins trop bien ordonnés, ceux qu’il appelle des « tableaux ».


À l’occasion de son passage à Brest les 4 et 5 décembre,  pour une conférence et une rencontre littéraire, il revient sur sa vision de l’écologie à travers quelques notions qu’il a développées et qui ont marqué la manière dont nous envisageons le paysage.

Pourquoi faisons-nous des jardins ?


Le jardin est à la fois un enclos et un paradis. Il s’agit d’un lieu clos où l’on trouve de quoi manger, où l’on rêve et où l’on s’équilibre. C’est très utile, nous avons besoin de ces endroits. Ils sont nés avec la sédentarisation et avaient à l’origine un rôle vivrier. Puis, leur fonction ornementale est devenue le sujet central, les gens fortunés s’en sont emparés et en ont fait des peintures ou des mises en scène avec des arbres taillés et des touches de couleurs comme le ferait un peintre. Mais ces jardins- tableaux sont marqués par l’ignorance du monde vivant.

Pourtant, on dit parfois que le jardinage est un art, êtes-vous d’accord avec cela ?


Bien sûr, et les vrais jardiniers qui savent discuter avec le monde vivant devraient être mieux payés, ce sont des savants-artistes.

Qui sont ces vrais jardiniers ?


Il est aberrant d’imaginer une vision fixe du jardinage qui consisterait à répéter les mêmes gestes tous les ans. Le vivant ne peut pas être un musée car il est en permanence en mouvement. Un bon jardinier doit observer et comprendre les plantes pour orienter le paysage plutôt que de le contraindre selon un plan de gestion qui relève d’une illusion de la maîtrise. Il faut accompagner en douceur le pouvoir inventif de la nature. Dans le métier de jardinier, en faire le moins possible est utile à tous.

Qu'est-ce que le paysage nous dit de la société ?


Les jardins sont conçus selon des visions du monde, des croyances, des religions mais aussi de plus en plus par rapport aux préoccupations scientifiques liées à leur rôle écologique. Mais d’autres espaces importants sont dévalués. Pourtant, ce sont ceux qui abritent le plus de diversité et que j’appelle le tiers-paysage. Au sommet inaccessible d’une montagne, sur une friche, au bord d’une route ou d’une rivière… ces territoires d’accueil à la biodiversité tuée ou chassée ailleurs sont protégés par la non-intervention de l’Homme. Et ils sont le réservoir génétique de la planète.

La planète, que vous comparez d’ailleurs à un jardin…


En effet, c’est l’idée du Jardin planétaire. Les humains sont partout sur Terre comme le jardinier dans son jardin et des flux incessants transportent des espèces, les mélangent et les redistribuent partout autour du globe, liant étroitement le jardin et le monde. Et puis la planète est aussi un espace où la vie éclot dans une limite fixée, non pas par un enclos, mais par la troposphère. Quand on a saisi ça, on comprend que nous vivons dans un jardin avec huit milliards de jardiniers.

VIOLETTE VAULOUP

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